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Leçons pour aider à atténuer les perturbations du commerce mondial et d’autres crises

Depuis 2020, le monde a connu une série de crises interconnectées qui ont durement touché les économies émergentes et en développement des pays du Sud. Les réductions de l’aide et les droits de douane sur les importations américaines sont les derniers facteurs qui contribuent à l’incertitude dans l’économie mondiale, déjà perturbée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine, d’autres conflits, les changements climatiques et la pandémie de COVID-19.

Dans ce scénario de polycrise, la recherche visant à éclairer les réponses politiques dans les pays du Sud est plus importante que jamais. Étant donné que les pays disposent de ressources budgétaires limitées, leurs choix entre différents types de politiques — monétaire, allégement de la dette, fiscalité, subventions et promotion du commerce — jouent un rôle important dans la reprise. Les décisionnaires doivent comprendre les compromis associés à chaque choix de politique et de conception de politique, y compris la façon dont ils peuvent influer sur les inégalités au sein des sociétés. La capacité du monde à bâtir une prospérité partagée et des industries et un commerce solides en dépendent.

La recherche menée par trois organismes de recherche africains et l’ODI montre qu’il est possible de remédier aux inégalités dans les réponses politiques. Financée par le CRDI et Affaires mondiale Canada, cette recherche et les travaux antérieurs sur la pandémie de COVID-19 ont porté sur les impacts inégaux des chocs externes, les impacts attendus des choix politiques et les impacts réels une fois les politiques en place. Elle illustre comment les interventions politiques sans distinction de genre, y compris l’assouplissement des liquidités et les transferts de fonds, peuvent renforcer l’inégalité entre les genres et les effets de la polycrise.

Un récent rapport de synthèse de l’ODI résume les leçons tirées de l’expérience de l’Afrique pendant la guerre entre la Russie et l’Ukraine pour aider à faire face aux chocs externes. 

Faits saillants

  • La recherche montre comment la guerre entre la Russie et l’Ukraine a aggravé les effets des chocs externes précédents, entraînant une baisse de la croissance économique des pays africains sur plusieurs années. 
  • Ces chocs externes ont eu des impacts variables sur différents groupes, la hausse des prix des aliments et de l’énergie touchant les femmes de manière disproportionnée. 
  • Pour renforcer la résilience de l’Afrique face aux chocs externes récurrents, les gouvernements doivent mettre en place des politiques ciblées pour soutenir les femmes et les jeunes, innover dans la gestion de la dette publique et diversifier le commerce. 

Guerre en Ukraine et sécurité alimentaire en Afrique

Le monde se remettait encore de la pandémie lorsque la guerre entre la Russie et l’Ukraine a éclaté. Les perturbations commerciales ont notamment interrompu l’approvisionnement en denrées alimentaires, en engrais et en carburant. Les répercussions de la guerre ont été mondiales, les économies à faible revenu étant moins en mesure de se protéger contre les chocs externes.

Les analyses de ces chocs, réalisées par l’African Economic Research Consortium , l’Economic Research Forum et le Partnership for Economic Policy indiquent que les répercussions de la guerre entre la Russie et l’Ukraine en Afrique ont varié. Des études de simulation suggèrent que la guerre a entraîné une baisse moyenne de 0,2 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique. Par contre, en Éthiopie, au Kenya et au Soudan, la croissance du PIB a été estimée de 3,1 % à 3,8 % de moins au cours de la troisième année de la guerre.

Les estimations de l’ONU montrent une augmentation de la faim dans le monde à la suite du déclenchement de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. À l’aide de simulations et de données sur les ménages, la recherche financée par le CRDI a révélé que les femmes, en particulier celles à faible revenu, avaient vu leur sécurité alimentaire et leur accès à une énergie plus propre touchés de manière disproportionnée dans la plupart des pays.

En Égypte, par exemple, plus de femmes que d’hommes ont connu l’insécurité alimentaire, notamment à la suite d’une réduction de 60 % des importations de blé, ce qui a obligé le pays à importer des aliments à des prix mondiaux plus élevés. Bien que les subventions alimentaires aident en général, des mesures ciblées comme les cartes de rationnement, les cartes de pain et les transferts en espèces semblaient être plus efficaces pour réduire l’insécurité alimentaire des ménages dirigés par des femmes.

Un autre exemple est la hausse des prix du carburant qui a amené les femmes kényanes des régions rurales à passer du kérosène au bois de chauffage, ce qui leur a demandé plus de temps pour se le procurer et cuisiner avec. L’impact a renforcé les inégalités entre les genres, car les femmes consacrent plus de temps que les hommes à collecter du carburant et à cuisiner. Les subventions aux carburants n’étaient pas suffisantes pour que la plupart d’entre elles reviennent à des carburants énergétiques plus propres.

Media
Une femme de la vallée du Rift, au Kenya, porte du bois de chauffage sur son dos.
Sande Murunga/CIFOR
La hausse des prix du carburant a incité les femmes kényanes des régions rurales à passer du kérosène au bois de chauffage, ce qui leur a demandé plus de temps pour se le procurer et cuisiner avec.

Aggravé par la dette et la dépendance à l’égard des importations

Les tensions économiques mondiales découlant de la guerre entre la Russie et l’Ukraine et de la pandémie ont entraîné une hausse des coûts d’emprunt et ont contribué à l’augmentation, souvent insoutenable, des niveaux d’endettement dans les économies à faible revenu.

Pour faire face à l’augmentation de la dette publique, il faut examiner attentivement les solutions de rechange aux politiques, car le remboursement de la dette prive les investissements clés dans le développement, y compris dans les programmes de sécurité alimentaire et de nutrition qui sont nécessaire en temps de crise. Des instruments de dette innovants et des financements alternatifs – tels que les échanges de créances permettant aux pays de renégocier leur dette en échange d’engagements en matière de développement – peuvent remédier à la vulnérabilité liée à la dette et stimuler simultanément les dépenses de développement.

Les réponses politiques aux chocs peuvent entraîner d’autres compromis. Par exemple, le resserrement de la politique monétaire (entraînant une hausse des taux d’intérêt) pour contenir l’inflation peut faire augmenter les coûts d’emprunt, ralentir les investissements et entraîner une contraction de l’économie, comme l’a révélé la recherche en Éthiopie. Lorsque les chercheuses et chercheurs ont présenté leurs résultats, le ministère éthiopien des Finances s’est rendu compte de la nécessité d’accroître la capacité d’innovation dans la gestion de la dette publique. Les chercheuses et chercheurs ont offert une formation à cette fin, signalant la nécessité d’institutionnaliser ce type de renforcement des compétences.

Les pays qui dépendent des importations de produits de base ont ressenti l’impact de la guerre entre la Russie et l’Ukraine plus que d’autres. L’une des leçons tirées de la recherche est qu’une intégration économique plus poussée entre les pays africains pourrait favoriser la résilience à long terme et contribuer à la stabilité en cas de chocs mondiaux. Les leçons tirées comprennent l’importance de maximiser le commerce continental en incitant les industries à s’intégrer à l’échelle régionale et en établissant des mécanismes pour gérer les risques associés au passage au commerce régional, pour ne nommer que deux mesures.

Les pays peuvent également réduire leurs risques en diversifiant leurs sources d’approvisionnement. Ils peuvent, par exemple, augmenter la production nationale, libérer les stocks existants et diversifier les sources d’importation. Mettre l’accent sur les projets d’énergie renouvelable et les mesures d’efficacité énergétique pourrait réduire la dépendance à l’égard de l’énergie importée. 

Les leçons de la pandémie de COVID-19

La recherche financée par le CRDI pendant la pandémie de COVID-19 visait également à renforcer la résilience économique nationale et à ralentir l’élargissement des inégalités. La recherche a permis de recueillir un riche ensemble de données probantes sur le renforcement de la résilience aux chocs économiques mondiaux.

La pandémie a ralenti la croissance économique. L’inflation a grimpé en flèche et la dette publique de nombreuses économies à faible revenu est devenue insoutenable. Les économies à revenu élevé ont mis en place des réponses économiques importantes, atteignant 23 % du PIB. En revanche, les réponses des pays à faible revenu, disposant de ressources budgétaires limitées, se sont élevées à 4 % du PIB.

Comme pour d’autres chocs mondiaux, les impacts ont été inégaux, non seulement entre les pays, mais aussi à l’intérieur de ceux-ci, ce qui a miné davantage les progrès vers des objectifs mondiaux tels que la santé et l’éducation pour tous. Les mesures de confinement liées à la pandémie ont touché certains groupes plus que d’autres : les travailleuses et travailleurs du secteur informel, y compris les migrantes et migrants; les jeunes dont l’éducation, la formation et les possibilités d’emploi ont souffert; et les femmes qui assumaient des responsabilités accrues en matière de soins.

Au Zimbabwe, une étude menée par des spécialistes locaux a révélé comment la pandémie a exacerbé les vulnérabilités existantes – en particulier chez les femmes pauvres – en raison de la perte de revenus, de l’insécurité alimentaire et de l’augmentation du travail domestique non rémunéré. Les chercheuses et chercheurs ont recommandé des mesures ciblées pour protéger les emplois vulnérables et aider les femmes pauvres à réintégrer le marché du travail. Grâce à l’engagement direct de l’équipe avec la personne ministre qui dirige le Groupe de travail national sur la COVID-19, ces recommandations ont été intégrées dans les réponses du gouvernement zimbabwéen à la COVID-19.

Les programmes de transferts monétaires destinés à soutenir les personnes et les remboursements de dettes peuvent, par inadvertance, renforcer les inégalités entre les genres s’il n’y a pas d’analyse comparative entre les sexes ou de politiques visant à accroître la disponibilité de l’argent et du crédit dans le système financier. De même, les études sur l’impact de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sur l’Afrique montrent que des transferts monétaires ciblés, des programmes d’emploi et un soutien aux entreprises auraient pu être plus efficaces que des mesures de subventions générales pour remédier aux impacts inégaux sur la sécurité alimentaire et la consommation d’énergie au cours des périodes de choc des prix.

Alors que les crises continuent de secouer les pays du Sud, davantage d’investissements sont nécessaires pour améliorer la capacité de recherche sur l’impact et rendre plus de données disponibles pour la prise de décision. 

Lire le rapport de l’ODI

Collaborateurs et Collaboratrices : Arjan de Haan, spécialiste principal de programme, CRDI; Dianah Ngui Muchai, directrice de la recherche collaborative, African Economic Research Consortium; Sherillyn Raga, chargée de recherche, ODI; Jane Mariara, directrice exécutive, Partenariat pour la politique économique; et Alemayehu Geda, professeur, Département d’économie, Université d’Addis-Abeba, Éthiopie. 

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