L’Afrique de l’Est prend des mesures pour aligner les politiques nutritionnelles
Alors que les maladies non transmissibles mettent à rude épreuve les systèmes de santé en Afrique de l’Est, les gouvernements redoublent d’efforts pour renforcer les politiques environnementales alimentaires. Lors d’un dialogue régional à Mombasa, au Kenya, plus de 80 personnes déléguées de gouvernements, de la société civile, d’universités et d’agences de développement se sont réunies pour examiner comment harmoniser les efforts nationaux afin de promouvoir plus largement une alimentation plus saine et de réduire le fardeau des maladies liées à l’alimentation.
Convoqué conjointement par l’African Population and Health Research Centre (APHRC), l’Access to Nutrition Initiative (ATNi) et le ministère de la Santé du Kenya, le Dialogue régional de l’Afrique de l’Est sur les politiques visant à transformer les marchés des aliments nutritifs s’est concentré sur des solutions pratiques pour remodeler les environnements alimentaires au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda. Il s’est également appuyé sur les enseignements tirés d’autres pays africains et a souligné le rôle des données probantes, des normes et des partenariats régionaux dans l’élaboration de la réforme des politiques.
S’attaquer au triple fardeau de la malnutrition
Ouvrant la réunion au nom du secrétaire du cabinet de la Santé du Kenya, le Dr Joseph Lenai, directeur des soins de santé primaires au ministère de la Santé, a insisté sur le caractère urgent de la situation : « L’alimentation et la santé sont des questions de sécurité qui devraient être soulevées dans les programmes nationaux et mondiaux. » Au Kenya, les maladies non transmissibles représentent 39 % de tous les décès, plus de la moitié des hospitalisations et 11 % des dépenses totales de santé. Des tendances similaires sont observées dans toute la région, en raison de l’urbanisation rapide, des changements dans la consommation alimentaire et de la commercialisation agressive des aliments ultra-transformés.
L’événement a mis en évidence des exemples de la façon dont les pays commencent à réagir. Au Ghana, la mise en place d’une taxe de 20 % sur les boissons sucrées en 2023 a entraîné une réduction de 50 % de la production d’aliments ultra-transformés. En Afrique du Sud, le travail de fond sur les politiques visant à restreindre la commercialisation des aliments malsains consommés par les enfants a jeté les bases d’une protection renforcée des consommateurs.
Le Kenya, quant à lui, a mis au point un modèle national de profil nutritionnel, un outil conçu pour guider l’étiquetage, la publicité, l’approvisionnement et les réformes réglementaires plus larges. « Notre évaluation a révélé que 90 % des produits emballés évalués sur le marché ne répondent pas aux normes de santé de base », a déclaré Mark Wijne, directeur de la recherche à l’ATNi. « Cela montre à quel point il est urgent de disposer d’outils réglementaires solides comme le profilage et l’étiquetage des éléments nutritifs. »
Les expériences de chaque pays suscitent un élan régional
Le modèle de profil nutritionnel pour le Kenya a été élaboré avec le soutien de partenariats multipartites, y compris des contributions techniques et financières provenant d’initiatives financées par le CRDI. Les personnes déléguées ont exprimé leur intérêt à adapter l’outil à d’autres contextes et à harmoniser les normes à l’échelle régionale.
« L’un des principaux enseignements à retenir était la véritable soif pour l’harmonisation régionale des modèles de profil nutritionnel et de l’étiquetage sur le devant de l’emballage », a déclaré Shukri Mohamed, chercheuse scientifique à l’APHRC et chef de projet de politique alimentaire en Afrique de l’Est, qui fait partie de l’initiative « Catalyser le changement pour des systèmes alimentaires sains et durables (CCHeFS) » appuyée par le CRDI. Cet élan s’aligne étroitement sur son travail visant à renforcer les politiques cohérentes en matière d’environnement alimentaire dans la région, en favorisant l’apprentissage transnational et la cohérence des politiques. « Mais la réalité, c’est que les pays sont à des stades différents, et un soutien est nécessaire pour combler ces lacunes », a-t-elle ajouté.
« La dure réalité, c’est que les aliments vendus dans les pays à faible et à moyen revenu sont moins sains que ceux sur les marchés des pays les plus riches. Cela doit changer », a déclaré le secrétaire du cabinet de la Santé du Kenya, Aden Bare Duale, dans un discours prononcé en son nom. Il a réaffirmé l’engagement du Kenya à mettre en œuvre l’étiquetage sur le devant des emballages, à améliorer la coordination entre les organisations, à renforcer l’engagement de la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE), ainsi qu’à améliorer la surveillance et l’exécution.
L’élan prend de l’ampleur pour l’alignement régional
Au cours de la réunion de deux jours, les personnes déléguées ont participé à des tables rondes, à des présentations et à des séances d’apprentissage entre pairs, notant une poussée en faveur de l’intégration régionale. Le Secrétariat de la CAE a confirmé qu’il était prêt à soutenir l’harmonisation des modèles de profilage nutritionnel et des systèmes d’étiquetage à l’aide des cadres de la CAE. Des responsables des bureaux de normalisation de l’Ouganda et de la Tanzanie ont souligné les possibilités d’utiliser des plateformes communes, comme le Forum du Codex de la CAE.
La responsabilisation était également un thème important, tant en ce qui concerne les pratiques de l’industrie alimentaire que le suivi politique. Les participantes et participants ont souligné la nécessité de documents d’orientation clairs et accessibles, d’un engagement accru de la société civile et d’un soutien aux gouvernements pour résister aux pressions commerciales. « Nous avons les preuves. Le défi est de savoir comment nous le communiquons et amenons les dirigeants à agir », a déclaré un participant. « Il est temps de mettre en lumière les mauvais résultats et de s’en servir pour faire pression en faveur d’une véritable responsabilisation. »
De l’engagement à l’action
La réunion s’est terminée par la remise symbolique du modèle de profil nutritionnel signé aux partenaires régionaux et aux alliés internationaux, témoignant de la volonté de donner l’exemple. Dans son mot de la fin, le secrétaire du Cabinet Duale, par l’intermédiaire du Dr Lenai, a appelé les autres pays à adopter des engagements similaires afin de créer des environnements alimentaires qui font des choix sains des choix faciles.
Bien qu’aucune déclaration officielle n’ait été signée, la réunion a produit des résultats clés, notamment un soutien à l’harmonisation des politiques, un intérêt pour les outils fiscaux et réglementaires et l’accent mis sur le passage du dialogue à la mise en œuvre. À mesure que les environnements alimentaires évoluent, les participantes et participants ont reconnu l’urgence d’une action coordonnée pour favoriser les avantages mutuels.
Avec une volonté politique et une collaboration continue, les progrès réalisés à Mombasa pourraient ouvrir la voie à une transformation à l’échelle régionale dans la façon dont les aliments sont réglementés, commercialisés et consommés, ce qui favoriserait une prospérité commune.
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