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Éliminer les obstacles : lutter contre les inégalités entre les hommes et les femmes dans les universités africaines

 

Des recherches menées par des partenaires du CRDI en Afrique du Sud et en Éthiopie révèlent de graves disparités entre les sexes dans les domaines des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) au sein des universités africaines. Des études portant sur 60 universités de huit pays africains ont permis de cerner trois problèmes majeurs :  

  • Les femmes abandonnent les domaines des STIM beaucoup plus fréquemment que leurs homologues masculins. 
  • Les femmes sont victimes de microagressions généralisées en raison de leur sexe. 
  • Les institutions n’ont pas de politiques axées sur l’égalité des sexes ou ne parviennent pas à les mettre pleinement en œuvre.

Pourquoi l’inégalité entre les hommes et les femmes dans les STIM s’avère-t-elle préoccupante? Pour résoudre les problèmes complexes de l’Afrique, il faut appliquer la science à l’innovation dans la vie réelle et les problèmes énumérés ci-dessus créent un environnement hostile aux femmes et à leurs idées. Les systèmes des STIM risquent de perdre des connaissances importantes s’ils n’accueillent pas pleinement les femmes scientifiques avec leurs points de vue et approches uniques. Comme l’a dit Antonio Guterres Secrétaire général de l’ONU à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science 2024, « Il est primordial que les femmes et les filles participent sur un pied d’égalité aux découvertes et aux innovations scientifiques, que ce soit dans le domaine des changements climatiques, de la santé ou de l’intelligence artificielle; c’est là le seul moyen de garantir que la science profite à tout le monde ».

Pour combler cette lacune, le CRDI finance des chercheurs qui étudient les tendances sexospécifiques dans les domaines des STIM et les obstacles liés aux préjugés qui rendent les systèmes scientifiques moins accessibles aux femmes qu’aux hommes. L’objectif de ces projets qui s’inscrivent tous dans le cadre de l’Initiative de recherche sur la dimension de genre dans les STIM (GEST) du CRDI est de formuler des recommandations fondées sur des données probantes afin d’aider les universités et les principaux organismes de coordination à élaborer des politiques et des pratiques visant à garantir que les systèmes scientifiques nationaux sont inclusifs et équitables pour tous. Cet article examine les résultats de deux projets menés en Afrique.  

Faits saillants

  • Les universités africaines doivent mettre en œuvre des politiques et des pratiques qui placent l’égalité des sexes au premier plan de leurs activités.  
  • L’ARUA et de nombreuses universités de l’ARUA basées en Afrique du Sud doivent élaborer et mettre en œuvre des politiques liées au genre.  
  • Les universités de l’ARUA doivent mettre en œuvre des politiques et des pratiques permettant de lutter contre les microagressions fondées sur le genre et en surveiller l’efficacité.  
  • Les universités publiques éthiopiennes doivent mettre en place des programmes axés sur le genre pour remédier aux taux élevés d’abandon des femmes dans les programmes de premier et de deuxième cycle des STIM. 

Les étudiantes des universités publiques éthiopiennes sont plus susceptibles d’abandonner les STIM 

Entre 1998 et 2018, le gouvernement éthiopien a mis en place des politiques visant à accroître la proportion de femmes dans les domaines d’étude, d’emploi et de leadership du domaine des STIM. Ces politiques comprenaient une discrimination positive en matière d’admission et d’embauche, des bourses pour les étudiantes et des programmes de perfectionnement du leadership pour les femmes membres du corps enseignant. Cependant, peu de choses ont été faites pour étudier les répercussions du programme jusqu’à ce qu’un projet financé par le CRDI et dirigé par l’université de Gondar débute en 2020. Les chercheurs ont numérisé et analysé 20 ans de données sur les taux d’inscription et d’obtention de diplômes, l’emploi dans le corps enseignant et la participation à la direction des 45 universités publiques d’Éthiopie.  

L’étude a conclu que si les politiques ont été de plus en plus efficaces pour améliorer les taux d’inscription dans les domaines des STIM (les femmes inscrites en ingénierie sont passées de 20,9 % en 2008 à 27,3 % en 2018), elles ne s’attaquent pas suffisamment aux obstacles rencontrés par les femmes une fois qu’elles sont admises. Par exemple, au cours de cette même période, 25 % des étudiantes des universités publiques ont été renvoyées ou ont abandonné leurs études, par rapport à 8 % des étudiants. Ainsi, les femmes restent sous-représentées dans les études supérieures et les carrières universitaires, et sont les moins nombreuses à occuper des postes de direction. Selon l’étude, les femmes ne représentent que 11 % des membres des conseils d’administration des universités publiques éthiopiennes, 12 % des postes d’un échelon intermédiaire et 17 % des postes de direction de l’échelon inférieur. 

L’étude recommande que les universités publiques éthiopiennes mettent en place des programmes axés sur le genre afin de remédier aux taux élevés d’abandon des femmes dans les programmes des STIM de premier et de deuxième cycle.  

Les microagressions sexistes s’infiltrent dans les universités africaines où il y a beaucoup de recherches 

L’African Research Universities Alliance (ARUA) est composée des universités les plus actives en matière de recherche sur le continent. Ces établissements sont destinés à servir de pionniers et de modèles pour les autres universités d’Afrique. Pourtant, les conclusions d’une étude menée par Academy of Science of South Africa (ASSAf) montrent que l’environnement de bon nombre de ces universités est hostile aux femmes. Les chercheurs ont interrogé 27 femmes universitaires de niveau élevé dans huit des 16 institutions de l’ARUA et ont constaté que la plupart des femmes occupant des postes de direction avaient été victimes de microagressions sexistes à un moment ou à un autre de leur carrière universitaire. Ces microagressions allaient des préjugés sur les rôles traditionnels des hommes et des femmes (p. ex. seules les femmes universitaires sont invitées à rédiger les procès-verbaux ou à préparer le thé) aux comportements insultants et dépréciatifs, en passant par le sentiment d’invisibilité, les difficultés à contribuer aux réunions ou de ne pas être prises en compte plus souvent que leurs homologues masculins pour des rôles de direction.  

Le projet a également analysé les universités de l’ARUA qui disposent de politiques liées sur le genre. Sept des 15 universités incluses dans l’étude n’en avaient pas, y compris certaines des universités les mieux classées du continent en Afrique du Sud, qui à la place, ont mis en place des politiques antidiscriminatoires. En outre, l’ARUA elle-même n’a pas de politique liée au genre. Si les politiques antidiscriminatoires sont importantes, en négligeant les politiques liées au genre, les institutions peuvent ne pas comprendre comment la discrimination fondée sur le genre a des répercussions négatives sur l’enseignement et la recherche dans leur établissement, ne pas collecter de données ventilées par sexe et négliger les problèmes de harcèlement sexuel.  

L’étude recommande aux universités de l’ARUA d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques et des pratiques sexospécifiques et d’en surveiller l’efficacité afin de combler le fossé entre les hommes et les femmes dans le réseau. 

Conclusion 

Les résultats de l’étude de l’université de Gondor ont été communiqués aux responsables des systèmes éducatifs éthiopiens, notamment lors d’un atelier avec le ministère de l’Éducation, et lors de conférences dans de nombreuses universités publiques qui ont servi de sites pour cette étude. L’équipe de l’étude ASSAf et GenderInSITE veille également à ce que ses conclusions soient utilisées par les universités, les gouvernements nationaux et les organismes régionaux de l’enseignement supérieur pour renforcer les politiques liées au genre concernant les microagressions dans l’espace de l’enseignement supérieur. Par exemple, les conclusions de l’équipe ont été communiquées aux vice-chanceliers adjoints de la recherche des 16 universités de l’ARUA et aux fonctionnaires de l’ARUA. On espère que les principaux utilisateurs de connaissances dans les espaces d’enseignement supérieur africains prennent en compte ces résultats et les utilisent pour contribuer à mettre fin aux inégalités entre les hommes et les femmes. 

Dans le cadre de l’initiative Genre dans les STIM du CRDI, nous examinerons les résultats de recherche de certains de nos partenaires en Amérique latine et la manière dont ces résultats peuvent être utilisés pour remédier aux inégalités entre les sexes dans leurs systèmes de recherche nationaux. 

Collaborateurs : Hannah Whitehead, Titulaire de la bourse de recherche de CRDI, Gebeyehu Begashaw Abate, Professeur assistant à la Faculté des sciences sociales de l'Université de Gondar et directeur du Centre d'études stratégiques et politiques, et Katie Bryant, Administratrice de programme, Éducation et science, CRDI.