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Vers une agriculture résiliente aux changements climatiques en Afrique du Nord

 

En Afrique du Nord, les moyens de subsistance et les économies dépendent fortement de l’agriculture. La pression sur la demande en eau imputable aux changements climatiques menace les revenus, le développement et la sécurité alimentaire dans la région. L’augmentation des températures et les sécheresses ont mis à rude épreuve les systèmes d'agriculture pluviale, affectant la production végétale et animale.

Le CRDI a financé la recherche pour plusieurs projets de développement au Maroc, en Tunisie et en Algérie pour aider à composer avec ces pressions liées au climat. Ces efforts ont permis d'améliorer la résilience climatique et le nombre de solutions de sécurité alimentaire dans les trois pays.

Des équipes de projet ont concentré leur travail sur la mise au point, l'essai et l'expansion d'innovations techniques. Pour ces interventions, on a adopté des méthodes participatives et multidisciplinaires en mettant l’accent sur l’égalité des genres afin d’assurer un impact plus inclusif.

Faits saillants

  • Au Maroc, la mise à niveau de la production, de la transformation et de la commercialisation du quinoa a amélioré les revenus des petits producteurs et productrices ainsi que des commerçants et commerçantes. En conditions pluviales, il a été constaté que le bénéfice net d’un hectare de quinoa était plus du triple de celui d’un hectare de blé et environ sept fois celui d’un hectare d’orge. 
  • En Tunisie, l’utilisation d’un hachoir mécanique a permis de réduire de 20 à 30 % le gaspillage d’aliments pour animaux, et donc de réduire les coûts de production. Cette technologie a également allégé la charge de travail des femmes, notamment en ce qui concerne la coupe à la main des feuilles de cactus, leur permettant de diversifier leurs sources de revenus avec le temps gagné.
  • En Algérie, l’application de mycorhizes sur différentes cultures maraîchères dans des bioclimats arides, semi-arides et subhumides s’est soldée par une augmentation des rendements de l’ordre de 32 % à 55 %.

Maroc

Au Maroc, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et le Centre international pour l’agriculture biosaline ont produit des données probantes étayant la promotion du quinoa, compte tenu de sa grande tolérance aux stress environnementaux. En tant que précieuse source alimentaire riche en protéines, la culture peut améliorer la résilience et les moyens de subsistance des collectivités vivant dans des écosystèmes fragiles. Le projet comprenait la mise au point, l'essai et l'expansion des innovations pour relever les défis qui se posent au chapitre de la production, de la transformation et de la commercialisation de la chaîne de valeur du quinoa. Il a contribué à l’inscription officielle de cinq variétés de quinoa présentant une tolérance élevée aux stress thermiques et salins, une productivité élevée et une stabilité de rendement. Il a également amélioré les revenus des petites exploitations agricoles qui produisent et commercialisent cette culture.

L’UM6P travaille également activement à accroître la part des femmes dans les bénéfices générés par les projets financés dans le cadre de la stratégie de développement 2020-2030 du secteur agricole au Maroc (Génération verte), un plan qui contribuera au développement rural et à la sécurité alimentaire. L’équipe du projet travaille en étroite collaboration avec les autorités agricoles provinciales. Ensemble, ils formuleront des recommandations fondées sur des données probantes afin de réduire les inégalités entre les genres dans les projets soutenus par Génération verte dans le pays.

L’Institut africain de la nutrition des plantes, hébergé à l’UM6P, a également achevé un projet qui a permis d’accroître la résilience des petites agricultrices en améliorant la chaîne de valeur du lait de chèvre, notamment en améliorant la production fourragère.

Tunisie

En Tunisie, l’Institut national de la recherche agronomique de Tunisie (INRAT) a développé et testé des modèles d’affaires pour intensifier la transformation mécanisée du fourrage à l’aide d’une machine électrique. Les résultats ont montré une réduction de la perte de fourrage de 20 à 30 % avec une diminution moyenne des coûts de production de 30 %. L’équipe du projet a mis à l’essai un mécanisme financier novateur concernant le hachoir mécanique, conçu en collaboration par l’équipe de recherche et les secteurs public et privé. Ce mécanisme a facilité l'adoption de la machine à grande échelle.

Le Wheat Research Accelerator Fund, une initiative de cofinancement entre le CRDI et Agriculture et Agroalimentaire Canada, soutient en ce moment deux projets visant à renforcer la sécurité alimentaire au Maroc et en Tunisie grâce à un système semencier novateur et à des mécanismes d'expansion de variétés de culture de blé à haut rendement et résilientes aux changements climatiques et de pratiques de gestion agronomique améliorées.. L’Institut national de la recherche agronomique du Maroc et l’INRAT-Tunisie mettent en œuvre ces projets avec l’appui technique du Centre international de recherches agronomiques dans les zones arides.

Algérie

En Algérie, l’Université Blida 1, en collaboration avec le Collège de Maisonneuve au Canada, a mené à bien un projet visant à améliorer la productivité agricole et à accroître les revenus des petites exploitations agricoles grâce à la bio-innovation. L’équipe de recherche a augmenté la productivité des cultures de l’ordre de 32 à 55 % à la suite de l’application de mycorhizes. La contribution potentielle du projet à la sécurité alimentaire en Algérie est importante, d’autant plus que ce projet peut être utilisé dans les principales zones agroécologiques du pays. Il a ouvert la voie à la participation du secteur privé à la commercialisation de l’innovation en obtenant l’approbation des autorités publiques.

Expansion des solutions de résilience climatique et de sécurité alimentaire

Media
Un grand groupe de personnes est assis dans une salle circulaire.
Université Mohammed VI Polytechnique

Lors d’un atelier général de mise en commun des connaissances à l’Université Mohammed VI Polytechnique, au Maroc, en mai, le CRDI a présenté sa contribution à la sécurité alimentaire et à l’agriculture résiliente aux changements climatiques en Afrique du Nord. Là, le CRDI a invité diverses parties prenantes pour s'engager dans un dialogue en vue de mettre en place une agriculture résiliente aux changements climatiques dans la région.

La collaboration potentielle dans les pays d'Afrique du Nord est d'autant plus prometteuse qu'ils sont confrontés à des défis climatiques et agricoles semblables.

Historiquement, les investissements dans des solutions techniques dans la région ont été beaucoup plus importants que les investissements qui permettraient l'adoption à grande échelle de ces solutions. Il y a donc encore, dans cette région, un potentiel considérable d'élargir les solutions d'agriculture résiliente aux changements climatiques.

« Pour faire progresser l’agriculture résiliente aux changements climatiques en Afrique du Nord, les parties prenantes concernées comme celles des communautés de recherche et des bailleuses et bailleurs de fonds, les agences des Nations Unies, les secteurs public et privé et la société civile sont interpellées à investir davantage dans les mécanismes et les modèles d’affaires qui permettraient d'adopter des solutions techniques à grande échelle », a déclaré Marwan Owaygen, spécialiste principal de programme en systèmes alimentaires résilients au climat au CRDI.

Media
Un groupe de personnes se tient dans un couloir et regarde des stands et des affiches sur les murs.
Université Mohammed VI Polytechnique