Pour faire progresser l’égalité des genres, il faut autant en désapprendre qu’en apprendre
Les mouvements de défense des droits des femmes et de l’égalité des genres font face à une réalité difficile, où des environnements politiques changeants, des discours publics en évolution et des conditions de financement incertaines influencent leur capacité d’agir, d’établir des liens et de diriger. Selon le rapport 2025 d’ONU Femmes, parmi les 159 pays examinés, près d’un quart déclarent que la réaction contre l’égalité des genres est un obstacle à la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing.
Pour que les mouvements féministes restent résilients, influents et durables, l’apprentissage doit aller au-delà des exigences de responsabilisation et devenir un processus collectif qui renforce la solidarité, intensifie le pouvoir et soutient les mesures prises localement.
Cependant, la façon dont l’apprentissage est compris et valorisé dans le secteur du développement est remise en question. Trop souvent, l’apprentissage est conçu pour servir aux fins de reddition des comptes et de responsabilisation des bailleurs de fonds, au lieu de soutenir la production de connaissances significatives et pertinentes pour ceux qui sont au centre de nos efforts – dans ce cas, les organisations de défense des droits des femmes et les groupes LGBTQI+ avec lesquels nous travaillons. Par conséquent, l’apprentissage est perçu comme extractif et déconnecté des réalités des mouvements eux-mêmes. Comme le souligne le guide 2026 de Coopération Canada sur les perspectives pratiques pour un développement dirigé localement, il est essentiel de reconnaître ces obstacles pour réinventer l’apprentissage en tant que ressource et source de pouvoir.
Alors que le Partenariat d’apprentissage pour le programme Voix et leadership des femmes façonne son parcours d’apprentissage collectif, des conversations avec des groupes de défense de l’égalité des genres et des droits des femmes dans 31 pays font émerger des réflexions perspicaces, notamment dans le cadre d’un dialogue lors de la Conférence 2026 de Women Deliver axé sur une question centrale : Quel apprentissage collectif est le plus urgent afin que les organisations féministes conduisent à des changements significatifs et remettent en question les normes et pratiques sociales néfastes?
Ce que les mouvements pour l’égalité des genres cherchent à désapprendre
Les mouvements féministes repensent activement leurs approches et leurs stratégies. Ils cherchent à s’éloigner de ce qui suit :
- Dépendance à l’égard du financement concentré des bailleurs de fonds : En particulier, le financement d’un petit nombre de bailleurs des fonds des pays du Nord, puisqu’il limite l’autonomie des mouvements et les rend vulnérables à l’évolution des priorités en matière d’aide. L’aperçu du financement 2025 de l’Alliance pour les mouvements féministes montre que seulement 4 % de l’aide publique au développement a pour objectif principal l’égalité des genres, soit cinq bailleurs de fonds fournissant 57 % du financement total.
- Concurrence pour des ressources rares : En 2022, l’Association pour les droits des femmes dans le développement a signalé que les budgets annuels de près de la moitié des organisations de défense des droits des femmes et des organisations féministes dans les pays du Sud sont inférieurs à 30 000 USD (environ 42 000 CAD), soulignant la nécessité d’adopter des approches plus collaboratives qui renforcent la confiance, la solidarité et l’action collective.
- Divisions au sein des mouvements et entre ceux-ci : Reconnaissant que l’unité ne nécessite pas un accord total, les mouvements cherchent de plus en plus des moyens de maintenir les différences et les désaccords tout en s’organisant autour de priorités et de principes communs, tels que le cadre de l’approche fondée sur les droits de la personne.
- Approches uniformes : Le langage, les stratégies et les solutions féministes doivent être adaptés aux réalités locales grâce à des partenariats équitables, un processus décisionnel commun et une responsabilité mutuelle.
- Messages statiques : Les mouvements ont besoin de récits plus convaincants et fondés sur des données probantes qui relient le « pourquoi » du travail féministe au « comment », y compris les processus, les relations et la mise en œuvre pour le concrétiser dans la vie de tous les jours.
Ce que les mouvements pour l’égalité des genres cherchent à apprendre
Dans le même temps, les organisations féministes cernent les domaines où l’apprentissage collectif pourrait renforcer la résilience, l’influence et l’impact du mouvement :
- Accroître le pouvoir collectif en travaillant à travers les mouvements, en apprenant des ressources autonomes et des soins collectifs et en examinant de manière critique la façon dont les parties prenantes anti-droits se mobilisent, notamment grâce à la technologie et à l’intelligence artificielle.
- Renforcer les organisations en renforçant les capacités en matière de données, de preuves et de processus inclusifs de suivi, d’évaluation, de responsabilisation et d’apprentissage pour aider à comprendre ce qui fonctionne et comment le changement se produit.
- Maintenir des approches axées sur les soins et dirigées par la communauté qui reconnaissent le bien-être individuel et collectif comme essentiel à la résilience à long terme des mouvements.
- Approfondir le plaidoyer stratégique en comprenant la dynamique du pouvoir, en renforçant les communications et en élaborant des stratégies d’engagement claires et ciblées.
Prochaine étape : Mettre ces connaissances en pratique
Le défi consiste maintenant à transformer ces connaissances en actions soutenues. L’apprentissage doit être financé, protégé et dirigé par les personnes les plus proches du travail. Cela signifie traiter l’apprentissage comme une infrastructure de mouvement de base, et non comme une exigence supplémentaire ou une exigence de rapport. Les bailleurs de fonds et les partenaires devraient soutenir le temps, l’espace et les relations qui permettent aux organisations de défense des droits des femmes de réfléchir, de s’adapter et de recueillir des données probantes. Parallèlement, l’échange entre pairs pour élaborer des stratégies communes et apprendre dans tous les contextes peut s’avérer inestimable pour leurs actions, conduisant à l’adoption de nouvelles tactiques et stratégies. Des évaluations récentes du CRDI, notamment pour l’initiative du Programme d’apprentissage en matière d’autonomisation juridique, ont révélé que cette approche renforce l’action communautaire et l’autonomisation tout en élargissant les données probantes exploitables et pertinentes pour les politiques afin de stimuler les réformes.
La voie à suivre? Écoutez attentivement et créez les conditions afin que les mouvements en faveur de l’égalité des genres apprennent à leur manière. En cette période de réaction brutale et d’incertitude, il ne s’agit pas seulement d’un programme d’apprentissage, il s’agit d’une stratégie visant à faire progresser l’agentivité, la solidarité et la justice entre les genres.
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