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Alerte rapide et préparation aux épidémies d’origine hydrique sensibles aux changements climatiques au Bénin

Les communautés béninoises sont en première ligne face aux changements climatiques. Dans les maisons colorées sur pilotis du lac Nokoué et du marché en plein air de Dantokpa à Cotonou, la menace de maladies sensibles aux changements climatiques pèse sur la vie et les moyens de subsistance de la population. 

La hausse des températures, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’augmentation des inondations perturbent sans cesse les systèmes d’approvisionnement en eau et amplifient le risque de maladies d’origine hydrique. Un assainissement inadéquat et une mauvaise gestion des déchets aggravent la situation, ce qui expose les populations vulnérables à un risque encore plus grand. 

Faits saillants de la recherche

  • Les communautés locales présentent leurs connaissances sur la façon dont les changements climatiques affectent le mode de vie des personnes qui habitent cette partie du Bénin. Les résultats du projet et les solutions communautaires offrent des renseignements précieux sur les stratégies d’adaptation au climat.  
  • L’équipe de projet cerne des stratégies locales d’adaptation, de résilience et d’alerte rapide afin de réduire les risques de morbidité et de mortalité causés par les maladies d’origine hydrique liées aux changements climatiques.  
  • Les équipes de recherche, ainsi que les résidentes et les résidents travaillent ensemble à la création de solutions inclusives, communautaires et durables qui améliorent la résilience et les résultats en matière de santé publique. 
  • Les résultats éclaireront l’élaboration d’un système d’alerte rapide pour les maladies d’origine hydrique sensibles aux changements climatiques, avec la possibilité d’une application à d’autres régions aux prises avec des défis similaires.  

Les données scientifiques favorisent un changement positif 

Grâce au financement du CRDI, des équipes de recherche et des partenaires communautaires locaux travaillent à une solution novatrice pour protéger la santé de toutes les personnes vivant sur le lac Nokoué. À l’aide de données locales, ils conçoivent un système d’alerte rapide et d’intervention en cas d’épidémie de maladies d’origine hydrique sensibles aux changements climatiques. L’objectif est de renforcer la résilience de la santé publique face aux changements climatiques. Le projet est codirigé par l’Université de Copenhague au Danemark et l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin. 

« Ma participation à ce projet est motivée par l’impact positif qu’il pourrait avoir grâce à la participation de la communauté à la définition de solutions de santé liées aux changements climatiques », a déclaré Yaovi Mahuton Gildas Hounmanou, chercheur collaborateur, professeur adjoint à l’Université de Copenhague et professeur-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi. « Ce sont des problèmes que personne n’aborde. Cette initiative offrira des avantages importants à la communauté. » 

L’équipe de recherche concentre ses travaux sur huit districts du Bénin : Ganvié 1 et 2, Sô-Ava, Ahomey-Lokpo, Dékanmey, Houédo-Aguékon, Vekky et Cotonou (principalement dans le district de Hindé le long du marché de Dantokpa), dans le but d’offrir le système d’alerte rapide à d’autres régions. 

Aperçu de la communauté : Ganvié 

Située sur le lac Nokoué, Ganvié est la plus grande communauté lacustre d’Afrique. Connue sous le nom de Venise de l’Afrique, la communauté est un village flottant composé de maisons sur pilotis en bois et d’îles artificielles. Le village a été créé au XVIIe siècle par des personnes fuyant les guerres intertribales et les raids d’esclaves. Les quelque 40 000 personnes habitant Ganvié font face à des défis sanitaires et environnementaux uniques liés à la vie sur le lac. 

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Vue de l’entrée du village de Ganvié, arrivée en bateau depuis Cotonou
Natacha Lecours/IDRC
Vue de l’entrée du village de Ganvié, arrivée en bateau depuis Cotonou

La vie quotidienne à Ganvié 

L’organisation sociale de Ganvié est profondément enracinée dans les structures traditionnelles et les rôles fondés sur le genre. Les hommes se concentrent sur la pêche, l’agriculture, le transport lacustre et le commerce informel de carburant. Ils subviennent aux besoins de leur famille et transmettent souvent leurs compétences en matière de pêche et de navigation aux jeunes générations. 

Les femmes sont l’épine dorsale de l’économie locale, travaillant comme commerçantes et artisanes. La communauté abrite un marché qui fonctionne quotidiennement, où les femmes exposent leurs produits dans des canoës. 

Les jeunes aident leurs parents dans les tâches quotidiennes. Les garçons accompagnent leurs pères lors de sorties de pêche ou de voyages en bateau, tandis que les filles aident leurs mères à faire le commerce, à cuisiner et à s’occuper des enfants. Avec un accès limité à l’éducation formelle, de nombreux jeunes ont du mal à trouver d’autres moyens de subsistance en dehors de leurs rôles traditionnels. 

Les personnes aînées jouent un rôle central dans la gouvernance, la résolution des conflits et la préservation de la culture. Très respectées, elles conseillent et guident la prise de décisions sur l’utilisation des terres, les droits de pêche et le bien-être de la communauté. Grâce à leur sagesse et à leur expérience, elles jouent un rôle clé dans le maintien de l’harmonie sociale de la communauté.    

Les changements climatiques posent des problèmes de santé 

Bien que Ganvié soit une destination touristique populaire dotée d’un riche patrimoine culturel, elle n’est pas sans ses défis. Les résidentes et résidents font face à de graves risques pour la santé et l’environnement qui devraient s’aggraver avec les changements climatiques. 

En raison des périodes de chaleur extrême, il est difficile de contourner le lac, car les niveaux d’eau chutent. Il devient un environnement hospitalier pour la jacinthe d’eau, une plante aquatique envahissante qui obstrue les cours d’eau. Avec la chaleur, les résidentes et résidents doivent dormir dehors la nuit, ce qui les expose à des maladies à transmission vectorielle comme le paludisme. En raison des faibles niveaux d’eau, les activités économiques locales ralentissent, ce qui limite le travail agricole et la disponibilité de poisson pour nourrir la communauté. 

« Ici, nous avons une saison caractérisée par ce que nous appelons les "démangeaisons des nageurs". Notre corps nous démange beaucoup, surtout lorsque nous revenons de la pêche », a expliqué un pêcheur. 

Pendant la saison des pluies, les habitantes et habitants font face à des inondations qui se sont aggravées en raison des changements climatiques, qui font monter le niveau de la mer. Les pratiques de défécation à l’air libre, ainsi que les excréments d’animaux qui pénètrent dans le lac en raison du ruissellement de l’eau créent des conditions insalubres encore aggravées par l’accès limité de la population à l’eau potable. Ces conditions exposent régulièrement les villageoises et villageois à des maladies d’origine hydrique comme la diarrhée, le choléra et les infections à transmission vectorielle. 

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Un pêcheur de Ganvié en train de pêcher sur le lac avec son filet de pêche
Natacha Lecours/CRDI
Un pêcheur de Ganvié en train de pêcher sur le lac avec son filet de pêche

Solutions axées sur la communauté 

Le système d’alerte rapide et d’intervention de l’équipe du projet vise à aider les communautés à risque du Bénin à mieux relever les défis critiques en matière de santé et de bien-être posés par les changements climatiques. Pour ce faire, les membres de l’équipe s’efforcent de surmonter la stigmatisation des maladies d’origine hydrique. 

Les problèmes de santé, en particulier ceux liés au choléra, sont généralement gérés discrètement au sein des familles afin d’éviter le jugement des voisins. L’information n’est transmise qu’une fois que la maladie s’est aggravée et que le patient est hospitalisé. Au moment où le premier cas devient grave, la maladie a incubé et multiplié, ce qui la rend plus difficile à combattre et à contrôler, car un plus grand nombre de personnes sont exposées. 

Le projet fait participer activement chaque communauté à l’élaboration du système d’alerte rapide. Cette recherche-action participative place les résidentes et résidents locaux au cœur de la recherche et de la mise en œuvre de solutions pour favoriser des résultats plus sains. 

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Marchands de fruits et légumes réunis au marché flottant de Ganvié
Natacha Lecours/CRDI
Marchands de fruits et légumes réunis au marché flottant de Ganvié

En adoptant une approche centrée sur la communauté, l’équipe de recherche cerne les groupes les plus à risque et quantifie leurs vulnérabilités spécifiques pour la santé et les risques d’exposition. Plutôt qu’une solution universelle, l’équipe élabore des interventions ascendantes sur mesure qui répondent aux défis uniques de chaque communauté, qu’il s’agisse d’établissements côtiers, de vendeuses et vendeurs sur le marché ou de populations lacustres. 

« Ce projet présente de nombreux avantages pour la population. La sensibilisation à la prévention de ces types de maladies est positive », a déclaré Germain Gnonlonfin, agent de santé communautaire. « L’évaluation par le projet des maladies qui surviennent ici est très utile pour la population. » 

Au-delà de son impact immédiat, cette initiative sert de modèle pour les interventions de santé adaptées au climat, créant des voies pour des solutions durables qui peuvent être adaptées à d’autres régions vulnérables faisant face à des menaces de maladies émergentes.   

 Collaborateur et collaboratrice: Yaovi Mahuton Gildas Hounmanou, Université Abomey-Calavi et Natacha Lecours, CRDI.

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