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L’assurance intelligente des agricultrices et agriculteurs protège contre les chocs climatiques

 

À l’aide d’images prises par satellite et par téléphone intelligent, le projet d’assurance basée sur l’image d’Agriculture and Climate Risk Enterprise Limited (ACRE Africa) rend l’assurance intelligente accessible aux petits agriculteurs et agricultrices du Kenya. Il contribue à accroître la sensibilisation et la confiance à l’égard des produits d’assurance, tout en améliorant la résilience face aux défis posés par les chocs liés au climat.

Au Kenya, 80 % des agriculteurs et agricultrices sont de petits exploitants et exploitantes. Malgré leur rôle essentiel dans l’approvisionnement alimentaire de la nation, ils et elles sont confrontés à de nombreux défis. Les effets des changements climatiques augmentent l’incidence des ravageurs et des maladies et accroissent le risque de phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents, notamment la sécheresse et les inondations. « Des rapports indiquent que les agricultrices et agriculteurs perdent jusqu’à 90 % de leur rendement attendu en raison d’événements climatiques », a révélé Lilian Waithaka d’ACRE Africa.

Face à de telles pertes, de nombreux petits agriculteurs et agricultrices hésitent à investir dans leur exploitation. Au lieu de cela, ils et elles s’engagent dans des pratiques non durables pour essayer d’économiser de l’argent, « comme empêcher leurs enfants d’aller à l’école, vendre des actifs productifs et réduire la qualité de leur alimentation », a expliqué Mme Waithaka.

Des obstacles à surmonter

L’assurance peut aider à protéger les petits exploitants et exploitantes agricoles contre les pertes de récoltes et les pertes financières dues aux changements climatiques, mais nombre de ces personnes hésitent à investir dans de tels programmes. Selon Mme Waithaka, trois principaux facteurs expliquent cette hésitation :

  • Abordabilité – les régimes d’assurance traditionnels sont trop coûteux pour les petits exploitants et exploitantes agricoles;
  • Confiance – un manque de confiance dans les produits d’assurance décourage les agriculteurs et agricultrices de souscrire une police d’assurance;
  • Approche isolée – les agriculteurs et agricultrices adoptent rarement de nouvelles technologies et pratiques qui soutiennent la résilience (comme la plantation de variétés de cultures tolérantes au stress, le respect des avis et la mise en œuvre de bonnes pratiques agronomiques).

Grâce à son offre d’assurance novatrice, l’équipe d’ACRE Africa – soutenue par le fonds Cultiver l’avenir de l’Afrique, un partenariat entre le CRDI et l’Australian Centre for International Agricultural Research – prend des mesures « pour présenter aux petits exploitants et exploitantes agricoles des solutions d’atténuation des risques et d’adaptation aux changements climatiques afin qu’ils et elles soient à l’aise d’investir dans leur ferme », a révélé Mme Waithaka.

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John Poi Namanjelie applique de l’engrais sur ses cultures assurées.
Georgina Smith
John Poi Namanjelie applique de l’engrais sur ses cultures assurées.

Compter les gains

« Le projet d’assurance basée sur l’image offre aux agriculteurs et agricultrices une solution agricole abordable, innovante, inclusive et adaptée au climat », a affirmé Mme Waithaka. Il est également facile d'y adhérer. Il suffit aux agriculteurs et agricultrices de composer un code USSD et de choisir le type de culture qu’ils et elles souhaitent protéger, après quoi ils et elles sont automatiquement inscrits.

Afin de soutenir l’adoption de l’assurance basée sur l’image et d’améliorer le niveau de confiance dans l’assurance, ACRE Africa a également mis en place un réseau d’« agricultrices et agriculteurs champions » au Kenya. Ces personnes, dont les deux tiers sont des femmes, sont « les principaux faiseurs d’opinion dans les villages où elles résident », a expliqué Mme Waithaka. Il a été constaté que les championnes sont plus susceptibles de recruter avec succès de nouvelles agricultrices dans le cadre du régime d’assurance basée sur l’image.

L’imagerie est au cœur du concept d’assurance basée sur l’image. Des photographies des cultures des agricultrices et agriculteurs sont recueillies à l’aide de satellites et de téléphones intelligents. Les agricultrices et agriculteurs champions utilisent une application appelée SeeItGrow pour « prendre des photos des cultures des agricultrices et agriculteurs inscrits tout au long de la saison, qui sont ensuite utilisées dans le processus d’évaluation à la fin de la saison », a déclaré Mme Waithaka.

Le projet a mis au point trois modèles d’apprentissage automatique pour aider à traiter les images, en classant les cultures en fonction de leur stade de croissance et du type et de l’étendue des dommages. À la fin de la saison, un groupe de spécialistes composé de représentantes et représentants de compagnies d’assurance et d’agronomes évalue les photographies pour leur attribuer un « score », qui constitue la base à partir de laquelle les agricultrices et agriculteurs peuvent faire des réclamations.

Renforcer la résilience

Les agricultrices et agriculteurs qui souscrivent une assurance basée sur l’image sont également soutenus dans d’autres aspects liés au climat. Par exemple, ACRE Africa offre en permanence aux agricultrices et agriculteurs une formation sur la protection des cultures contre les chocs climatiques, les met en contact avec des entreprises qui vendent des variétés de semences tolérantes au stress, et utilise des services d’information pour les encourager à utiliser de bonnes pratiques agronomiques et à tenir compte des avis.

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Mary Nasimitu est une agricultrice championne qui cultive en association du maïs et des haricots.
Georgina Smith
Mary Nasimitu est une agricultrice championne qui cultive en association du maïs et des haricots.

L’approche d’ACRE Afrique s’avère fructueuse. À ce jour, les agricultrices et agriculteurs champions ont collecté plus de 60 000 images de terrain auprès de plus de 7 300 agricultrices et agriculteurs qui ont adhéré au régime d’assurance basée sur l’image. Plus de la moitié des agricultrices à qui l’on propose une assurance basée sur l’image la souscrivent, y compris Elizabeth, une mère de trois enfants âgée de 42 ans qui vit dans le comté de Machakos. « En 2021, elle a souscrit une assurance en payant une prime de 2 USD », a expliqué Mme Waithaka. À la suite d’une sécheresse survenue plus tard dans l’année, au cours de laquelle de nombreux agriculteurs et agricultrices ont perdu leurs récoltes, « Elizabeth a pu obtenir une indemnisation de 15 USD grâce à son assurance, qu’elle a utilisée pour acheter trois sacs de semences à planter la saison suivante ».

Bien qu’ACRE Africa souhaite améliorer les moyens de subsistance des petits exploitants et exploitantes agricoles, ses responsables sont conscients de l’impact du projet à plus grande échelle. « En aidant à renforcer la résilience », a déclaré Mme Waithaka, « nous ne soutenons pas seulement les personnes, mais nous essayons également de favoriser la croissance économique et la sécurité alimentaire. »

Le projet d’assurance basée sur l’image a été élaboré et mis en œuvre par un consortium d’organisations : la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization, ACRE Africa, l’International Food Policy Research Institute et la Wageningen University and Research, entre autres parties prenantes.

En savoir plus sur ce projet

En savoir plus sur le fonds Cultiver l’avenir de l’Afrique