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Sécurité sanitaire mondiale : au-delà de réagir aux crises, bâtir la résilience

Sarah Czunyi

Administrateur(trice) de programme principal(e), CRDI
Chaitali Sinha_IDRC

Chaitali Sinha

Spécialiste de programme principale, CRDI
Fabiano Santos

Fabiano Santos

Spécialiste de programme principal(e), CRDI
Natacha Lecours, senior program specialist, IDRC

Natacha Lecours

Spécialiste de programme principal(e), CRDI
une photo de l'auteur Samuel Oji Oti

Samuel Oji Oti

Spécialiste de programme principal(e), CRDI

La sécurité sanitaire mondiale – la capacité collective des pays à prévenir et à détecter les menaces de santé publique et à y répondre – est à la croisée des chemins. Conçue pour un monde d’épidémies discrètes, cette approche s’est traditionnellement concentrée sur l’endiguement rapide des infections et des urgences sanitaires transfrontalières. Mais les menaces pour la santé d’aujourd’hui sont de plus en plus complexes et interconnectées, et elles ne se produisent pas un agent pathogène à la fois. 

Les crises convergentes révèlent les limites de ce modèle réactif, singulier et fragmenté. La pandémie de COVID-19, ainsi que les éclosions d’Ebola, de mpox et de dengue dans plusieurs pays ont révélé à quel point les approches actuelles en matière de sécurité sanitaire mondiale ont du mal à suivre le rythme des menaces existantes, émergentes et réémergentes – et comment elles doivent passer d’une logique de réponses réactives et cloisonnées à une résilience intégrée. 

Répondre aux menaces de maladies émergentes et en évolution 

Le rythme alarmant des changements et la complexité des maladies infectieuses vectorielles et zoonotiquesnous montrent à quel point un changement est nécessaire pour la sécurité sanitaire mondiale. Transmis entre les animaux et les humains, directement ou par l’intermédiaire d’autres organismes, elles émergent à l’intersection du climat, de l’environnement, du comportement humain et de la santé animale. 

Un cadre efficace pour répondre à ces menaces de maladies nécessite d’aller au-delà des interventions épisodiques et d’urgence pour s’attaquer aux facteurs en amont de ces maladies, comme les changements climatiques, l’urbanisation, les interactions entre les humains et les animaux et le rôle changeant de l’information. Cela améliorerait la résilience et la réponse des systèmes de santé aux épidémies complexes impliquant plusieurs agents pathogènes. 

À mesure que les maladies à transmission vectorielle et d’origine zoonotique s’adaptent et se propagent dans de nouvelles zones géographiques, elles touchent de manière disproportionnée les populations ayant un accès limité aux services de santé et aux ressources essentielles, y compris les personnes réfugiées et les personnes vivant dans des quartiers informels. Conjuguée à des systèmes de surveillance qui n’ont pas été conçus pour une telle complexité, la propagation actuelle de ces maladies révèle les limites des approches existantes et démontre comment la résilience à ces menaces peut être renforcée en appliquant des stratégies intégrées, équitables et ancrées localement. 

Là où les approches actuelles de sécurité sanitaire mondiale sont insuffisantes

Malgré des décennies d’investissement, les systèmes mondiaux de sécurité sanitaire réagissent souvent aux épidémies lorsqu’elles s’intensifient, plutôt que d’anticiper les risques émergents. Les systèmes de surveillance et d’échange de données sont souvent conçus pour être propres à une maladie, ce qui ne permet pas de détecter les épidémies complexes impliquant plusieurs agents pathogènes, et ils s’atténuent fréquemment lorsque les épidémies ralentissent ou se dissipent. De plus, de nombreux pays s’appuient sur des systèmes centralisés et descendants qui sont lents à réagir et qui négligent souvent les connaissances locales ou autochtones. 

Pendant ce temps, les changements climatiques accélèrent la propagation de maladies telles que la dengue, le paludisme et la maladie de Lyme, et créent les conditions propices à de nouvelles menaces. La hausse des températures, l’évolution des précipitations et les phénomènes météorologiques extrêmes modifient les habitats où des vecteurs, tels que les moustiques, les tiques et les mouches peuvent survivre et se propager, entraînant des maladies dans des régions où elles étaient auparavant sous-déclarées. 

La résistance aux antimicrobiens aggrave encore ces risques en réduisant l’efficacité des traitements existants contre les infections bactériennes. Dans le même temps, les déplacements de population, provoqués par les conflits, les pressions économiques et les chocs climatiques, remodèlent la dynamique des maladies d’une manière que les cadres traditionnels de sécurité sanitaire mondiale ont du mal à prendre en compte. Par exemple, lors du conflit au Soudan, qui a entraîné le déplacement forcé de plus de 15 millions de personnes, le pays a été confronté à l’une des pires épidémies de choléra de ces dernières années. 

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Les systèmes de surveillance et de données sur la santé sont fragmentés et négligent les connaissances locales et les expériences des populations marginalisées.
Giacomo Pirozzi / Panos
Les systèmes de surveillance et de données sur la santé sont fragmentés et négligent les connaissances locales et les expériences des populations marginalisées.

Pendant ce temps, la mésinformation et la désinformation au sujet des épidémies érodent la confiance du public dans les établissements de santé et la science, ce qui affaiblit les fondements sociaux nécessaires à des interventions rapides et efficaces. 

Pris ensemble, ces pressions convergentes mettent en évidence une opportunité stratégique : nous pouvons améliorer la sécurité sanitaire mondiale en utilisant des approches collaboratives, axées sur la communauté, équitables et intégrées. Un cadre qui tient compte de la complexité des maladies à transmission vectorielle et des zoonoses peut aider à ancrer ces efforts et à améliorer les chances de réussite. 

Recadrer la sécurité sanitaire mondiale dans un monde de polycrises 

L’utilisation d’un cadre qui examine les maladies à transmission vectorielle et les zoonoses va au-delà des agents pathogènes isolés ou des groupes de maladies étroitement apparentées, et permet de se concentrer sur les écosystèmes, les structures, les comportements et les inégalités qui façonnent le risque. Par conséquent, il est essentiel de recadrer la sécurité sanitaire mondiale en fonction des menaces de maladies émergentes à l’interface humain-animal-environnement, en mettant l’accent sur la façon dont elles sont façonnées par le climat, la mobilité et les changements socioécologiques. 

Pour passer de la réactivité à la résilience, les décisionnaires politiques, les bailleurs de fonds et les décisionnaires en matière de santé mondiale doivent repenser la sécurité sanitaire mondiale. Les investissements prioritaires devraient soutenir ce qui suit : 

  • Données communautaires crédibles et accessibles. Les communautés locales doivent faire confiance aux données. Cela nécessite un investissement soutenu dans les institutions de recherche locales, des méthodologies de collecte de données et des mécanismes pour analyser et utiliser les données afin de façonner les décisions au niveau communautaire. 

  • Systèmes de surveillance et d’alerte rapide. Ces systèmes constituent la première ligne de détection et d’intervention. Un ensemble robuste de systèmes de capture de données sur la santé humaine, environnementale et animale peut détecter plus tôt les tendances inhabituelles. Les progrès en matière de modélisation et d’analyse, y compris l’utilisation de solutions d’intelligence artificielle responsables formées sur des données locales, peuvent soutenir les efforts de prévention, de préparation et d’intervention. 

  • Surveillance de la dynamique des agents pathogènes. Bien que les systèmes et les écosystèmes façonnent le risque, il ne faut pas sous-estimer l’attention portée à la façon dont des agents pathogènes isolés ou des groupes d’agents pathogènes évoluent et interagissent. Les investissements devraient soutenir les stratégies intégrées de recherche, de surveillance et d’intervention qui anticipent l’évolution des agents pathogènes, la résistance aux antimicrobiens et la dynamique des agents pathogènes croisés. 

  • Approches axées sur l’équité. En accordant la priorité à l’équité et à l’inclusion, en accordant une attention particulière aux normes juridiques, sociales et de genre et à la discrimination systémique, les populations marginalisées ne sont pas négligées et les interventions sont conçues en collaboration avec les communautés touchées. 

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 La recherche menée localement peut générer des solutions à la fois scientifiquement solides et socialement fondées.
Mireille Isimbi / Clean Cooling Network
La recherche menée localement peut générer des solutions à la fois scientifiquement solides et socialement fondées.

Investissements axés sur les solutions pour un avenir plus sain 

À mesure que les vulnérabilités s’étendent et évoluent, les priorités en matière de recherche et de financement doivent également évoluer. Les investissements devraient faire le pont entre la recherche, l’innovation et les politiques, en soutenant le leadership régional dans la prise de décisions et en permettant des mécanismes d’intervention qui s’attaquent aux menaces aggravées du climat, des maladies et du système de santé. 

La longue histoire du CRDI en matière de soutien de projets au moyen d’une approche systémique, en équilibrant les besoins à court et à long terme pour prévenir et répondre aux maladies animales et humaines, montre comment la recherche dirigée localement peut générer des solutions qui sont scientifiquement solides, crédibles et socialement fondées. Il sera essentiel de tirer parti de ces enseignements pour renforcer la prévention et la préparation aux épidémies et pour promouvoir une architecture de sécurité sanitaire mondiale plus équitable et plus résiliente, adaptée à un monde en évolution et qui peut profiter aux communautés du monde entier. 

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