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Meilleure santé, meilleur environnement : les recycleuses en Équateur

En Équateur, des milliers de femmes recycleuses commencent leur journée avant le lever du soleil. Enfilant des gants et un masque, elles visitent les marchés, les rues résidentielles et les sites d’enfouissement pour ramasser les déchets et les matières recyclables comme les bouteilles en plastique, le carton et les canettes en aluminium.    

Elles se déplacent rapidement avant de se rendre à une aire de tri où elles séparent les plastiques, aplatissent les boîtes de conserve et empaquettent le carton avant de transporter les articles vers un centre de recyclage. Le travail est épuisant et dangereux et leur rapporte 5 à 6 USD (6,80 à 8,20 CAD) par jour. Il y a environ 20 000 recycleurs informels dans le pays, dont 70 % sont des femmes. Beaucoup d’entre eux sont très fiers de contribuer au système de recyclage informel de l’Équateur. Comme l’a noté l’un d’eux, « nous sommes les recycleurs qui nettoient notre ville et le monde entier ». 

Les femmes recycleuses jouent un rôle important dans l’économie des soins invisibles de l’Équateur, fournissant des services de recyclage et de ramassage des ordures à leurs municipalités. Elles risquent leur santé et opèrent sans contrat officiel qui reconnaît leur travail et le rôle crucial qu’elles jouent dans la création d’un environnement meilleur et plus sain. 

Recherche pour améliorer la condition des femmes 

La pandémie de COVID-19 a grandement touché les femmes qui travaillent dans l’économie des soins en Amérique latine, ce qui a eu une incidence sur leur santé, leur bien-être et leurs conditions de travail. Pour aider à résoudre ces problèmes, un projet de recherche financé par le CRDI a examiné les conditions de travail et de santé de 300 recycleuses et ramasseuses de déchets dans trois villes de l’Équateur, soit Cuenca, Macas et La Libertad. 

Le projet, intitulé Travail et santé des femmes recycleuses dans le contexte de la COVID-19 en Équateur (RUMBOS), fait partie de l’initiative Les femmes S’ÉLÈVENT. Cofinancée par le CRDI, les Instituts de recherche en santé du Canada et le Conseil de recherches en sciences humaines, l’équipe du projet a collaboré avec des organismes et des décisionnaires locaux afin de concevoir et de mettre en œuvre des interventions intersectorielles visant à améliorer la santé et les conditions de travail des femmes ramasseuses de déchets. 

La recherche participative mène à des résultats riches 

Des chercheuses et des chercheurs de l’Universidad de Cuenca en Équateur et de l’Université McMaster au Canada ont étudié les changements dans les pratiques de travail des recycleuses et des ramasseuses de déchets, ainsi que les interventions qui ont amélioré leurs conditions de santé au travail. Les chercheuses et les chercheurs ont utilisé une approche participative, impliquant activement les recycleuses à chaque étape du projet. 

À l’étape du diagnostic, les femmes ont répondu à des sondages et ont permis aux anthropologues de les observer au cours de leur travail. Ensuite, à l’étape de l’analyse, les femmes ont élaboré conjointement des solutions, aidé à établir des priorités et proposé des mesures en fonction des réalités locales. À l’étape de l’intervention, les femmes ont assisté à des activités spéciales, dirigé les processus d’ordonnance et contribué à améliorer la conception et l’approche de l’intervention. 

Media
Les recycleuses et les recycleurs au service des générations futures
Fabián Cornejo Narváez/Proyecto RUMBOS
Les recycleuses et les recycleurs au service des générations futures

Dans leurs mots : La valeur des femmes ramasseuses de déchets et les recycleuses en Équateur 

Les ramasseuses de déchets et les recycleuses accordent une immense valeur au rôle de soins qu’elles jouent pour leur famille et leur communauté, comme suit : 

  • « Notre objectif est de sauver la planète. » 

  • « Nous sommes des recycleuses qui nettoient notre ville et le monde entier. » 

  • « Les femmes se battent toujours pour la vie des nouvelles générations de la planète. » 

  • « Si nous ne nous battons pas pour la Pachamama [une reconnaissance de la Terre Mère, ou Mère du Monde, et de la planète Terre comme notre maison], nous faisons face à un monstre de pollution planétaire. » 

Les conditions de travail et de ménage des femmes ne correspondent pas à celles des hommes 

Dans tous les endroits étudiés (Cuenca, Macas et La Libertad), les recycleuses et les ramasseuses de déchets gagnent moins d’argent que les hommes qui font le même travail. Les femmes sont toujours chargées de toutes les activités domestiques et de s’occuper des membres de la famille à charge, ce qui renforce les rôles traditionnels de genre. 

Gabriela Chiriboga Herrera, membre de l’équipe de recherche, a souligné la demande qui pèse sur les femmes dans ce journal de voyage : « Une fois à la maison, Elena s’occupe d’autres tâches ménagères. Elle est chargée de préparer la nourriture, de laver (à la main) leurs vêtements et de nettoyer la maison. Elle s’occupe également de nourrir ses poules. Ce changement d’activité est perçu comme une rupture avec les exigences incessantes de recyclage. Il n’est pas conçu comme un travail non rémunéré et la répartition de ces tâches entre les deux n’est pas remise en question ». 

Comme l’a fait remarquer l’équipe de recherche, les données suggèrent que les responsabilités ménagères et de soins ont tendance à limiter les possibilités économiques des femmes et à augmenter leur charge de travail par rapport aux hommes. 

Les nouvelles coopératives tirent parti du pouvoir de l’action collective 

Le projet RUMBOS a mené à la création de COOPCOAMA, une coopérative de services de recyclage à Cuenca. Cette coopérative soutient le travail collectif et valorise le pouvoir d’action des ramasseuses et des ramasseurs de déchets dans le processus de recyclage. À Macas, une nouvelle association de recyclage connue sous le nom d’Amazonia Verde Association a été formée pour améliorer la représentation et l’action collective des ramasseuses et des ramasseurs de déchets locaux. 

Ces nouveaux collectifs offrent aux travailleuses et travailleurs un soutien clé, notamment : 

  • plus d’options pour les négociations collectives avec des entreprises publiques ou privées; 

  • un accès à des contrats de service officiels; 

  • de nouveaux centres de collecte dotés d’une meilleure infrastructure pour classer et vendre les matières recyclables; 

  • un soutien de la coopérative pour que les recycleuses et les recycleurs puissent accéder à la sécurité sociale et en assurer la gestion; 

  • un accès à des programmes d’éducation financière et d’entrepreneuriat pour renforcer l’indépendance économique des recycleuses et des recycleurs. 

Media
Des recycleuses et des recycleurs marchent pour sensibiliser les gens à l’environnement à Cuenca, en Équateur, en 2024
Fabrice de Pierrebourg / L’actualité
Des recycleuses et des recycleurs marchent pour sensibiliser les gens à l’environnement à Cuenca, en Équateur, en 2024

De la recherche à l’action : faits saillants du projet

Le projet en Équateur a permis d’obtenir des résultats importants.  

  • Il a fait participer les parties prenantes stratégiques et les décisionnaires à la formulation des politiques publiques visant à améliorer les conditions de vie des recycleuses. 

  • Il a renforcé la gouvernance et les pratiques du réseau national des recycleuses de déchets. 

  • Il a fourni un accès accru aux services de santé pour les recycleuses dans les villes de Cuenca, La Libertad et Macas, avec des améliorations mesurables de l’accès aux soins de santé dans ces régions.  

  • Il a amélioré l’accès des recycleuses aux soins médicaux et à l’éducation en matière de nutrition, ce qui a permis de lutter contre les taux élevés d’embonpoint et d’obésité, entraînant ainsi une réduction de l’excès de poids. 

  • Il a conclu des ententes visant à fournir des évaluations médicales, dentaires et gynécologiques aux recycleuses, à réduire le coût des médicaments, à livrer des trousses de nourriture et à assurer la vaccination régulière. 

  • Il a responsabilisé les recycleuses et les ramasseuses de déchets à avoir un impact durable sur leur résilience. 

Passer des données probantes à l’amélioration des conditions pour les travailleuses 

La pandémie de COVID-19 a mis en évidence les vulnérabilités du travail informel et des femmes recycleuses qui prennent soin de leur environnement et des endroits où elles vivent. 

L’équipe de recherche a démontré l’importance de travailler en collaboration avec les recycleuses de l’Équateur dans le cadre d’une approche participative qui a produit des avantages essentiels pour les travailleuses, notamment l’amélioration de la santé et des conditions de travail. 

À long terme, le projet contribue à l’institutionnalisation du travail informel des femmes, en officialisant leur rôle dans l’économie du recyclage et en préservant la propreté de l’environnement et de leurs communautés. Il autonomise également les travailleuses et aide à transformer l’économie du recyclage en une économie qui valorise l’équité, la dignité et le travail décent. 

Media
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Collaboratrices : Adrijana Corluka, spécialiste de programme principale, CRDI; Andrea Gomez Ayora, chercheuse principale de l’équipe RUMBOS, de l’Université de Cuenca. 

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