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Pourquoi la collaboration en matière de recherche dirigée par les pays du Sud est plus importante que jamais

Fernando Perini

Chef d’équipe, Éducation et Sciences, CRDI

Matthew Wallace

Spécialiste de programme principal·e, Éducation et sciences

Si les défis mondiaux d’aujourd’hui sont partagés, les systèmes qui génèrent des solutions ne peuvent rester fragmentés. Les changements climatiques, les pandémies et les bouleversements technologiques ne s’arrêtent pas aux frontières. Pourtant, la collaboration Sud-Sud reste limitée, et les systèmes de recherche mondiaux reflètent toujours des déséquilibres de longue date en matière d’influence, de financement et de visibilité. 

C’est ce qui a rendu si importantes les récentes réunions du Global Research Council (GRC) à Bangkok, au cours desquelles le CRDI a organisé des discussions avec les conseils subventionnaires des sciences et d’autres parties prenantes des pays du Sud. Ce qui a émergé n’était pas seulement un appel à davantage de collaboration, mais à une approche différente : une approche axée sur les pays du Sud, ancrée dans le contexte et reflétant les réalités et les priorités de la majorité mondiale. 

Le problème est la connexion, pas la capacité

Partout en Afrique, en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient, les communautés de recherche sont dynamiques et profondément engagées dans les défis sociétaux urgents. La question est de savoir comment cette capacité est connectée, soutenue et reconnue au sein des systèmes mondiaux qui concentrent encore l’influence et les ressources dans les pays du Nord. 

La collaboration Sud-Sud n’est pas seulement une question d’inclusion, c’est une question d’efficacité. Lorsque des pays confrontés à des défis de développement similaires échangent des connaissances, testent des solutions et élaborent des programmes communs, ils accélèrent l’apprentissage et produisent des renseignements ancrés dans le contexte. Un potentiel substantiel reste inexploité lorsque ces connexions sont faibles ou sous-financées. 

Des partenariats ponctuels aux systèmes durables

L’une des principales leçons tirées de Bangkok a été la nécessité d’évoluer vers des formes de coopération plus intentionnelles et plus structurées. Trop souvent, la collaboration est axée sur des projets et de courte durée. Ce dont nous avons besoin, ce sont des plateformes à plus long terme : des programmes de recherche communs, des appels coordonnés et des moyens pour les pays de mettre en commun leur expertise, tout en maintenant une flexibilité dans la façon dont ils s’engagent. 

L’expérience montre que cela est réalisable. L’Initiative des conseils subventionnaires de la recherche scientifique (ICSRS), financée par le gouvernement de la Norvège, le Foreign, Commonwealth and Development Office (FCDO) du Royaume-Uni, Wellcome Trust et le CRDI, est passée d’un effort visant à renforcer les institutions individuelles à la promotion d’un écosystème de conseils, des partenaires et des priorités communes dans toute l’Afrique subsaharienne. Un seul projet de l’ICSRS a soutenu 18 initiatives de recherche et d’innovation impliquant des partenaires à l’échelle régionale ou internationale, contribuant ainsi à renforcer les liens mondiaux et intra-africains. Dans l’ensemble du réseau de l’ICSRS, les conseils jouent un rôle de plus en plus actif dans la mise en place de partenariats. Les exemples de la Côte d’Ivoire et du Rwanda, ainsi que du Ghana, du Malawi, du Nigéria, de la Zambie et du Zimbabwe, illustrent une tendance plus large à l’élargissement de l’engagement. En bref, lorsque les conseils dirigent, la collaboration peut aller au-delà des projets ponctuels et commencer à remodeler le système de recherche dans son ensemble. 

Cependant, la collaboration ne peut pas être uniforme. Les régions et les communautés expérimentent divers modèles, allant du financement commun aux investissements nationaux harmonisés, et des alliances formelles aux réseaux flexibles, permettant aux pays de s’engager à différentes vitesses et à différentes échelles tout en contribuant à une transition plus large vers des écosystèmes de recherche plus connectés. 

Il faut maintenant traduire le dialogue en progrès qui peuvent modifier le paysage mondial de la recherche et réduire les inégalités. Plusieurs priorités ressortent. 

Transformer le dialogue en progrès concrets

Une priorité émergente est l’importance de renforcer les programmes de recherche dirigés par les pays du Sud : aller au-delà de la participation pour façonner ce qui compte le plus, de la résilience climatique aux systèmes éducatifs en passant par la croissance économique inclusive. Cela signifie investir dans la prochaine génération de chercheuses et chercheurs grâce à la mobilité, aux réseaux régionaux et aux possibilités pour les scientifiques en début de carrière de collaborer au-delà des frontières. Pour concevoir des portefeuilles de recherche et des partenariats efficaces, les bailleurs de fonds des pays du Sud ont également besoin de meilleurs outils et de meilleures données, y compris une image plus claire du financement entrant dans leurs pays et des lacunes qui subsistent. 

Le financement fait également partie de l’histoire, mais pas seulement en matière de volume. La façon dont les ressources sont suivies et utilisées est tout aussi importante. Améliorer la transparence des flux de financement, développer des outils communs et investir dans des systèmes de données régionaux peuvent aider les pays à cerner les lacunes, à coordonner les investissements et à mieux comprendre ce qui fonctionne. Dans un environnement aux ressources limitées, cette clarté est un atout stratégique. 

Cela nécessite également de repenser plus largement ce qui constitue l’excellence en recherche. Des approches plus inclusives sont nécessaires pour refléter les diverses réalités, en reconnaissant que les obstacles liés à la langue, à la géographie, au prestige institutionnel et au genre continuent de déterminer qui participe et qui en bénéficie. La création de systèmes plus inclusifs réduit non seulement les obstacles à la participation, mais elle est essentielle pour générer des connaissances pertinentes, crédibles et largement applicables. 

La désinformation croissante et les tensions géopolitiques créent à la fois une occasion et une responsabilité pour les scientifiques et les conseils de recherche de jouer un rôle plus actif dans l’élaboration des débats sur les politiques. Cela signifie doter les équipes de recherche des compétences et des incitations nécessaires pour s’engager dans les processus politiques, tout en veillant à ce que les décisionnaires puissent accéder à des données probantes opportunes, pertinentes et crédibles. Une diplomatie scientifique plus intentionnelle et des mécanismes d’engagement plus solides en matière de STI seront essentiels pour améliorer la visibilité, l’adoption et l’impact de la recherche. 

La collaboration en tant qu’infrastructure de base

Ce qui rend les discussions récentes du GRC si importantes, c’est l’élan qui les soustend. Elles signalent un changement : une reconnaissance croissante du fait que les systèmes de recherche mondiaux doivent évoluer pour mieux refléter la répartition des défis et des capacités. Cela contribue à une feuille de route pour une action collective et à une plus grande visibilité et influence des conseils du Sud sur la scène mondiale. 

Pour maintenir cet élan, il faudra une action plus délibérée au niveau du système pour : 

  • une meilleure cartographie et coordination des flux de financement afin de remédier aux déséquilibres persistants (comme le soulignent les récentes analyses du financement de STI en Afrique); 

  • un soutien accru aux plateformes émergentes comme PILAR et ARICA (mécanismes de financement de la R-D multilatéraux et collaboratifs entre les pays d’Amérique latine et des Caraïbes et les pays arabes); 

  • une plus grande reconnaissance et une plus grande collaboration entre les chercheuses et chercheurs et les détentrices et détenteurs de connaissances autochtones du monde entier. 

Plus important encore, la collaboration ne doit plus être considérée comme un ajout. Elle doit être comprise comme une fonction essentielle de systèmes de recherche efficaces. 

Dans un monde de plus en plus incertain, aucun pays ne peut relever seul des défis complexes. La question n’est pas de savoir si la collaboration est nécessaire, mais comment elle est structurée et qui la dirige. 

Une approche plus connectée, plus équilibrée et plus inclusive est à notre portée. Pour y parvenir, il faudra de la persévérance, des investissements et une volonté de repenser les modèles établis et de remettre en question les structures de pouvoir. 

Le résultat est évident : des systèmes de recherche plus solides et mieux équipés pour fournir des solutions là où elles sont les plus nécessaires. 

Ce n’est pas seulement une vision pour les pays du Sud. C’est le fondement d’un système de recherche plus efficace et véritablement mondial qui peut profiter à des pays comme le Canada et le reste du monde. 

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