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Un avenir meilleur pour l’aquaculture au Vietnam : des solutions fondées sur la nature qui donnent des résultats concrets

Chef de file mondial dans la production de crevettes et de fruits de mer, le Vietnam a vu ses exportations de produits de la mer atteindre un sommet record de plus de 11 milliards USD (15 milliards CAD) à la fin de 2025. Ce succès vient toutefois avec des coûts importants : les pratiques intensives d’aquaculture pour des produits comme le poisson-chat rayé et la crevette ont provoqué l’eutrophisation – à savoir l’enrichissement excessif d’un plan d’eau par des nutriments, qui entraîne la prolifération des algues – et la pollution dans le delta du Mékong, provoquant une perte de biodiversité et une déforestation massive des mangroves. 

Face à la baisse des rendements et des profits causés par ces défis environnementaux, les agricultrices et agriculteurs au Vietnam cherchent à innover – tant pour diversifier leurs revenus qu’en adoptant des méthodes aquacoles plus respectueuses de l’environnement. 

Faits saillants

  • Les solutions fondées sur la nature proposent des solutions de rechange durables à l’agriculture intensive, en abordant simultanément les impacts environnementaux négatifs, la vulnérabilité aux changements climatiques et l’insécurité des moyens de subsistance.
  • Les modèles de solutions fondées sur la nature, notamment mangroves-crevette, mangroves-crevette-tourisme, culture intégrée crevette-riz et poisson-riz-forêt, offrent divers avantages, dont des services écosystémiques comme la séquestration du carbone, la protection côtière et la purification de l’eau, ainsi qu’une diversification économique et des revenus stables pour les agricultrices et agriculteurs.
  • Le modèle culture intégrée crevette-riz a démontré la plus grande rentabilité par hectare et une empreinte carbone plus faible comparativement à la monoculture. Le modèle poisson-riz-forêt a produit les meilleurs résultats globaux grâce à la diversification et à l’atténuation des risques. 
  • La reproduction et la mise en œuvre réussies de ces modèles nécessitent un soutien politique ciblé, des incitatifs financiers, une formation technique et une supervision gouvernementale afin d’équilibrer la viabilité économique avec la durabilité environnementale et l’équité sociale.

Les solutions fondées sur la nature seraient-elles la réponse? 

Les solutions fondées sur la nature visent à protéger et à restaurer les écosystèmes tout en surmontant les défis économiques et sociaux. Dans le cadre d’un projet parrainé par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), des partenaires de recherche de l’École supérieure conjointe d’énergie et d’environnement de l’Université de technologie King Mongkut, à Thonburi en Thaïlande, et de la Faculté d’aquaculture et de pêche de l’Université de Can Tho, au Vietnam, étudient comment les solutions fondées sur la nature pourraient bénéficier à l’industrie aquacole vietnamienne. À l’aide d’évaluations du cycle de vie, d’analyses coûts-avantages et d’évaluations des services écosystémiques, ainsi que d’observations directes sur le terrain et de questionnaires, elles et ils explorent comment les solutions fondées sur la nature permettraient d’aborder les vulnérabilités écologiques et climatiques dans certaines exploitations agricoles de la province de Ca Mau, au Vietnam. Le projet s’inscrit dans l’initiative Solutions climatiques fondées sur la nature dans les systèmes alimentaires aquacoles en Asie-Pacifique (AQUADAPT), qui est cofinancée par Affaires mondiales Canada et le CRDI.

Les modèles culture intensive mangroves-crevette, mangroves-crevette-tourisme, culture intégrée crevette-riz et poisson-riz-forêt étaient les quatre solutions fondées sur la nature retenues pour l’étude – et les premières observations sont encourageantes.

L’aquaculture dans le delta du Mékong, le pays des mangroves

Les modèles culture intensive mangroves-crevette et mangroves-crevette-tourisme mettent en lumière les possibilités offertes par la cohabitation de l’élevage de crevettes avec les forêts de mangroves naturelles, une pratique autorisée par le gouvernement. Des enquêtes montrent que ces exploitations agricoles fonctionnent avec très peu, voire pas du tout d’intrants chimiques, d’aliments commerciaux ou de sources d’énergie externes, ne s’appuyant que sur des processus naturels comme l’alimentation naturelle et les cycles de marée pour maintenir le fonctionnement du système. Les revenus des agricultrices et agriculteurs proviennent généralement de la vente de crevette et de crabe, de la récolte de bois et de la diversification vers l’écotourisme avec des activités de pêche guidée et des opérations de restauration. 

Ces deux modèles ont démontré le rôle crucial que jouent les mangroves dans le stockage du carbone, la défense côtière contre l’érosion et le soutien de la biodiversité. Le modèle culture intensive mangroves-crevette offre des avantages écologiques importants pour un faible investissement et offre des possibilités de revenus stables. Cependant, il n’est pas à l’abri de défis comme la baisse des rendements et le faible taux de survie des crabes. D’un autre côté, bien que le modèle mangroves-crevette-tourisme affiche une production aquatique inférieure à celle du modèle culture intensive mangroves-crevette, il permet de réaliser des profits plus élevés en intégrant le tourisme et des activités génératrices de revenus supplémentaires.

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Le modèle mangroves-crevette intensif, avec un bassin naturel, entouré d’une forêt de mangroves.
Tu Vuong/CTU
Le modèle mangroves-crevette intensif, avec un bassin naturel, entouré d’une forêt de mangroves.
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Le modèle mangroves-crevette-tourisme, avec un canal de navigation, entouré d’une forêt de mangroves.
Nguyen Thi Thu Thao/JGSEE
Le modèle mangroves-crevette-tourisme, avec un canal de navigation, entouré d’une forêt de mangroves.

Une rotation des cultures d’un autre genre

Le modèle culture intégrée crevette-riz alterne la culture du riz avec l’élevage d’autres espèces comme la crevette géante d’eau douce, la crevette tigrée et le crabe. Cette méthode permet aux agricultrices et agriculteurs d’investir moins tant dans l’alimentation commerciale pour animaux aquatiques que dans les engrais organiques pour le riz, puisque les déchets de riz servent d’alimentation naturelle et que les boues organiques provenant des bassins à crevettes servent d’engrais. Un avantage supplémentaire et clé inclut la multiplicité des sources de revenus disponibles toute l’année grâce aux différentes périodes de récolte du riz et de pêche à la crevette et au crabe – et parfois au tilapia.

Les premiers résultats montrent que la culture crevette-riz offre des profits considérablement plus élevés comparativement à la monoculture aquatique ou rizière et a une empreinte carbone plus faible que les pratiques traditionnelles séparées. Cependant, bien que ce système soit le plus rentable par hectare en raison de la culture intensive, sa dépendance au carburant et à des engrais supplémentaires – les boues organiques seules ne fournissent pas suffisamment de nutriments pour le riz – soulève des inquiétudes quant à sa viabilité.

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Le modèle culture intégrée crevette-riz, avec un bassin intégré à une rizière.
Kobboon Kaewpila/JGSEE
Le modèle culture intégrée crevette-riz, avec un bassin intégré à une rizière.

Diversifier pour renforcer la résilience

Le modèle poisson-riz-forêt est un système hautement diversifié qui intègre des espèces de poissons locales, telles que la tête-de-serpent, le poisson-chat et la perche grimpante, dans la culture du riz et la sylviculture de la melaleuca. En plus du poisson et du riz, les agricultrices et agriculteurs récoltent du bois de melaleuca tous les quatre ans et produisent du miel de melaleuca à titre de sources de revenus supplémentaires. 

Les premiers résultats montrent que, bien que ce modèle utilise de vastes superficies et produise des rendements élevés de riz – ce qui nécessite un capital initial plus élevé et des coûts récurrents comme les engrais, les pesticides, le carburant et l’électricité – les revenus diversifiés contribuent à atténuer les risques financiers et commerciaux pour les agricultrices et agriculteurs. De plus, les forêts de melaleuca contribuent de manière significative à la régulation des écoservices tels que la séquestration du carbone, la protection contre les inondations et le soutien à la biodiversité.

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Le modèle poisson-riz-forêt, avec un bassin intégré à une rizière et entouré d’une forêt de melaleuca.
Kobboon Kaewpila/JGSEE
Le modèle poisson-riz-forêt, avec un bassin intégré à une rizière et entouré d’une forêt de melaleuca.

Évaluation de ces solutions

Dans l’ensemble, les résultats initiaux des évaluations du cycle de vie, des analyses coûts-avantages et des évaluations des services écosystémiques indiquent que ces quatre solutions fondées sur la nature démontrent des compromis évidents entre la performance environnementale et la performance économique. Bien que les modèles mangroves-crevette intensif et mangroves-crevette-tourisme soient respectueux de l’environnement, ils ne rivalisent pas avec les deux autres sur le plan de la productivité et de la performance économique. Le modèle culture intégrée crevette-riz offre la plus grande rentabilité par hectare. Cependant, compte tenu des préoccupations concernant les coûts élevés des intrants pour le riz et la crevette, le modèle poisson-riz-forêt équilibre des profits diversifiés avec des bénéfices écosystémiques, bien qu’il utilise plus de terres et comporte des coûts élevés.

En conséquence, des modèles comme culture intégrée crevette-riz et  poisson-riz-forêt semblent particulièrement prometteurs pour être reproduits dans d’autres provinces vietnamiennes, en raison de la prévalence de l’intégration riz-poisson et des systèmes d’agriculture mixte déjà en place à la grandeur du pays. 

Le tableau ci-dessous présente le classement des résultats initiaux des évaluations du cycle de vie, des analyses coûts-avantages et des évaluations des services écosystémiques pour les quatre pratiques. Les évaluations du cycle de vie mesuraient la capacité de chaque système à atténuer les impacts environnementaux, tandis que les analyses coûts-avantages évaluaient la rentabilité et la faisabilité économique des systèmes pour les agricultrices et agriculteurs. Quant à elles, les évaluations des services écosystémiques évaluaient la prestation des services écosystémiques et les bénéfices écologiques.

PratiqueRang selon les ECVRang selon les ACARang selon les ESO
Culture intensive mangroves-crevette112
Mangroves-crevettes-tourisme221
Poisson-riz-forêt333
Culture intégrée crevette-riz444

Classement des résultats initiaux des évaluations du cycle de vie, des analyses coûts-avantages et des évaluations des services écosystémiques pour les quatre pratiques.

Au bout du compte

Ces résultats de recherche montrent que les modèles de solutions fondées sur la nature proposent des solutions aquacoles écologiques qui peuvent maintenir une productivité viable pour les agricultrices et agriculteurs, renforcer la résilience aux effets des changements climatiques, réduire la pollution de l’eau et diminuer les coûts agricoles grâce à l’autorégulation et à la réduction de l’utilisation de produits chimiques. 

Les résultats, lorsqu’ils seront plus largement diffusés, viseront à offrir des conseils aux agricultrices et agriculteurs individuels et aux agences de réglementation des pêches, ainsi qu’à fournir des recommandations aux responsables des politiques pour soutenir les solutions fondées sur la nature dans tout le Vietnam. Au niveau individuel, les agricultrices et agriculteurs souhaitant percer dans l’aquaculture ou améliorer leur qualité de vie actuelle auront les connaissances nécessaires pour faire des choix éclairés quant au système de solution fondée sur la nature à employer. Au niveau des agences, les agentes et agents locaux du département des pêches pourront utiliser la recherche pour prodiguer des conseils appropriés aux agricultrices et agriculteurs souhaitant adopter un modèle de solution fondée sur la nature. Au niveau des politiques, ces résultats de recherche peuvent orienter les décisions politiques quant aux modèles susceptibles de soutenir les agricultrices et agriculteurs des différentes régions, adaptés aux conditions locales et faciles à mettre en œuvre sur le terrain.

 

Contributrices et contributeurs : Rebecca McMillan, administratrice de programme, CRDI; Holly Laurenzio, agente de gestion de programme, CRDI; et Clémentine Ferry, Kobboon Kaewpila, Nguyen Thi Thu Thao et Shabbir H. Gheewala, toutes et tous de l’École supérieure conjointe d’énergie et d’environnement de l’Université de technologie King Mongkut, de Thonburi en Thaïlande.

En savoir davantage sur l’initiative AQUADAPT

 

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