Une nouvelle ère pour la science africaine : comment l’initiative des chaires de recherche O.R. Tambo d’Afrique transforme les institutions et l’avenir
En 2020, l’initiative des chaires de recherche O.R. Tambo d’Afrique (ORTARCHI) a été lancée avec une ambition audacieuse : renforcer le leadership africain en matière de recherche, retenir les meilleurs talents scientifiques et bâtir des institutions résilientes capables de favoriser un développement inclusif. Cinq ans plus tard, une nouvelle évaluation externe commandée par le CRDI met en lumière la manière dont l’initiative soutient la recherche de haute qualité et démontre la conformité stratégique aux priorités nationales et régionales. Elle montre aussi la façon dont un soutien institutionnel et systémique fort peut catalyser la transformation à travers les écosystèmes scientifiques africains.
Research highlights
- Les extrants de recherche de l’ORTARCHI ont orienté les stratégies nationales, telles que la réponse aux flambées épidémiques en Tanzanie et l’adaptation climatique au Mozambique.
- Les chaires développent des solutions commercialement viables comme des biofertilisants, des emballages durables et des médicaments antipaludiques nanoformulés.
- L’ORTARCHI respecte l’Agenda 2063 et la STISA-2024 de l’Union africaine, favorisant la collaboration Sud-Sud et la recherche inclusive.
Ancrer la recherche dans les priorités et les systèmes africains
Les discussions entre la Fondation Oliver et Adelaide Tambo, la Fondation nationale de recherche (NRF) d’Afrique du Sud et le CRDI ont commencé en 2018. La conception de l’initiative s’est appuyée sur une collaboration antérieure entre ces organisations. Elle repose sur un engagement de longue date, tant en Afrique du Sud qu’au Canada, envers le modèle des chaires de recherche, qui soutient la recherche de pointe et attire et retient des scientifiques de classe mondiale.
L’ORTARCHI soutient dix chaires de recherche réparties dans sept pays : le Botswana, le Burkina Faso, le Ghana, le Mozambique, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie. Chacune d’elles fait partie d’une université nationale et répond aux priorités de développement pressantes. Changements climatiques, sécurité alimentaire, santé, emploi des jeunes... Les chaires s’attaquent à des défis très importants aux yeux des sociétés africaines.
Ce qui distingue l’ORTARCHI, c’est son intégration délibérée dans les programmes institutionnels, nationaux et régionaux en matière de science, de technologie et d’innovation (STI). Les domaines thématiques ont été sélectionnés par les universités hôtes en étroite coordination avec les Conseils subventionnaires de la recherche scientifique (CSRS) ou les ministères concernés. Cet alignement a favorisé la légitimité, la visibilité et la pertinence politique.
Préparer la prochaine génération de scientifiques africains
Le succès de l’ORTARCHI repose avant tout sur son engagement en matière de capital humain. À la mi-2025, plus de 250 étudiants et étudiantes des cycles supérieurs avaient été formés ou soutenus, sachant que plus de 140 d’entre eux ont bénéficié d’un financement intégral dans le cadre de l’initiative. Plusieurs chaires ont accueilli des postdoctorants et postdoctorantes, et certaines, comme à l’Université Copperbelt en Zambie et l’institution africaine Nelson Mandela pour la science et la technologie en Tanzanie, sont à l’origine d’innovations en nanotechnologie, en gestion environnementale et en diagnostic de la santé.
Ces réalisations sont le fruit d’un vivier croissant de chercheuses et chercheurs africains capables d’être à la pointe dans leurs domaines et de contribuer au développement national.
De la recherche aux répercussions concrètes
L’ORTARCHI influence déjà les politiques et les pratiques. En Tanzanie, la recherche génomique de la chaire sur les épidémies virales a soutenu les efforts de réponse aux épidémies. Au Mozambique, les stratégies d’adaptation climatique mises au point par la chaire de l’Université Eduardo Mondlane guident la planification nationale. La chaire à l’Université du Ghana aide les petites entreprises et les vendeurs ambulants à améliorer les résultats en santé publique à travers des innovations en matière de sécurité alimentaire.
L’initiative génère également un portefeuille d’innovations au potentiel commercial, allant des biofertilisants et emballages durables aux médicaments antipaludiques nanoformulés. Ce sont les signes précoces d’un écosystème de recherche qui non seulement produit des connaissances, mais les traduit en solutions.
Un héritage d’unité et d’inclusion
Nommée en l’honneur d’Oliver Reginald Tambo, leader sud-africain de la libération et défenseur de l’éducation, l’initiative incarne sa vision d’une collaboration panafricaine et d’un leadership intellectuel. L’équité et l’inclusion sont au cœur de l’initiative. Les chaires ont fait des efforts délibérés pour recruter des femmes et des étudiantes et étudiants provenant de régions sous-représentées. Au Mozambique, par exemple, des étudiantes et des étudiants des zones rurales effectuent des travaux de terrain dans des collectivités des régions semi-arides pour veiller à ce que la recherche soit ancrée dans les réalités locales.
Les chaires de l’ORTARCHI établissent des réseaux régionaux, promeuvent des partenariats Sud-Sud et apportent leur contribution à des cadres continentaux tels que l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la Stratégie pour la science, la technologie et l’innovation en Afrique 2024 (STISA-2024). Comme l’a indiqué l’évaluation récente, les réseaux régionaux créés dans le cadre de l’ORTARCHI peuvent être utilisés pour s’assurer que la collaboration entre les chaires est plus efficace que les efforts individuels, contribuant ainsi à maintenir l’élan de l’initiative.
Renforcer le leadership des CSRS
Au-delà du leadership de la NRF d’Afrique du Sud dans le financement d’une grande partie de l’initiative et dans la gestion de celle-ci en parallèle de sa propre Initiative des chaires de recherche sud-africaine, l’ORTARCHI tire parti des bases posées par l’Initiative des conseils subventionnaires de la recherche scientifique (ICSRS) soutenue par le CRDI, en exploitant son réseau et ses efforts de renforcement des capacités pour consolider les systèmes nationaux de recherche. Dans des pays comme le Burkina Faso, le Mozambique et la Zambie, les CSRS sont allés au-delà de la simple distribution de fonds pour soutenir activement les chaires par des avancées conditionnelles, une participation aux politiques et une supervision stratégique.
Ce modèle de coleadership et d’appropriation commune entre les bailleurs de fonds, les gouvernements, les universités et les CSRS est au cœur du succès de l’ORTARCHI. Il donne la possibilité d’accroître la visibilité des chaires dans les contextes nationaux et les écosystèmes de recherche régionaux de manière générale, ce qui, d’après l’évaluation, est un apprentissage clé et la voie à suivre. En intégrant davantage les chaires dans ces contextes, on garantit non seulement que la recherche sera menée à bien, mais aussi qu’elle sera efficacement traduite en politiques et en pratiques, renforçant ainsi le rôle de la science dans le développement national.
Un modèle qui vaut la peine d’être déployé
Le succès de l’ORTARCHI repose en grande partie sur son intégration à l’ICSRS, qui contribue à établir l’appropriation nationale et la capacité institutionnelle en Afrique depuis plus de dix ans. La signature récente du Communiqué d’Accra souligne le rôle clé que jouent les CSRS dans le renforcement des systèmes africains en STI grâce à la collaboration régionale, à l’innovation numérique et à la recherche inclusive.
L’ORTARCHI est un modèle fondé sur cette vision, qui se conforme aux priorités nationales et qui intègre la recherche dans les systèmes politiques. Elle offre un plan directeur pour étendre les répercussions, approfondir la participation aux politiques et favoriser une science durable dirigée par l’Afrique.
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