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Mettre en relation l’innovation et la recherche : l’évolution des bons de R-D en Afrique

En collaboration avec des leaders dans les domaines de la science et de l’innovation, le CRDI s’emploie depuis plus d’une décennie à constituer une base de données probantes et de pratiques exemplaires visant à transformer les systèmes d’innovation dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Ce travail s’est concentré notamment sur le soutien aux petites et moyennes entreprises (PME) – la colonne vertébrale de la croissance économique dans le monde entier. 

Des recherches récentes soutenues par le CRDI en Afrique et en Asie ont montré que le manque de financement, la faiblesse des liens avec les organismes de recherche publics et l’insuffisance des capacités techniques limitent la capacité des entreprises à innover et à être compétitives. En collaboration avec des investisseurs africains à impact comme Villgro Africa et des capital-risqueurs comme Haske Ventures (mentionné ici dans une entrevue avec CNN), le CRDI soutient des entreprises en phase de démarrage dans plusieurs pays africains pour mettre à l’essai et affiner l’utilisation des bons d’impact de recherche-développement (R-D) afin de combler les écarts systémiques entre la recherche et le monde des affaires. Ces investissements ont montré des résultats concrets.

Au cours des sept dernières années, les bons d’impact de R-D ont notamment permis à un fabricant éthiopien de dispositifs médicaux d’obtenir les autorisations réglementaires nécessaires; ont conduit à la création de nouveaux produits alimentaires à partir de céréales traditionnelles en Afrique de l’Ouest; et ont aidé une compagnie d’assurance d’entreprise à offrir aux entrepreneuses et entrepreneurs l’accès à des services dont ils étaient traditionnellement exclus, pour ne citer que quelques exemples. Ils ont également offert à des établissements de recherche comme les universités la possibilité d’appliquer leur expertise à un éventail plus large de solutions concrètes.

Les bons d’impact de R-D pour le secteur des PME sont de petits investissements en R-D de 50 000 CAD ou moins, et de durée relativement courte (12 à 18 mois) à dépenser dans des établissements de recherche publics, comme les universités. Ils soutiennent des idées de recherche axées sur les besoins des entreprises, qui débouchent sur des innovations concrètes et évolutives, conçues par et pour les PME.

L’évolution des bons d’impact de R-D

 

« Nous avons mis au point un nouveau service – des services de dialyse mobile [destinés aux personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique] – ce qui, à mon avis, n’aurait pas été possible sans la recherche. C’est une première en Afrique subsaharienne. »

Naom Monari, fondatrice et PDG, Benacare

Impact des bons de R-D dans quatre domaines clés

Développement économique et commerce

Les PME obtiennent un accès abordable à l’expertise et aux installations de recherche, ce qui les aide à mettre au point de nouveaux produits, mettre à l’essai des idées et développer leurs activités. Au-delà des partenariats individuels, l’impact global est évident : Yolélé (en anglais), une jeune entreprise alimentaire d’Afrique de l’Ouest, commercialise des céréales locales traditionnelles sur les marchés internationaux grâce à de nouveaux produits alimentaires. Cela crée des débouchés économiques pour les petites exploitations agricoles tout en soutenant une agriculture résiliente face aux changements climatiques. Les investisseuses et les investisseurs de toute la région reconnaissent de plus en plus le potentiel des entreprises agroalimentaires africaines – en particulier celles qui mettent en avant les ingrédients locaux et sont dirigées par des équipes diversifiées – pour stimuler le développement économique de l’Afrique.

De même, Logidoo (en anglais), une plateforme logistique reliant les marchés africains, a utilisé un bon de R-D pour optimiser ses opérations et mettre à l’essai des moyens de rendre le commerce intra-africain plus rapide et plus efficace, visant une réduction de 20 % des délais de livraison et une diminution de 15 % des coûts opérationnels.

Inclusion sociale

La conception des projets de recherche financés par des bons privilégie les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés, assurant que les écosystèmes d’innovation reflètent des perspectives et des besoins diversifiés. Cette approche inclusive a aidé les PME à concevoir des produits et services qui atteignent des marchés mal desservis, comme Insurance for All, qui a mis au point des produits d’assurance adaptés au secteur informel du Kenya – une population notoirement difficile à atteindre. Cette approche inclusive a également soutenu des entreprises comme BenaCare, qui offre des soins cliniques et de soutien abordables à domicile aux familles à faible revenu au Kenya, réduisant les coûts des soins de santé de plus de 50% tout en élargissant l’accès pour les patients atteints de maladies chroniques ou limitant la vie.

Media
Un homme et une femme se tiennent à côté d'une banderole pour « Assurance pour tous »
Villgro Africa

Enrichissement des systèmes de connaissances

Les équipes de recherche mènent des projets en phase avec les besoins du marché, en mettant leurs connaissances au service de la résolution de problèmes concrets. Des partenariats tels que celui entre The Pathology Network et l’Université des sciences et technologies de Meru (en anglais) au Kenya montrent comment cela fonctionne dans la pratique : grâce à l’échange d’une vaste base de données d’images pathologiques, cette collaboration a permis de moderniser l’enseignement médical et de créer de nouvelles possibilités pour la recherche appliquée.

« Sans le bon, nous aurions eu du mal, en tant qu’établissement, à mener la recherche. »

Albanus Mutisya, chercheur, École des sciences infirmières, Jomo Kenyatta University of Agricultural and Technology (JKUAT), Kenya

Qui tire profit des bons de R-D?

 Les investisseurs et incubateurs: 

  • peuvent élargir la gamme de soutien qu’ils peuvent offrir aux entreprises en phase de démarrage 
  • réduisent leur risque d’investissement
  • génèrent les données probantes nécessaires pour attirer de nouveaux investissements 

Les entrepreneuses et entrepreneurs et les entreprises en phase de démarrage : 

  • accèdent à la recherche pour améliorer les produits ou services et la prise de décision 
  • reçoivent des données pour attirer de nouveaux investissements ou respecter les normes réglementaires
  • Augmentent leur compréhension des répercussions environnementales ainsi que des considérations liées au genre et à l’inclusion sociale afin d’améliorer leur impact social et leur rendement (p. ex. augmentation des ventes, diversification des produits) 

Les établissements de recherche : 

  • peuvent définir de nouvelles orientations de recherche et nouer des partenariats avec des entreprises du secteur privé, jetant ainsi les bases de futures collaborations 
  • élargissent leurs recherches sur le développement socio-économique local, ainsi que les possibilités de formation et d’emploi pour les étudiantes et étudiants de cycle supérieur

Amélioration du paysage de l’innovation

La progression de la phase pilote à la mise à l’échelle montre le potentiel de l’approche des bons de R-D à long terme. Dans l’économie de la connaissance d’aujourd’hui, ces bons représentent un soutien supplémentaire crucial pour les PME, au-delà du soutien financier et au développement des affaires plus traditionnel offert par les incubateurs et les investisseurs. En combinant des financements du secteur public, des bailleurs de fonds et du secteur privé et en intégrant les bons dans les portefeuilles des investisseurs et les organismes nationaux d’innovation, ces initiatives visent à ancrer de façon permanente les bons de R-D dans le système d’innovation africain. Cela réduirait la dépendance au financement des bailleurs de fonds et renforcerait la résilience économique.

Faits saillants

  • Les bons d’impact de R-D aident les PME à surmonter des obstacles importants à l’innovation en les mettant en relation avec l’expertise et les installations de recherche et les étudiantes et étudiants de cycle supérieur.
  • Les résultats de la phase pilote à la mise à l’échelle montrent une forte croissance : les bons soutiennent désormais divers secteurs dans l’ensemble de l’Afrique et contribuent à façonner les systèmes nationaux d’innovation.
  • Les PME mettent au point des solutions concrètes et prêtes à être commercialisées, allant des dispositifs médicaux aux produits agroalimentaires, en passant par des services d’assurance inclusifs.

« Compte tenu de l’expérience que nous avons acquise en tant qu’université dans le cadre de notre collaboration avec le secteur privé (Benacare Ltd.), c’est un modèle que je pourrais tout à fait recommander à d’autres établissements. »

Peter Nyobendo, chargé de cours, École des sciences infirmières, JKUAT

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