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Droit de travailler lorsque votre domicile ne vous convient plus

En 2025, la Thaïlande a adopté une politique historique, accordant aux personnes ressortissantes du Myanmar vivant dans des abris temporaires et des zones frontalières le droit légal de travailler en dehors des camps de personnes réfugiées. Pour la première fois depuis des décennies, environ 42 000 personnes en âge de travailler peuvent désormais le faire légalement, ouvrir des comptes bancaires et bénéficier de protections en matière de travail. 

Les personnes ressortissantes du Myanmar constituent désormais l’une des plus importantes populations déplacées de la Thaïlande. Elles ont fui la violence politique à la suite du coup d’État de février 2021 au Myanmar, qui a déclenché une longue et sanglante guerre civile. 

La décision de la Thaïlande n’a pas été prise du jour au lendemain. Elle est intervenue après des années de recherche sociale soutenue, d’engagement politique et de collaboration entre les universitaires, la société civile, les collectivités touchées et les décisionnaires, avec le soutien clé du CRDI, notamment dans le cadre de l’Initiative du savoir au service de la démocratie au Myanmar, un partenariat avec Affaires mondiales Canada. 

Dépasser les limites de la Convention de 1951

Depuis le coup d’État de 2021, la violence politique, l’effondrement économique et le service militaire forcé ont poussé des centaines de milliers de personnes ressortissantes du Myanmar à traverser la frontière vers la Thaïlande, créant la plus grande route migratoire d’Asie du Sud‑Est entre deux pays. 

Depuis plus de 40 ans, les personnes originaires du Myanmar vivant dans les camps de réfugiés thaïlandais ne sont pas autorisées à travailler légalement, à se déplacer librement à l’extérieur des camps ou à accéder aux services publics. 

Les recherches montrent systématiquement que les personnes déplacées recherchent la même chose : la capacité de subvenir à leurs besoins dans la dignité. Pourtant, la plupart des 30 millions de personnes réfugiées et de personnes déplacées de force dans le monde font face à des obstacles juridiques à l’emploi. À l’échelle mondiale, le déni du droit au travail pousse les gens à dépendre de l’aide humanitaire, qui s’épuise. En 2024, le financement des personnes réfugiées à l’échelle internationale a chuté à environ 39 USD (53 CAD) par personne, contre 72 USD (98 CAD) une décennie plus tôt. Dans ce contexte, le droit au travail n’est pas seulement une question de droits de la personne; c’est aussi un moyen pratique d’aider les économies et d’améliorer la gouvernance. 

Une grande partie du débat mondial sur les moyens de subsistance des personnes réfugiées est encadrée par la Convention de 1951 à cet égard. Cependant, la plupart des pays d’Asie du Sud‑Est, y compris la Thaïlande, ne l’ont pas signé. Bien que cela soit souvent considéré comme une lacune en matière de protection, cela permet également des politiques plus flexibles, ce qui crée des possibilités de solutions locales adaptées aux conditions réelles. 

Preuve que le droit au travail profite à tous

Pour la Thaïlande, l’accueil d’importantes populations déplacées en provenance d’un pays voisin de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est a créé des défis humanitaires, politiques et économiques. Une préoccupation commune est que les personnes réfugiées et migrantes pourraient exercer une pression sur les emplois ou les services publics. La recherche a été essentielle pour montrer que cette peur n’est pas vraie.

Les études menées par des universitaires et des institutions thaïlandaises, dont beaucoup sont financées par des initiatives subventionnées par le CRDI, comme les chaires de recherche sur les déplacements forcés et le Local Engagement Refugee Research Network – montrent que la plupart des personnes migrantes du Myanmar sont jeunes, travaillent et aident déjà dans des industries qui manquent de travailleuses et travailleurs.

Une voix de premier plan dans ce domaine est Sirada Khemanitthathai de l’Université de Chiang Mai en Thaïlande. Spécialiste éminente de la migration au Myanmar et l’une des 12 chaires financées par le CRDI sur les déplacements forcés, ses recherches combinent une étude approfondie des règles en matière de migration et des discussions directes avec les décisionnaires politiques, transformant la recherche en conseils clairs pour les responsables de la Thaïlande.

Grâce à des séances d’information parlementaires, des dialogues sur les politiques et des rapports de collaboration, son travail – et celui de ses collègues de toute la région – a aidé à dissiper la perception selon laquelle les personnes migrantes constituent une menace pour la sécurité, en plus de souligner la mesure dans laquelle ces personnes font partie intégrante de la population et de l’économie de la Thaïlande.

De la recherche aux décisions du Cabinet

L’École de politique publique de l’Université de Chiang Mai est l’un des meilleurs exemples de recherche qui façonne les politiques. Grâce au soutien de plusieurs institutions, dont le CRDI, l’École, dirigée par Oraorn Poocharoen, a organisé un processus de planification et de consultation unique en son genre impliquant l’ensemble du gouvernement. Cet effort a réuni le Conseil de sécurité nationale, plusieurs ministères, le Département des affaires frontalières des Forces armées royales thaïlandaises et les organisations de la société civile.

Ces consultations ont façonné le projet « Border Connectivity Initiative », qui vise à gérer les mouvements à travers la frontière du Myanmar de manière plus organisée. En mars 2025, l’École a officiellement soumis son rapport d’orientation au vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur de la Thaïlande.

Cinq mois plus tard, le Cabinet thaïlandais a approuvé des mesures visant à réglementer et à légaliser le travail des personnes ressortissantes du Myanmar dans les refuges temporaires – une décision fondée sur des années de recherche et d’établissement de relations. La politique vise à mettre plus d’ordre et de responsabilisation tout en aidant les gens à subvenir à leurs besoins grâce à un travail juridique.

Pourquoi le financement de la recherche est important

Ce changement de politique montre une leçon importante : la recherche sociale fait plus que diagnostiquer les problèmes – elle aide les gouvernements à naviguer dans des questions politiquement sensibles avec des preuves et de la confiance. L’appui du CRDI a été essentiel non seulement pour la collecte de données, mais aussi pour le maintien de l’écosystème qui transforme le savoir en action : bâtir des institutions compétentes, favoriser la confiance entre les équipes de recherche et les décisionnaires et soutenir l’engagement à long terme.

Un autre élément central de l’approche du CRDI consistait à reconnaître que, pour qu’un changement de politique ait un impact réel sur le terrain, les personnes les plus touchées doivent pouvoir faire valoir leurs droits en toute sécurité. Dans les provinces frontalières du nord telles que Chiang Mai, Chiang Rai, Tak et Mae Hong Son, des organisations de la société civile – souvent avec des chercheuses et chercheurs – ont aidé les personnes migrantes à apprendre le thaï, à comprendre la réglementation du travail et à exprimer leurs besoins. Ces initiatives ont permis de renforcer la confiance des autorités locales et de réduire l’idée que les populations déplacées sont invisibles ou ingouvernables.

Collaborateurs : Edgard Rodriguez, agent principal, initiative K4DM, CRDI, et Kundan Mishra, agent principal de programme, CRDI.

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