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Améliorer la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des communautés de pêche en Ouganda

 

En Ouganda, les carences nutritionnelles sont répandues dans les communautés rurales et urbaines pauvres, en particulier chez les femmes en âge de procréer et les enfants de moins de cinq ans. L’accès limité aux protéines animales et aux aliments riches en micronutriments, en particulier le poisson, est un facteur contributif majeur. Le poisson est de moins en moins disponible en raison de la diminution des stocks, conjuguée à des exportations élevées et à des pertes après capture. En conséquence, le pays consomme la moitié de la quantité recommandée de poisson et, à mesure que la population augmente, la consommation devrait encore diminuer. 

Une solution réside dans le poisson argenté – une espèce de petit poisson pélagique sous-utilisée qui abonde dans les lacs ougandais. Connu localement sous le nom de « mukene », le poisson argenté est abordable et très nutritif, car il contient 11 micronutriments. Cependant, il est traditionnellement considéré comme l’alimentation des pauvres ou l’alimentation animale. Une transformation non hygiénique a encore aggravé les attitudes négatives à l’égard de la consommation, le séchage au soleil – souvent sur le sol – menant à un produit contaminé de mauvaise qualité.   

Le projet NutriFish, qui a débuté en avril 2019, cherche à trouver des moyens d’améliorer le traitement du « mukene » après sa récolte, ainsi que d’accroître la qualité, l’acceptabilité et la distribution des produits. NutriFish fait partie du programme Cultiver l’avenir de l’Afrique (CultivAF) – un partenariat entre le CRDI et l’Australian Centre for International Agricultural Research – et est dirigé par le Collège des sciences naturelles de l’Université Makerere en Ouganda. En améliorant la consommation de « mukene », la recherche vise à contribuer à une sécurité alimentaire et nutritionnelle durable, ainsi qu’à améliorer les moyens de subsistance des groupes vulnérables au sein des communautés de pêche de l’Ouganda. 

Faits saillants

  • Cinq produits novateurs à base de poisson sont en vente dans les magasins de détail locaux. 

  • La consommation de « mukene » (poisson argenté) a augmenté de 30 %. 

  • Les séchoirs solaires sous tente ont triplé la durée de conservation du poisson et doublé les revenus des femmes. 

  • L’épargne des groupes de femmes a augmenté d’environ 100 %. 

  • Une application mobile adaptée par le projet a permis de réduire de 80 % le coût de la collecte de données sur les pêches. 

Résultats

Aliments enrichis en poisson 

Nutreal, une entreprise de transformation locale et partenaire de NutriFish, a utilisé le « mukene » pour créer cinq produits nutritifs de grande valeur : aliments pour bébés, sauces, farine de maïs, collations et assaisonnements. La sauce suscite des réactions positives de la part des vendeuses et vendeurs dans la rue et des détaillantes et détaillants pour sa rapidité à cuisiner (ce qui permet aux familles à faible revenu d’économiser du temps et des ressources énergétiques), et les aliments pour bébés sont les préférés des mères de jeunes enfants. 

« Les aliments pour bébés sont préparés en moins d’une minute, avec de l’eau tiède », a déclaré Dorothy Nakimbugwe, directrice fondatrice de Nutreal. Ils sont emballés dans des sachets de 50 g pour des raisons hygiéniques et abordables, un sachet coûtant 1 000 shillings ougandais (USh), ou 0,37 CAD. Le produit a également été introduit dans cinq cliniques prénatales et postnatales dans des communautés à faible revenu à Kampala. 

Pendant les fermetures découlant de la COVID-19, le produit à base de farine de maïs était particulièrement important pour les familles qui avaient plus de mal que jamais à accéder à des aliments nutritifs – alors NutriFish a centré ses efforts pour accélérer son développement. « Une portion de 50 g fournit plus du tiers des besoins quotidiens d’un enfant en protéines, en fer, en zinc et en acide folique », a expliqué Mme Nakimbugwe. Les cinq produits Nutreal ont reçu la certification du Bureau national des normes de l’Ouganda en novembre 2021 et sont en vente dans les magasins de détail à Kampala. 

Afin d’encourager davantage la consommation de produits de « mukene », NutriFish a élaboré une campagne de sensibilisation radiophonique. De septembre 2021 à mars 2022, plus de 12 millions d’auditeurs ont été touchés par 29 annonces éclair différentes – des publicités courtes et concises – dans les langues locales, et quatre conversations en studio de 15 minutes. Grâce au projet, la consommation de poisson argenté a augmenté de 30 %. 

Bénéfices après récolte 

Pour aider les communautés à réduire les pertes après récolte, l’équipe du projet a construit deux séchoirs à tentes solaires, qui sont des structures semblables à des serres faites de poteaux en bois et recouvertes de polyéthylène traité aux ultraviolets. Les séchoirs offrent une installation de stockage et de séchage propre et efficace et réduisent de moitié le temps de séchage du « mukene » – soit de huit à quatre heures. La qualité améliorée du poisson séché a fait doubler le prix pour atteindre l’équivalent de 2,70 CAD par kilogramme, et la durée de conservation du produit a triplé pour atteindre près de cinq mois. 

« Depuis la construction du séchoir solaire sous tente, la qualité s’est améliorée et j’ai pu vendre jusqu’à cinq caisses par jour », a déclaré Amanna Bashir, une transformatrice de poisson du lac Albert. Le projet continue de sensibiliser les décisionnaires, les ONG, le secteur privé et les groupes de femmes à la technologie des tentes solaires. Ce succès a amené des organisations nationales et régionales à exprimer leur intérêt pour la mise à l’échelle de la technologie. Un comité parlementaire de l’agriculture, de l’industrie animale et des pêches a également recommandé l’utilisation des séchoirs en avril 2022. 

Surveillance des poissons en temps réel 

La durabilité du secteur local de la pêche est également renforcée par l’application electronic Catch Assessment Survey (e-CAS), une application simple élaborée par le National Fisheries Resources Research Institute (NaFIRRI) – un partenaire de NutriFish – et adaptée au contexte local. L’application gratuite, qui peut être téléchargée à partir de la boutique Google Play, capture des données vitales sur la pêche en temps réel, y compris la quantité de captures, le type de filets de pêche et de bateaux utilisés, et la somme d’argent que les pêcheurs s’attendent à gagner. Avec le potentiel d’accueillir un nombre illimité d’ensembles de données, y compris sur les enquêtes sur les pêches, l’aquaculture, les aspects socio-économiques et la commercialisation, le système est une ressource inestimable pour le développement durable des pêches pour la création de richesses, l’emploi et la sécurité alimentaire. 

À la suite du lancement de l’application e-CAS en Ouganda en 2021, celle-ci avait recueilli 12 000 enregistrements de données de capture avant avril 2023. Plus de 690 parties prenantes utilisent l’application, y compris la Direction des ressources halieutiques de l’Ouganda et l’Unité de protection des pêches, qui s’appuie sur les données pour prévenir la surpêche. L’application a augmenté la fréquence, l’exactitude et la fiabilité de la collecte de données, tout en réduisant le coût annuel de la collecte de données d’environ 80 % (à 28 450 CAD). Le projet a recommandé l’application à la Direction des ressources halieutiques pour la promotion et l’adoption locale dans tous les lacs ougandais. 

Media
Les espèces de petits poissons pélagiques sont très nutritives et abondantes dans les lacs ougandais.
NutriFish project
Les espèces de petits poissons pélagiques sont très nutritives et abondantes dans les lacs ougandais.

Changer les mentalités 

NutriFish a travaillé avec des groupes de femmes et de jeunes engagés dans le commerce du poisson pour les aider à ouvrir des comptes d’épargne collectifs, permettant ainsi à des personnes qui étaient auparavant pauvres de constituer leur épargne et d’investir dans leurs entreprises de pêche, ainsi que dans de nouvelles entreprises agroalimentaires. 

Kimono Magdalene du site de débarquement Kikondo sur le lac Victoria a utilisé les économies réalisées pour investir avec succès dans la production de chèvres laitières. « Certaines de ces chèvres donnent naissance à deux chevreaux, d’autres à trois et d’autres à quatre et six chevreaux à la fois. Le minimum pour lequel je peux en vendre un est de 150 000 USh (54 CAD), mais les plus gros vont pour 400 000 USh (142 CAD). J’ai également éduqué mes enfants et acheté des parcelles commerciales et des terres agricoles », a-t-elle révélé. 

Les membres du groupe ont également été sensibilisés aux questions de violence domestique et aux droits des femmes grâce à des représentations théâtrales organisées dans les villages locaux. En conséquence, les hommes soutiennent maintenant leurs femmes, paient les frais de scolarité de leurs enfants et participent au traitement du «mukene ». 

En outre, la violence domestique a diminué de 30 %, le nombre de femmes dans la chaîne de valeur du poisson a augmenté, plus de couples prennent des décisions communes au sein du ménage et plus d’hommes effectuent des tâches ménagères. 

Défense du poisson de qualité 

Afin d’assurer la durabilité de l’intervention, NutriFish a formé des personnes du commerce du poisson en tant que « champions ». Il y a donc eu une prise de conscience de l’importance des normes de qualité du poisson, y compris les pratiques d’hygiène pour la pêche, la manutention après la récolte et le séchage. L’équipe de recherche a commencé avec 68 champions (dont 26 femmes et jeunes). Au début de 2023, les champions avaient partagé leurs connaissances avec 650 membres de leurs communautés (405 femmes et 245 hommes), augmentant ainsi la portée du projet. 

La formation a aidé 127 pêcheuses et pêcheurs à améliorer la qualité et la rentabilité de leurs prises, ce qui a conduit à l’achat de 500 bateaux bien séparés. L’utilisation de cloisons et de caisses ventilées sur les bateaux permet de ne pas empiler le poisson trop haut ou de ne pas le compacter, ce qui permet aux pêcheurs de conserver un certain niveau de qualité. 

« Nous avons organisé les productrices et producteurs de poisson argenté en groupes afin qu’ils puissent être soutenus pour améliorer la qualité. Dans les villages de pêche du Bangladesh et de Kayogo, deux groupes d’entreprises ont été créés, avec plus de 70 bateaux venant ensemble avec une production mensuelle moyenne de 3,7 tonnes, et avec une valeur brute d’environ 9 363 CAD », a déclaré Anthony Otunga, agent supérieur des pêches du gouvernement local dans le district d’Amolatar et champion de NutriFish. 

Influence sur les politiques 

Afin d’assurer l’adoption des résultats du projet, cinq notes d’orientation ont été élaborées sur les sujets suivants : 

  • Inclusion de petits poissons dans les programmes d’alimentation scolaire pour stimuler la nutrition 

  • Santé et bien-être des élèves âgés de 6 à 18 ans 

  • Amélioration de la manipulation et de la transformation du « mukene » et d’autres petits poissons 

  • Réglementation des efforts de pêche visant les petits poissons 

  • Accroître la consommation de poisson et de produits nutritifs enrichis de poisson afin d’améliorer la nutrition et la santé des mères et des enfants en Ouganda 

Conclusion 

NutriFish diversifie les régimes alimentaires locaux des communautés de pêche de l’Ouganda, augmente la durabilité du secteur de la pêche et améliore les possibilités commerciales et les revenus des femmes transformatrices. Des partenariats diversifiés avec des parties prenantes du commerce du poisson – des pêcheuses et pêcheurs locaux au secteur privé – ont été essentiels à la réussite du développement, de la diffusion et de l’adoption de produits nutritifs. En outre, le travail de sensibilisation de l’équipe, y compris les campagnes de sensibilisation et la formation de championnes et de champions locaux, a été essentiel pour diffuser des messages importants sur la nutrition à base de poisson, changer les mentalités locales et augmenter la consommation de petits poissons. 

Les interventions transformatrices de genre ont abordé les contraintes sociales auxquelles les femmes font actuellement face, ce qui a permis d’améliorer la prise de décision conjointe au sein du ménage, de réduire la violence domestique et d’accroître la cohésion familiale. Les formations locales ont également permis de créer des comptes d’épargne collectifs chez les femmes et les jeunes, ce qui a permis de diversifier les moyens de subsistance et d’augmenter les revenus. 

À l’avenir, NutriFish continuera de travailler avec des championnes et des champions pour assurer la durabilité de la recherche. L’équipe vise également à offrir une formation en développement d’entreprise, en marketing, en image de marque et en transformation de produits aux communautés locales afin d’améliorer le succès de leurs entreprises en herbe. 

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Cultiver l’avenir de l’Afrique, un partenariat de 10 ans et d’une valeur de 35 millions de dollars canadiens entre le CRDI et l’Australian Centre for International Agricultural Research, finance la recherche appliquée visant à améliorer la sécurité alimentaire, la résilience et l’égalité des genres en Afrique orientale et australe.

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