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S’attaquer au fardeau croissant des maladies non transmissibles en Afrique grâce à la collaboration scientifique : Le cas de la maladie d’Alzheimer

 

L’augmentation constante de l’espérance de vie de l’humanité est l’une des réalisations les plus importantes de notre époque. Au cours d’un siècle, nous sommes passés de presque aucun pays ayant une espérance de vie supérieure à 50 ans à plus de 40 pays où l’espérance de vie dépasse 80 ans. Aujourd’hui, il est courant que les gens prévoient vivre bien dans la soixantaine et au-delà.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le segment de la population âgée de 60 ans et plus devrait atteindre 2,1 milliards d’ici 2050 (comparativement à 1 milliard en 2020), tandis que le nombre de personnes âgées de 80 ans ou plus devrait tripler entre 2020 et 2050. Les deux tiers de la population mondiale âgée de plus de 60 ans résideront dans des pays à faible et à moyen revenu et le nombre de personnes âgées devrait augmenter le plus rapidement en Afrique, où la population âgée de 60 ans ou plus devrait tripler d’ici 2050.

Les personnes âgées souffrent de certaines maladies non transmissibles qui sont couramment associées au vieillissement. Dans le passé, la charge de morbidité en Afrique était principalement due aux maladies transmissibles, maternelles, néonatales et nutritionnelles. Cependant, compte tenu des tendances au vieillissement et des changements de mode de vie dans plusieurs pays africains, l’incidence des maladies non transmissibles et des handicaps qui y sont associés a considérablement augmenté à l’échelle du continent. Les projections indiquent que les maladies non transmissibles dépasseront bientôt les premières en tant que problème de santé prédominant, et les systèmes de santé locaux feront face à des défis importants pour répondre aux besoins de soins de leur population vieillissante.

La maladie d’Alzheimer (MA) est une maladie non transmissible particulièrement débilitante chez les personnes âgées. Elle implique principalement une perte neuronale (appelée neurodégénérescence) et un déclin cognitif entraînant une altération progressive de fonctions comme la mémoire et l’autonomie. Il est essentiel de favoriser la recherche scientifique pionnière et de renforcer les capacités locales pour faire face au fardeau croissant de la MA dans le contexte africain.

Une collaboration internationale et une façon novatrice d’aborder la maladie d’Alzheimer

Un projet financé par le Programme conjoint canado-israélien de recherche en santé étudie les changements physiologiques dans un type particulier de cellules cérébrales, appelées microglies, et leurs liens avec le développement et la progression de la MA. Le projet est codirigé par la professeure Marie-Eve Tremblay (Université de Victoria, Canada), Benneth Ben-Azu (Delta State University, Nigéria) et Dan Frankel (Université de Tel-Aviv, Israël).

La microglie, les cellules immunitaires du système nerveux central (SNC), a récemment été reconnue pour son rôle essentiel dans le maintien de la santé du cerveau. Ces cellules jouent un rôle important dans la détermination de l’équilibre cérébral, en facilitant l’élimination des substances nocives, en améliorant les capacités cognitives et en réduisant les lésions cérébrales associées aux infections virales, au vieillissement et à la MA. Les neuroscientifiques ont déjà découvert que la sénescence, une réponse cellulaire importante au vieillissement, contribue à perturber la fonction et la structure du cerveau. 

Bien que nous soyons armés de ces connaissances sur ces cellules immunitaires du SNC et sur la réponse cellulaire au vieillissement, des questions sur la façon d’utiliser ces connaissances pour protéger le cerveau des effets du vieillissement, comme la MA, restent sans réponse. Nous ne savons pas trop si la sénescence des cellules microgliales résulte du vieillissement, d’infections ou de maladies du cerveau, ou si elle est à l’origine de ces processus contribuant ainsi à l’apparition ou à la progression de la MA.

L’augmentation prévue du vieillissement de la population en Afrique au cours des prochaines décennies s’accompagne de la rareté des sciences fondamentales et translationnelles – ou la science qui profite directement aux gens – liée à la démence sur le continent. La situation nécessite des investissements dans les capacités scientifiques locales et la promotion des collaborations internationales pour la recherche sur la MA afin de découvrir des possibilités de traitement des patients atteints de MA en Afrique et dans le monde entier.

L’équipe de recherche dirigeant ce projet émet l’hypothèse que la présence de changements induits par la sénescence cellulaire dans les cellules microgliales accélère la neurodégénérescence et les affections cérébrales, tandis que leur élimination soulagerait plusieurs troubles cérébraux liés à l’âge. Elle profite de l’expertise complémentaire des trois sites de recherche pour mener des expériences de pointe et des analyses moléculaires de la microglie sénescente.

À l’aide d’échantillons de cerveau provenant de modèles murins humanisés modifiés de MA, c’est-à-dire de souches de souris contenant des gènes, des cellules ou des tissus humains fonctionnels, les équipes de recherche évaluent les conséquences des infections virales dans la pathologie de la MA en provoquant une augmentation du nombre de cellules sénescentes. Cette approche bidirectionnelle est unique et a un potentiel d’application immédiate pour tester l’effet des sénolytiques, une classe émergente de médicaments qui tuent sélectivement les cellules sénescentes et qui prolongent la durée de vie des modèles animaux.

Renforcer les talents scientifiques africains dans la recherche en neurosciences

Ce projet a catalysé la création du Laboratoire conjoint Canada-Israël de neurosciences et de biopsychiatrie DELSU, un nouveau centre de recherche au Département de pharmacologie de la Faculté des sciences médicales de base de la Delta State University au Nigéria. Le laboratoire, dirigé par Bennet Ben-Azu, est unique, car il est le premier du genre à être situé dans la partie sud du Nigéria avec des activités de recherche principales axées sur les expériences en neurosciences et les troubles neuropsychiatriques.

L’objectif de Bennet Ben-Azu et de son équipe est d’élargir leur réseau de collaborations scientifiques afin de concevoir de nouvelles stratégies thérapeutiques qui ciblent spécifiquement les marqueurs des altérations cérébrales aux niveaux moléculaire et clinique dans le contexte de la diversité des génomes africains et de leurs interactions avec les environnements. La recherche fournira des preuves qui peuvent être utilisées pour prévenir et traiter non seulement la MA, mais aussi d’autres maladies neurologiques dans lesquelles la microglie est impliquée, comme la schizophrénie, l’autisme, la maladie d’hyperactivité avec déficit de l’attention, l’épilepsie, l’anxiété, les troubles dépressifs majeurs et la maladie de Parkinson. 

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Benneth Ben-Azu et son équipe de recherche à la Delta State University, au Nigéria.
BENNETH BEN-AZU
Benneth Ben-Azu (première rangée, deuxième à partir de la gauche) et son équipe à la Faculté des sciences médicales de base de la Delta State University, au Nigéria.

Le poids de ces maladies touche non seulement les patients, mais s’étend également à leur famille immédiate, aux personnes soignantes et aux systèmes de santé et socio-économiques au sein de la communauté. En Afrique, ainsi que dans de nombreuses autres populations mal desservies, les soins de santé font face à des défis supplémentaires en raison de la mondialisation, des inégalités et du déclin progressif des réseaux de soutien informels essentiels, tels que les configurations familiales multigénérationnelles essentielles à la prestation de soins. Par conséquent, le continent doit se doter de solides capacités scientifiques, en tirant parti des progrès mondiaux de la recherche pour la prévention, le traitement et la réadaptation de la MA et d’autres troubles.

En investissant dans l’avenir de cette recherche en Afrique, le laboratoire réduira les lacunes actuelles dans les connaissances sur la MA et d’autres affections neurologiques sur le continent et contribuera à l’amélioration de la capacité de recherche en supervisant des boursières et boursiers postdoctoraux du Nigéria et d’autres pays africains. À l’heure actuelle, plus de 15 étudiants, dont quatre au doctorat, neuf à la maîtrise, un titulaire de bourse postdoctorale et un gestionnaire ou administrateur de laboratoire avec deux assistants de recherche de la région, sont soutenus par le laboratoire. 

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Photo du nouveau Laboratoire conjoint Canada-Israël de neurosciences et de biopsychiatrie DELSU, au Nigéria.
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Installations du nouveau Laboratoire conjoint Canada-Israël de neurosciences et de biopsychiatrie DELSU.

Prochaines étapes

La compréhension des mécanismes qui conduisent à la sénescence des cellules microgliales pourrait révéler de nouvelles cibles pour le traitement de la MA et de maladies neurodégénératives similaires liées au vieillissement et aux infections. Les résultats de ce projet pourraient aider à expliquer pourquoi les médicaments utilisés pour traiter la MA ne fonctionnent pas. Les résultats pourraient également justifier le test des sénolytiques comme traitement pour arrêter, réduire ou même inverser les symptômes de la MA, tout en renforçant les capacités scientifiques en Afrique pour un impact mondial plus large.

Collaborateur : Fabiano Santos, spécialiste principal de programme, CRDI