Aller au contenu principal

Créer des occasions pour les femmes de diriger la reprise à faible émission de carbone

 

À une époque de crises mondiales qui se chevauchent, les contributions et le leadership des femmes n’ont jamais été aussi importants. L’ombre portée par la COVID-19 a gravement perturbé les économies du monde entier, les secteurs dominés par les femmes étant parmi les plus durement touchés. D’autres crises aggravent les difficultés, comme les chocs d'offres résultant de la guerre en Ukraine. Au fur et à mesure que les pays et les donateurs internationaux investissent dans le redressement, ils doivent s’attaquer non seulement au récent recul, mais aussi aux obstacles de longue date à l’égalité des genres.

Dans un même temps, les efforts déployés pour faire face à la crise climatique modifieront considérablement la vie et les moyens de subsistance. Il existe un accord international selon lequel les températures mondiales ne doivent pas augmenter de plus de 2 degrés Celsius, mais idéalement de pas plus de 1,5 degré pour éviter les effets les plus dévastateurs des changements climatiques. Cela exige une transition rapide vers des politiques et des stratégies à faible émission de carbone. Si cette transition urgente doit inclure les femmes et bénéficier de leur leadership, ces politiques et stratégies doivent délibérément viser à renforcer l’autonomisation économique des femmes.

L’initiative Égalité des genres dans un monde à faible émission de carbone, appuyée par le CRDI, place le leadership des femmes au cœur des stratégies de transition à faible émission de carbone. Lancés en 2021, 12 projets de recherche-action dans 17 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et du Moyen-Orient explorent des innovations qui stimulent à la fois le progrès économique des femmes et soutiennent des moyens de subsistance à faible émission de carbone. La recherche explore des moyens d’éliminer les obstacles liés au genre, tels que le fardeau disproportionné des soins non rémunérés pour les femmes, et de promouvoir les possibilités dans les secteurs où les femmes peuvent s’épanouir.

Promouvoir le tourisme durable comme moteur de l’autonomisation des femmes

En Bolivie, une équipe de recherche a décelé un potentiel énorme pour améliorer le leadership économique des femmes et l’action climatique dans l’industrie du tourisme. Avant la pandémie, le tourisme dans le pays augmentait de plus de 10 % par an, soit deux fois plus vite que la croissance économique globale du pays. Les femmes représentent les trois quarts des personnes employées dans cette industrie, qui a été durement touchée par la pandémie de COVID-19.

Dirigée par le Réseau de solutions pour le développement durable (SDSN) – Bolivie, la recherche génère des données probantes pour ancrer la transition des industries extractives à fortes émissions à prédominance masculine vers un tourisme durable et non sexospécifique. Selon la directrice générale du SDSN – Bolivie, Lykke Andersen, « le tourisme a une très faible empreinte carbone en Bolivie, car la plupart des visiteurs arrivent en bus des pays voisins et se livrent à des activités axées sur la nature et à faibles émissions ».

Comme dans tous les projets appuyés par l’initiative Égalité des genres dans un monde à faible émission de carbone, cette recherche s’attaque aux obstacles structurels à l’égalité des genres, comme les normes sociales et les politiques qui freinent les femmes. Elle s’intéressera au-delà de la quantité d’emplois que les femmes occupent dans le tourisme et examinera leur qualité, en particulier, et si et comment ils autonomisent les femmes.

« Nous devons étudier les idéologies boliviennes qui placent les femmes en dessous des hommes et qui créent des inégalités au travail », écrit Agnes Medinaceli, associée de recherche pour le SDSN – Bolivie. Cette analyse comprend un éventail de problèmes, tels que la microviolence que subissent quotidiennement les femmes du secteur du tourisme, par exemple lorsqu’on leur demande de porter certains vêtements inconfortables, et la capacité des femmes au sein du ménage à prendre des décisions concernant l’utilisation de leurs revenus.

Afin de nouer des alliances avec les secteurs privé et public à l’appui de cette vision, le SDSN – Bolivie et la Fundación Innovación fr Empresariado Social ont créé un observatoire du tourisme durable. L’Observatorio Boliviano para la Industria Turistica Sostenible recueille et produit des données probantes sur l’égalité des genres et la durabilité dans le secteur et forme des petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes aux nouvelles technologies numériques.

Rendre les chaînes de production alimentaire plus inclusives et plus durables

Les recherches mises en œuvre par Grow Asia ciblent l’agriculture, un secteur qui est prêt pour une transformation afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer les moyens de subsistance et le leadership des femmes. Des équipes de recherche au Cambodge, au Vietnam et aux Philippines mettent à l’essai des interventions des secteurs privé et public auprès de petits exploitants agricoles qui font partie de grandes chaînes de valeur.

La recherche au Vietnam, par exemple, se concentre sur le riz.

« Nous avons appris que les femmes représentent 50 % des producteurs de riz au Vietnam, que la riziculture contribue de manière significative aux émissions de méthane dans le monde entier et que, de tous les gaz à effet de serre produits par le Vietnam, 15 % proviennent du riz », a déclaré Amy Melissa Chua, directrice du Partenariat philippin pour une agriculture durable et membre de l’équipe de recherche.

Les femmes représentent près du tiers des Sud-Asiatiques employés dans l’agriculture, mais elles possèdent rarement des terres. Elles travaillent principalement comme ouvrières et doivent travailler tout en s’occupant des enfants, des malades et des personnes âgées. Pour renforcer leur rôle tout en réduisant les émissions, il faut travailler avec les industries agroalimentaires et les entreprises sociales de la chaîne de valeur agricole afin d’accroître les connaissances et la capacité des femmes à adopter des pratiques positives pour le climat.

Le projet vise à démontrer comment les États membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) peuvent mettre en œuvre les plans de relance liés à la COVID-19 et respecter leurs engagements en matière de réduction des émissions provenant de l’agriculture. De nombreux États en sont aux premières étapes de la planification et n’ont pas encore les liens avec le secteur privé dont ils ont besoin. La recherche aidera à créer ces liens tout en échangeant les leçons apprises sur l’intensification de l’intégration de l’agriculture intelligente face au genre et au climat.

Le partenariat du CRDI avec Grow Asia prend de l’ampleur. En août 2022, il a lancé un fonds d’impact multidonateurs de 1,6 million de dollars américain pour soutenir les activités qui encouragent les investissements publics et privés dans des pratiques agro-industrielles non sexistes, en particulier pour les petites entreprises rurales. S’appuyant sur les investissements fondamentaux du CRDI et de Corteva Agriscience, Grow Asia vise à recueillir et à affecter 5,6 millions de dollars aux programmes d’autonomisation économique des femmes au cours des trois prochaines années.

Media
Un groupe d’agricultrices debout dans un champ au Sénégal.
Jelle Goossens/Rikolto (Vredeseilanden)

Autonomiser les horticultrices grâce à l’irrigation solaire

Partout en Afrique, les ménages et les entreprises souffrent depuis longtemps d’une pénurie d’énergie fiable. De nombreux pays se tournent maintenant vers l’énergie solaire et d’autres sources d’énergie renouvelable pour ouvrir la voie à une croissance propre. Au Sénégal et en Guinée, les femmes dominent le secteur horticole à croissance rapide, contribuant à l’ensemble de la chaîne de valeur en tant que productrices, transformatrices et commerçantes. Pourtant, la croissance du secteur et les progrès économiques des femmes sont limités par le temps et le coût de l’irrigation, ce qui impose un fardeau énorme aux femmes, en particulier dans les petites exploitations agricoles équipées de systèmes d’arrosage manuels.

Dirigé par Initiative prospective agricole et rurale, un consortium de recherche explore des moyens de réduire le fardeau des femmes et d’accroître leurs rendements et leurs revenus en augmentant leur accès aux systèmes d’irrigation solaire et leur contrôle. Le consortium travaille en étroite collaboration avec des groupes de maraîchage, l’association nationale sénégalaise pour les énergies renouvelables et les ministères chargés de la condition féminine et de l’agriculture. Ensemble, ils généreront des données probantes pour éclairer un cadre réglementaire et des politiques publiques afin de soutenir l’adoption à grande échelle de ces systèmes.

Investir dans l’énergie propre

Dans le cadre de ses efforts visant à cerner les synergies entre l’autonomisation économique des femmes et les transitions à faible émission de carbone, le CRDI augmentera son investissement dans la recherche sur l’énergie propre à petite échelle. Au cours des prochaines années, il soutiendra la recherche visant à cerner et à mettre à l’essai des solutions permettant aux pays d’atteindre leurs objectifs en matière d’énergie propre de manière à promouvoir le leadership et l’autonomisation économique des femmes et des jeunes. La recherche cernera les options politiques et renforcera les capacités pour aider les pays à optimiser leur combinaison de sources d’énergie à faible émission de carbone – comme l’énergie solaire, la biomasse, l’hydroélectricité et l’énergie éolienne – de manière à promouvoir une transition juste et inclusive.

En savoir plus

Note d’orientation : L’autonomisation économique des femmes – la pièce manquante des plans et des actions à faible émission de carbone

 

Faits saillants

  • Douze projets de recherche-action explorent des innovations qui stimulent à la fois le progrès économique des femmes et soutiennent des moyens de subsistance à faible émission de carbone.
  • La recherche établira comment éliminer les obstacles liés au genre afin de promouvoir le leadership des femmes dans des secteurs tels que :
    • Le tourisme axé sur la nature en Bolivie ;
    • Les petites exploitations agricoles pour les grandes chaînes de valeur au Cambodge, au Vietnam et aux Philippines ;
    • L’horticulture utilisant l’irrigation solaire au Sénégal et en Guinée.