Aller au contenu principal

Une nouvelle approche de formation : Autonomiser les femmes à l’aide de compétences générales

Lorsqu’il s’agit de décrocher et de conserver de bons emplois dans des secteurs bien rémunérés tels que la construction ou la technologie, les femmes d’Afrique de l’Est font face à de nombreux obstacles. Elles effectuent souvent la plupart des tâches de soins non rémunérées et ont un accès limité à la formation. Pendant ce temps, des normes sociales restrictives les dissuadent d’accepter des emplois dans des lieux de travail à prédominance masculine. Lorsque les femmes ne sont pas en mesure de participer pleinement à l’économie, ces défis aggravent les écarts croissants entre les genres, entravant ainsi les progrès économiques et sociaux dans la région.

En 2023, environ 84 % des femmes en Éthiopie et 68 % des femmes au Kenya occupaient un emploi vulnérable. Les jeunes femmes sont particulièrement touchées. En 2021, 18 % des jeunes femmes au Kenya et 8 % en Éthiopie étaient au chômage. 

Faits saillants de la recherche

  • Les femmes d’Afrique de l’Est font face à de nombreux obstacles pour obtenir des emplois bien rémunérés, y compris le partage inégal du travail de soins. 
  • La recherche montre l’importance de jumeler les compétences générales à la formation technique et professionnelle. 
  • Le renforcement de la confiance et de l’estime de soi peut aider les femmes à réussir dans les métiers à prédominance masculine. 
  • La mise à l’échelle des programmes de préparation au travail pour les femmes nécessite des mesures sur de nombreux fronts, y compris des investissements dans la garde d’enfants. 

Pour relever ces défis, des mesures sont nécessaires sur de nombreux fronts, notamment un accès accru à des services de garde d’enfants de qualité, des changements dans les normes de genre, ainsi que des réformes juridiques et politiques. Les programmes de formation doivent également mieux répondre aux besoins particuliers des femmes, en leur offrant non seulement des compétences professionnelles, mais aussi la confiance et le savoir-faire en milieu de travail requis pour réussir.

Tester de nouvelles approches pour stimuler la réussite des femmes dans les secteurs bien rémunérés

Lancé en 2020, le programme Croissance de l’économie et débouchés économiques des femmes – Afrique de l’Est (CEDEF – Afrique de l’Est) a soutenu la recherche visant à faire progresser l’égalité des genres dans le monde du travail. Trois projets ont été conçus pour aider les femmes à obtenir des emplois mieux rémunérés et à réussir en testant de nouvelles façons de créer et de mettre à l’échelle des innovations dans les programmes de perfectionnement des compétences et de préparation au travail.

Travaillant auprès de jeunes femmes qui avaient terminé leurs études secondaires, ces équipes de projets ont mis à l’essai des interventions de formation qui intègrent les « compétences générales » – comme les communications interpersonnelles, la négociation et le leadership. Une synthèse récente des données probantes issues de ces interventions a permis de mieux comprendre comment les compétences générales peuvent améliorer non seulement les perspectives de revenu et d’emploi des femmes, mais aussi leur pouvoir décisionnel et leur estime de soi.

Combiner les compétences générales aux services d’information sur l’emploi

En Éthiopie, un diplôme universitaire n’est pas une garantie d’emploi, en particulier pour les jeunes femmes. L’un des projets a mis à l’essai une combinaison de formation en compétences générales et de services améliorés d’information sur la recherche d’emploi afin d’augmenter les taux d’emploi des jeunes femmes diplômées dans trois villes différentes. 

Les participantes ont reçu deux semaines de formation en compétences générales qui combinaient la recherche d’emploi et la préparation à des compétences interpersonnelles et de régulation émotionnelle. Certaines ont également eu accès à des centres pour l’emploi qui offraient des renseignements sur l’emploi, un soutien administratif et un accès à Internet. Celles qui s’intéressent à l’entrepreneuriat ont également reçu des renseignements sur la manière d’accéder au microfinancement. 

Deux ans après l’intervention, les équipes de recherche ont constaté une multiplication par deux de l’emploi chez les participantes qui n’avaient reçu qu’une formation en compétences générales, et une multiplication par deux et demi de l’emploi chez celles qui ont reçu une formation en compétences générales et des services d’information sur l’emploi. Les participantes ont également postulé à plus d’emplois et ont obtenu plus d’entrevues de présélection. Les résultats démontrent que la combinaison d’une formation en compétences générales et d’un soutien pratique à la recherche d’emploi peut améliorer considérablement les résultats des jeunes femmes en matière d’emploi. 

Préparer les jeunes femmes à réussir dans le domaine de la construction 

Les travaux de construction ne sont pas seulement techniques, ils sont aussi exigeants physiquement. Dans les métiers à prédominance masculine, les femmes doivent être fortes et préparées mentalement à faire face aux doutes et à l’hostilité de leurs collègues et partenaires qui n’apprécient pas leur présence sur le chantier de construction. Une partie de la préparation comprend également la sensibilisation à la prévention et à la réponse aux incidents de violence sexuelle et sexiste sur les lieux de travail. 

Au Kenya, un partenariat de recherche avec l’entreprise de formation locale, Buildher, a mis à l’essai un modèle de formation professionnelle conçu pour ouvrir des portes aux jeunes femmes dans le secteur de la construction. Quatre mois d’enseignement en classe ont été suivis de huit mois de formation en cours d’emploi. Au total, 60 % de la formation était axée sur les compétences techniques, tandis que 40 % étaient consacrées aux compétences générales comme la gestion de l’emploi, l’autonomisation des femmes et des sujets sur le bien-être tels que la nutrition, la forme physique et la santé mentale.

Les résultats ont montré des changements réels et mesurables dans les perspectives d’emploi et le revenu des jeunes, mais aussi dans l’estime de soi et le pouvoir décisionnel des femmes à la maison. La proportion de femmes stagiaires qui ont déclaré avoir les moyens de subvenir à leurs besoins est passée de 56 % à 68 % en deux ans. Environ la moitié des stagiaires ont également déclaré des revenus plus élevés, comparativement à seulement un cinquième dans le groupe témoin. Elles se sentaient également plus aptes à contrôler les dépenses de leurs ménages. Il y a également eu des changements notables dans les attitudes des femmes : les sondages ont montré qu’elles étaient plus susceptibles de se considérer comme productives et acceptées dans le métier de leur choix. Après le programme, les personnes participantes étaient 20 % moins susceptibles de croire que les femmes seraient exclues de secteurs comme la construction.

Veiller à ce que la cohorte des établissements d’EFTP acquière des compétences générales 

Les établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP) sont essentiels pour lutter contre le chômage chez les jeunes au Kenya, mais peu prennent en compte la dimension de genre. À Nairobi, des équipes de recherche se sont associées à quatre centres d’EFTP pour offrir aux stagiaires (55 % de jeunes hommes, 45 % de jeunes femmes) un module supplémentaire de formation aux compétences générales, prenant en compte la dimension de genre. Les stagiaires ont reçu 10 heures de leçons vidéo avant l’obtention du diplôme, complétées par des manuels et des discussions avec des instructrices et instructeurs qui ont transmis des conseils et des encouragements sur le marché du travail.

Les stagiaires qui ont reçu la composante des compétences générales ont affiché une augmentation substantielle de l’emploi, soit de 4 % à 37 % pour les jeunes femmes et de 9 % à 43 % pour les jeunes hommes, après avoir terminé la formation, avec un passage marqué de temps partiel à temps plein. L’ajout de compétences générales a contribué à renforcer la motivation et la confiance des stagiaires dans la recherche d’un emploi. L’impact sur la formation axée sur les compétences était le plus marqué chez les stagiaires qui croyaient que leur réussite dépendait de leurs propres actions, en particulier chez les jeunes femmes. Ces résultats montrent que la formation professionnelle des jeunes peut être plus efficace si elle est associée à des compétences générales qui renforcent l’estime de soi et la capacité d’agir. 

Intensifier les interventions de préparation au travail

Les données probantes tirées de ces projets indiquent diverses mesures et politiques que les gouvernements peuvent adopter pour mettre à l’échelle des interventions qui améliorent la préparation des femmes à l’emploi : 

  • Appliquer les réglementations pour garantir une rémunération équitable et des conditions de travail sûres, et veiller à ce que les femmes ne soient pas victimes de discrimination dans les secteurs à prédominance masculine. 
  • Bâtir une collaboration public-privé à long terme pour soutenir la transition réussie des femmes de la formation au marché du travail. 
  • Renforcer le système d’EFTP en travaillant avec la direction pour veiller à ce que le programme de formation soit adapté aux besoins du marché du travail et soutienne mieux les femmes. 
  • Remettre en question les normes fondées sur le genre dans l’éducation en encourageant les filles à étudier les mathématiques, les sciences et la technologie, et en leur faisant part d’histoires de femmes travaillant dans des domaines à prédominance masculine. 
  • Renforcer les politiques et les investissements pour soutenir la garde d’enfants, car les responsabilités en matière de soins empêchent souvent les femmes de chercher à faire des études et à obtenir un emploi. 
  • Faire progresser les compétences numériques des femmes afin d’améliorer leur employabilité et leur accès à l’information sur les choix et les possibilités de carrière. 
  • Soutenir l’indépendance financière des femmes en améliorant leur accès à l’éducation financière et au crédit. 

En savoir plus sur la façon dont la recherche oriente les efforts visant à accroître la réussite des femmes sur les marchés du travail d’Afrique de l’Est : 

Partagez cette page