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Par l’Afrique, pour l’Afrique : Vers la souveraineté vaccinale

La pandémie de COVID-19 a mis en évidence de fortes  inégalités dans l’accès aux vaccins partout dans le monde, laissant  à la traîne de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire , en particulier en Afrique. Le manque d’accès équitable a mis en évidence des failles dans la solidarité et la coordination à l’échelle mondiale lors des urgences sanitaires. En réponse, un mouvement continental pour la souveraineté des vaccins a pris de l’ampleur. Le projet Accès équitable aux vaccins contre la COVID-19 en Afrique (ECOVA), financé par le CRDI, s’inscrit dans le cadre de cet effort plus large visant à bâtir un avenir vaccinal plus juste et plus autonome pour l’Afrique.

Assurer un accès équitable pour répondre à tous les besoins en matière de vaccins

L’Afrique ne produit que 1 % des vaccins dont elle a besoin, un écart  aggravé par la flambée de la demande pendant la pandémie de COVID-19. Pour combler ce déficit, l’Union africaine (UA) s’est fixé l’objectif ambitieux d’augmenter la production nationale de vaccins à 60 % pour répondre aux besoins du continent d’ici 2040.

Le projet ECOVA est venu à point nommé pour soutenir les efforts du continent visant à améliorer l’accès aux vaccins pour la population. Dirigé par l’Association africaine d’économie et de politique de la santé (AfHEA) en partenariat avec  Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa CDC) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, le projet ECOVA visait à générer des connaissances pour l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes et le leadership de l’Afrique en matière de vaccins.

Le projet ECOVA a sélectionné neuf pays qui reflètent la diversité linguistique et régionale de l’Afrique, représentant à la fois des contextes de couverture vaccinale élevée et faible. L’équipe de projet a entrepris une étude approfondie des cadres politiques, juridiques et de gouvernance affectant l’accès et l’utilisation équitables des vaccins, en mettant l’accent sur les minorités de genre, les populations déplacées, les personnes en situation de handicap et d’autres groupes  vulnérables souvent négligés lors des urgences sanitaires.

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Carte de l'Afrique
Les limites et les noms indiqués sur les cartes n’impliquent pas l’approbation ou l’acceptation officielle du CRDI.

« Nous devons être prêts – non seulement à survivre à la prochaine pandémie, mais à montrer au monde comment y faire face. » 

Professeur John E. Ataguba, directeur exécutif, AfHEA

Surmonter les obstacles à l’équité vaccinale

La souveraineté vaccinale dépend en partie de la capacité de fabrication, tandis que l’accès repose sur la disponibilité, l’abordabilité et l’acceptabilité des vaccins par la population.

En ce qui concerne la fabrication et la disponibilité, la capacité reste un défi majeur pour l’accès équitable aux vaccins, entravée par des déficits de financement, la corruption et des capacités de stockage insuffisantes, entre autres obstacles.

En ce qui concerne l’accès et l’acceptabilité, les taux de vaccination en Afrique varient d’un pays à l’autre, allant de 19 % à 68,5 %, l’hésitation à la vaccination faisant encore obstacle à l’adoption dans de nombreux pays.  Parmi les principaux facteurs :

  • la mésinformation généralisée
  • les idées fausses et les théories du complot
  • le manque d’accès à des informations fiables
  • la faible confiance du public envers les institutions

Les autres obstacles comprennent les  inégalités basées sur le genre, la difficulté à atteindre les populations vulnérables et les déplacements de population causés par les conflits ou les catastrophes naturelles.

« L’Afrique a la capacité de produire ses propres vaccins, ses matières premières, ses outils de diagnostic et d’autres fournitures médicales. » a déclaré Naomi Setshegetso, directrice exécutive adjointe du développement commercial à l’AfHEA. Mais pour réussir, il faut réorienter les décisions d’investissement et encourager les partenariats public-privé ou les partenariats de développement de produits afin d’accroître la recherche et la production de vaccins en Afrique. »

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Les participants à l'atelier posent pour une photo de groupe.
AfHEA
Personnes participant à un atelier sur la communication politique et l’intégration de la dimension de genre dans le cadre du projet ECOVA à Accra, au Ghana, en mai 2024.

Des solutions africaines qui façonnent la santé mondiale

Le projet ECOVA  contribue à l’ambition panafricaine de renforcer les systèmes de santé, de stimuler l’innovation et d’accroître la production de vaccins dans l’ère post‑pandémique. L’équipe de projet a mené des recherches, échangé des connaissances avec les décisionnaires et plaidé en faveur d’une réforme des politiques. De 2022 à 2025, les activités d’ECOVA comprenaient :

  • des analyses documentaires, des études qualitatives,la rédaction de  notes d’orientation et d’articles scientifiques;
  • la mobilisation des parties prenantes à l’échelle nationale, par des webinaires, des ateliers et des événements sur la production, l’accès et l’adoption des vaccins, ainsi que sur l’hésitation à la vaccination;
  • la planification d’un accès et d’une distribution équitables à la vaccination.

La question de savoir comment planifier l’accès aux vaccins et leur distribution équitable était au cœur de toutes les activités du projet. En plus des activités de recherche, les équipes de recherche ont reçu une formation sur l’élaboration de notes d’orientation efficaces – des outils clés pour transformer les données probantes en action – et ont participé à des ateliers sur le genre et l’intersectionnalité.

Le genre et l’équité ont été intégrés dans toutes les activités du projet, soutenus par une personne spécialisée en genre qui a veillé à la rigueur des conclusions concernant les inégalités dans la vaccination, en particulier les taux plus faibles chez les femmes et les populations rurales.

À venir : Nouveau programme d’études en économie de la santé en libre accès pour l’Afrique

L’équipe de projet ECOVA a cerné une lacune importante dans la formation contextuelle en économie de la santé, en particulier dans les domaines de l’immunisation et des vaccins.

Pour y remédier, l’AfHEA et l’Africa CDC ont lancé un nouveau programme d’études en économie de la santé qui est adapté aux besoins africains, en mettant l’accent sur les perspectives décolonisées. Une fois lancé en 2026, le programme aidera à créer un réseau de professionnelles et de professionnels africains capables de diriger les politiques et la recherche en économie de la vaccination.

Histoires de réussite

Mozambique

La mésinformation et la désinformation ont constitué des obstacles majeurs à la vaccination au Mozambique, en particulier chez les populations marginalisées et rurales. Accorder la priorité à l’engagement communautaire et à l’inclusion dans un programme de déploiement de vaccins contribue à la réussite en :

  • faisant participer tous les groupes de la société à la prise de décisions;
  • atteignant tous les segments de la population;
  • utilisant un langage inclusif pendant la sensibilisation;
  • décentralisant les tests de dépistage pour mieux atteindre les communautés.

Avec un plan d’exécution clair, la stratégie d’allocation progressive des vaccins du Mozambique a accordé la priorité aux personnes qui travaillent dans le domaine de la santé, aux personnes âgées, aux personnes atteintes de maladies chroniques et à d’autres groupes à risque élevé. Les investissements dans la logistique et les capacités de dépistage, combinés à une approche fondée sur des données probantes, ont aidé le pays à atteindre une couverture vaccinale de 97 % en décembre 2023.

Éthiopie

En Éthiopie, le projet s’est concentré sur la compréhension et l’amélioration de l’accès équitable aux vaccins dans les communautés rurales et mal desservies. Pour réussir, il a fallu surmonter plusieurs obstacles : défis logistiques, mésinformation, inégalités de genre et manque d’infrastructures.

Les principales réalisations comprennent :

  • la mobilisation des communautés grâce à des messages clairs sur la sécurité des vaccins afin de renforcer la confiance;
  • l’investissement dans les infrastructures de vaccination;
  • le renforcement de la volonté politique appuyée par des données probantes;
  • la garantie d’un leadership de haut niveau et d’une mobilisation continue des parties prenantes.

L’adoption des vaccins chez les femmes a augmenté grâce à des stratégies inclusives qui intègrent des approches sensibles au genre donnant la priorité aux populations vulnérables. 

Ghana

L’intégration des dimensions de genre dans la recherche a révélé des disparités dans la vaccination entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les populations urbaines et rurales du Ghana.

Un atelier national de validation réunissant des parties prenantes du ministère de la Santé, de la société civile et des partenaires au développement a permis de valider les résultats et de générer des recommandations concrètes.

 Les autres constats incluent :

  • les comités de santé et les leaders communautaires jouent un rôle essentiel dans la promotion de l’acceptation des vaccins.
  • la participation communautaire est un aspect important de l’administration du vaccin.
  • l’engagement clair, la transparence et la communication sont essentiels au succès.

Un rapport de synthèse sur le genre  issu de ces travaux guide désormais les politiques de vaccination sensibles au genre.

« La véritable résilience en Afrique ne peut dépendre indéfiniment de la générosité de la communauté internationale. Elle nécessite une capacité de production locale accrue et des chaînes d’approvisionnement régionales renforcées. » 

Professeure Aziza Mwisongo, membre de l’AfHEA et PDG d’Aziza Public Health Consulting
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Panélistes lors d’une conférence dans le cadre du projet ECOVA à Abuja, au Nigeria
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Panélistes lors d’une conférence dans le cadre du projet ECOVA à Abuja, au Nigeria, en novembre 2024.

Vers la souveraineté vaccinale en Afrique

L’expérience de l’Afrique démontre que la souveraineté vaccinale est essentielle au renforcement de la sécurité sanitaire et de la résilience. Une capacité de production vaccinale solide et fiable en Afrique est « un bien public mondial qui mérite un soutien international », a déclaré la professeur Aziza Mwisongo, membre de l’AfHEA.

Avec la mise en place des partenariats de l’UA pour la fabrication de vaccins en Afrique, cette vision est plus proche que jamais de la réalité.

Grâce au projet ECOVA, des équipes de recherche et des institutions d’Afrique ont généré des données probantes pour améliorer l’accès équitable aux vaccins, éclairer les décisions politiques et lever les obstacles systémiques, tout en faisant progresser l’égalité des genres et les progrès réalisés vers l’objectif de production vaccinale de l’UA.

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