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Transférer le pouvoir pour une action climatique plus inclusive

Les effets des changements climatiques sont ressentis par tout le monde, mais certains groupes sont particulièrement vulnérables en raison de facteurs croisés tels que l’âge, les capacités, le genre, la pauvreté ou la position dans les hiérarchies sociales. En Afrique subsaharienne, par exemple, les petites exploitations agricoles sont de plus en plus vulnérables aux extrêmes et aux incertitudes climatiques. Cependant, les femmes, qui représentent près de la moitié de la main-d’œuvre agroalimentaire, se heurtent à des obstacles uniques pour investir dans une agriculture résiliente aux changements climatiques afin de se protéger et de protéger leurs moyens de subsistance contre les menaces climatiques : elles sont principalement employées de manière informelle, assument la charge des soins domestiques et sont moins susceptibles de détenir des titres fonciers et d’avoir accès au financement. 

Chaque localité est unique, mais pour que les efforts d’adaptation au climat soient efficaces, les personnes les plus vulnérables aux changements climatiques – qu’il s’agisse de femmes, de personnes âgées, de jeunes ou de personnes vivant sur des terres marginales – doivent participer à la prise de décisions concernant leur propre avenir. La planification descendante ignore à la fois les risques auxquels font face les groupes vulnérables, ainsi que les connaissances et les ressources locales qu’ils apportent pour trouver des solutions. 

Faits saillants

  • Le genre, l’âge, les capacités et une foule d’autres facteurs croisés jouent un rôle important dans la façon dont les différents groupes de personnes sont vulnérables aux changements climatiques, et leurs contributions à la résilience des communautés.
  • Des approches et des outils créatifs sont nécessaires pour garantir que les groupes marginalisés ont une voix dans la prise de décisions en matière d’adaptation.
  • Grâce à la recherche et à l’échange des connaissances, les partenaires de l’initiative « Activer le changement » innovent dans cet espace et présentent des réflexions critiques sur ce qui fonctionne pour assurer une adaptation inclusive. 

Placer l’inclusion au cœur de l’adaptation 

Depuis 2022, l’initiative Activer le changement un partenariat entre le CRDI et le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas – vise à bâtir une solide communauté de parties prenantes afin de favoriser l’adaptation locale. L’un de ses principaux objectifs est de faire progresser l’intégration de l’égalité des genres et de l’inclusion sociale dans les politiques et les pratiques d’action climatique, car de solides données probantes montrent que l’expérience des gens en matière de changement climatique est façonnée par leur genre, leur statut et d’autres facteurs croisés. 

Les partenaires de recherche et les spécialistes du courtage en connaissances de l’initiative « Activer le changement » contribuent non seulement à façonner des pratiques et des plans plus inclusifs en matière d’action climatique, en montrant de nouvelles façons de mobiliser et d’impliquer les communautés marginalisées et en offrant de précieuses leçons sur ce qui fonctionne. 

Amplifier la voix des femmes 

Au Burkina Faso, pays enclavé, plus de 80 % de la population dépend de l’agriculture à petite échelle pour la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance. Avec des pluies de plus en plus irrégulières et d’autres pressions sur les systèmes agricoles déjà mis à rude épreuve du pays, les exploitations agricoles adaptent leurs pratiques. 

Media
Radios rurales internationales
Radios rurales internationales
Des femmes de la province d’Ioba, au Burkina Faso, sont reconnues pour leur participation active à la programmation radio.

La radio est l’un des moyens les plus efficaces d’atteindre les communautés rurales et de leur donner les moyens d’échanger leurs propres connaissances et expériences. Mais les voix des femmes sont trop souvent absentes. Selon David Somda, réalisateur de radio dans la province du Ioba au Burkina Faso, « les femmes n’avaient pas l’habitude d’appeler pour […] nos programmes. Même si elles écoutent […] beaucoup, elles craignent que leur mari entende leur voix à la radio. » 

Dans le cadre d’un projet de l’initiative « Activer le changement » visant à éclairer une adaptation plus inclusive, Radios rurales internationales travaille avec les stations de radio locales pour s’assurer que les connaissances, les besoins et les expériences des femmes alimentent la programmation locale. À l’aide d’une application téléphonique interactive appelée Uliza (qui signifie « demander » en swahili), les radios partenaires offrent aux femmes et aux jeunes un autre moyen de se joindre à la conversation. Initialement développée pour mener des sondages auprès de l’auditoire, Uliza lui permet de contribuer par téléphone cellulaire. Les points de vue et les questions de l’auditoire sont compilés, analysés et utilisés pour créer du contenu pour les épisodes de suivi. Comme David l’a souligné, cela attire un plus large bassin de connaissances dans les discussions sur la façon de s’adapter : 

« En ce qui concerne les questions foncières et les changements climatiques… nous avons réalisé que [les femmes] disposaient de beaucoup d’informations. La plateforme nous a permis d’obtenir leurs commentaires et réflexions sur les changements climatiques et nos émissions. » 

Rendre les politiques et les plans d’action climatique plus inclusifs 

Le Climate and Development Knowledge Network (CDKN), un partenaire clé de l’initiative « Activer le changement », travaille en étroite collaboration avec les personnes chargées de la planification et les décisionnaires en matière d’adaptation aux échelles locale et mondiale, en les aidant à ancrer leurs décisions dans un large éventail de perspectives. En Amérique latine, par exemple, la Fundación Futuro Latinoamericano, responsable régionale du CDKN, aide les 10 membres de la plateforme du Fonds pour l’eau des Andes – de la Colombie, de l’Équateur et du Pérou – à faire preuve d’inclusion dans leur travail de protection des sources d’eau et à octroyer les fonds d’adaptation à l’échelle régionale. Pour la première fois, trois fonds pour l’eau participants ont récemment entrepris des évaluations de la vulnérabilité climatique qui tiennent compte des dimensions sociales et de genre. 

En Éthiopie, SouthSouthNorth, chef de file du CDKN pour l’Afrique, a formé la haute direction de l’ensemble du gouvernement national afin qu’elle championne l’inclusion. En partenariat avec le ministère de la Planification et du Développement, il facilite la formation d’une communauté de pratique qui relie 28 responsables et parties prenantes – dans les domaines de l’eau, de la santé, de l’industrie et de l’environnement – en les aidant à intégrer les dimensions sociales et de genre dans le développement national. En réunissant la communauté de pratique, le CDKN aide à gérer la dynamique du pouvoir et à équilibrer les priorités et les compréhensions différentes des membres participants. Vingt-cinq membres de la communauté de pratique, dont 12 femmes et deux personnes représentant les jeunes, ont été formés en tant que membres du personnel de formation en matière d’action climatique inclusive, à l’aide du matériel de formation en langue amharique sur le genre et les changements climatiques. 

Au Népal, ICLEI Asie du Sud, responsable régional du CDKN, aide les responsables municipaux à élaborer des plans d’action d’adaptation plus inclusifs à l’échelle locale, qui intègrent les considérations climatiques dans la planification urbaine et la budgétisation. Trop souvent, ces décisions ont été prises sans la participation des femmes et des dalits (membres des basses castes). À Dhulikhel et à Karjanha, l’ICLEI Asie du Sud a facilité des discussions distinctes avec des femmes et d’autres groupes marginalisés dans chaque quartier afin de s’assurer que leurs points de vue et leurs expériences sont pris en compte dans le processus de planification. Bien que de nombreuses personnes participantes aient eu peu d’éducation formelle, leurs points de vue sont essentiels pour s’assurer que les plans d’adaptation reflètent leurs besoins. Ces constatations ont été présentées aux représentants municipaux et ont été directement intégrées à l’ébauche du plan d’action. 

Media
Transférer le pouvoir pour une action climatique plus inclusive, exemple du CDKN LAC
FORASAN
Le Fonds pour l’eau de Piura, FORASAN, au Pérou a ouvert des espaces pour discuter des rôles de genre dans la communauté de Samanga.

Faire les choses différemment 

Ce travail démontre ce qu’il faut pour favoriser une adaptation plus équitable et plus inclusive. Les partenaires de l’initiative « Activer le changement » ont souligné la nécessité pour les organisations de renforcer leur propre capacité à mener des analyses du genre et de la société, et de s’attaquer aux nombreux obstacles pratiques qui empêchent les groupes marginalisés de participer. 

En 2025, le CDKN a réuni 45 responsables de l’adaptation pour réfléchir à ce qui fonctionne pour soutenir l’adaptation locale dans divers contextes africains. L’un des principaux points à retenir était que trop d’organisations se fient à des spécialistes externes pour leur dire comment aborder le genre et l’inclusion. Le partenariat du CDKN avec le gouvernement éthiopien, qui renforce une communauté de spécialistes internes qui serviront de mentores et mentors, de championnes et champions, et de formatrices et formateurs pour d’autres, n’est qu’un exemple de la façon dont l’expertise interne peut être développée à long terme. 

En Ouganda, les partenaires du projet de l’initiative « Activer le changement » qui s’appuient sur les systèmes locaux de connaissances en matière d’adaptation pour renforcer la résilience des communautés en agriculture ont appris par expérience que la création d’un espace inclusif nécessite bien plus que de bonnes intentions. Ils prennent maintenant des mesures délibérées pour surmonter les obstacles cachés qui empêchent les femmes, les jeunes, les personnes handicapées et les autres petites exploitations agricoles de participer au dialogue. Ces partenaires ont appris, par exemple, qu’il est essentiel d’organiser le voyage et l’hébergement à l’avance pour les personnes participantes ayant peu d’argent, et que les personnes handicapées peuvent avoir besoin d’un espace à la table pour un compagnon de soutien. 

Forts d’un profond engagement en faveur de l’adaptation locale inclusive et en s’appuyant sur une réflexion continue, les partenaires de l’initiative « Activer le changement » sont à l’avant-garde de la lutte contre la marginalisation et publient des leçons essentielles afin que d’autres approfondissent leur pratique. 

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