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Renforcer la position de l’Afrique dans les négociations sur le climat

 

« Les scientifiques nous disent que l’Afrique est le continent le plus vulnérable, pourtant c’est celui qui a le moins contribué aux émissions. La voix de l’Afrique dans les négociations mondiales sur le climat devient donc cruciale », a déclaré George Wamukoya, chef d’équipe de l’African Group of Negotiators Expert Support (AGNES), un groupe de réflexion soutenu par le CRDI depuis sa création en 2015. « Nous sommes fiers de dire que l’Afrique est désormais reconnue comme le groupe de négociation sur l’agriculture le plus solide et que d’autres adoptent notre modèle », a ajouté M. Wamukoya, qui est également le coordonnateur principal de l’agriculture pour le G77+Chine, une coalition de 134 pays membres des Nations Unies.

L’Afrique a apporté d’importantes contributions lors de la 27e session de la Conférence des Parties (COP27) aux négociations de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques en Égypte, comme elle l’a fait lors des réunions précédentes de la COP. La COP27 s’est déroulée vers la fin d’une année marquée par de multiples phénomènes météorologiques extrêmes sur tous les continents.

Cette année, des tempêtes tropicales survoltées, des inondations intenses et des sécheresses plus longues ont causé des milliards de dollars de dommages aux infrastructures, jeté à la rue des millions de personnes et entraîné des dommages incalculables à l’agriculture et à la sécurité alimentaire. Aucun endroit au monde n’est épargné par les changements climatiques, mais les pays du Sud sont les plus vulnérables. Les effets néfastes de la crise climatique, notamment l’augmentation de l’insécurité alimentaire, la pénurie d’eau, la baisse des rendements agricoles et la perturbation des systèmes alimentaires, ont été désastreux pour les ménages africains et la croissance économique du continent – sept des dix pays les plus vulnérables aux changements climatiques sont en Afrique.

Pourtant, avant 2008, chaque pays africain négociait seul (contrairement, par exemple, à l’Union européenne, qui a adopté une position commune au nom de ses États membres). Le manque de données scientifiques a également entravé les négociations. Lors du Sommet de Copenhague sur le climat ( COP15), aucune donnée scientifique n’était disponible pour calculer avec précision le coût pour l’Afrique de s’adapter aux changements climatiques.

Négocier d’une seule voix africaine

Conscients du manque de coordination entre les décideurs politiques, les scientifiques et les négociateurs pour fournir de telles preuves, les chefs d’État de l’Union africaine ont décidé qu’à la suite de la COP15, l’Afrique devait négocier en bloc, d’une seule voix. Cela a conduit au renforcement du Groupe africain de négociateurs (AGNES) sous la direction de la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement et du Comité des chefs d’État et de gouvernement africains sur les changements climatiques de l’Union africaine.

En 2015, avant la COP21, le CRDI a appuyé l’officialisation de l’AGNES dans le but de réunir des négociateurs, des décideurs et des scientifiques afin de forger une position africaine commune éclairée par la science. Dans son préambule, l’Accord de Paris sur les changements climatiques, adopté lors de la COP21, a souligné l’urgence d’accorder une attention particulière au secteur agricole et a reconnu « la priorité fondamentale de la sauvegarde de la sécurité alimentaire et de l’élimination de la faim, ainsi que la vulnérabilité particulière des systèmes de production alimentaire aux effets néfastes des changements climatiques ».

En novembre 2017, l’AGNES a joué un rôle essentiel lors de la COP23 à Bonn, qui a abouti à l’adoption de deux décisions historiques : le travail conjoint de Koronivia sur l’agriculture et le plan d’action pour l’égalité des sexes.

Positions sur les changements climatiques appuyées par des données scientifiques

« Dans toutes les positions que nous adoptons, nous devons rédiger des documents techniques ou d’information pour générer des preuves guidant cette position », a expliqué M. Wamukoya. « Avant chaque conférence sur les changements climatiques, nous organisons des réunions préparatoires au cours desquelles des scientifiques et des négociateurs se réunissent pour discuter de l’ordre du jour et cerner les domaines qui nécessitent des preuves. Les scientifiques sont ainsi en mesure d’aider les négociateurs à formuler une position africaine commune fondée sur la science. »

Le modèle scientifique fondé sur des données probantes, conçu par l’AGNES, a été reproduit en Asie et dans les pays d’Amérique latine. « On m'a dit que je devais montrer des résultats en matière d'agriculture », a souligné M. Wamukoya. « Et les politiques fondées sur la science seront essentielles à la mise en œuvre en Afrique. »

En outre, l’AGNES a lancé une initiative de formation afin de constituer un groupe de négociateurs bien équipés. Au cours de la dernière année, plus de 500 professionnels des secteurs public et privé, de la société civile et du monde universitaire de 50 pays d’Afrique ont participé au programme de leadership en matière de gouvernance, de diplomatie et de négociation en matière de climat de l’AGNES. Parmi ces participants, 75 % étaient des jeunes et 43 % étaient des femmes.

Programme des Nations Unies pour l’environnement en 2015 – Le coût croissant de l’adaptation aux changements climatiques sur le continent devrait atteindre 50 milliards de dollars US chaque année d’ici 2050 si l’augmentation de la température mondiale reste à moins de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Et ce, malgré le fait que le continent représente moins de 4 % des émissions mondiales. Il est donc impératif d’obtenir de bons résultats chaque année à la COP. Soutenu par l’AGNES, le Groupe africain de négociateurs a plaidé en faveur de l’adaptation à la COP27, en doublant le financement de l’adaptation, en orientant davantage les discussions sur les pertes et les dommages, en augmentant les mesures d’atténuation et en institutionnalisant l’agriculture dans le processus de négociation sur les changements climatiques.

Cet article rend compte de renseignements communiqués dans le cadre d’une présentation donnée lors de l’événement parallèle du Forum sur la révolution verte en Afrique du CRDI, le 5 septembre 2022. La présentation a été faite par George Wamukoya, chef d’équipe de l’African Group of Negotiators Expert Support, et par Laura Cramer, agente scientifique au Programme de recherche du CGIAR sur les changements climatiques, l’agriculture et la sécurité alimentaire.

En savoir plus sur le travail du CRDI avec l’AGNES