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Mettre la recherche menée par les pays du Sud en action pour une éducation inclusive des personnes en situation de handicap

 

Naser Faruqui

Directeur, Éducation et Science, CRDI

J’ai été l’un des témoins qui se sont adressés au Sous-comité des droits internationaux de la personne du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international de la Chambre des communes à la fin de 2023. Alors que le Sous-comité recueillait des analyses et des idées pour son étude sur l’éducation internationale inclusive des personnes en situation de handicap, je me suis retrouvé en terrain connu et j’ai transmis un message sur un sujet important pour nous tous, à savoir comment pouvons-nous nous assurer que les élèves les plus vulnérables ont un accès égal à l’éducation. 

Une étude récente de l’UNICEF montre que la moitié des enfants en situation de handicap dans les pays à faible et à moyen revenu ne terminent pas leurs études, et que les filles font face à des défis disproportionnés. L’étude opportune du Sous-comité peut aider à répondre au besoin de solutions pratiques. 

Bon nombre des autres témoins qui se sont adressés au Sous-comité parlementaire (des personnes représentant des organisations comme Plan International et l’UNICEF, que le CRDI est heureux d’appeler des partenaires) ont clairement indiqué la nécessité d’agir en matière d’éducation inclusive des personnes en situation de handicap. J’ai défendu la nécessité et le pouvoir de la recherche et des données probantes pour répondre efficacement aux besoins des personnes en situation de handicap en matière d’éducation. 

Il existe une demande réelle dans les pays du Sud pour obtenir des données probantes sur les moyens les plus efficaces de renforcer l’éducation des personnes en apprentissage. Deux principes sous-tendent la réponse du CRDI à cette demande, à savoir les personnes qui sont les plus près des défis du développement sont les mieux placées pour trouver des solutions novatrices, et qu’il est important d’échanger ce qui fonctionne dans les régions et à l’échelle internationale. 

Voici quatre domaines dans lesquels le CRDI montre qu’en renforçant les données probantes essentielles, nous pouvons faire progresser l’éducation inclusive des personnes en situation de handicap, non seulement à l’avenir, mais aujourd’hui. 

Premièrement, nous devons mieux comprendre les réalités des enfants en situation de handicap afin d’améliorer leur accès à l’éducation et leur apprentissage. Sans données claires sur les handicaps, y compris les données de référence et les lacunes, nous ne sommes pas en mesure de répondre aux besoins de tous les enfants. Grâce au Partage des connaissances et d’innovations (KIX), notre collaboration avec le Partenariat mondial pour l’éducation, le CRDI aide les pays à renforcer leurs systèmes de données sur l’éducation, notamment en intégrant les données sur les handicaps afin de fournir aux écoles l’information dont elles ont besoin pour planifier une éducation inclusive. Les systèmes traditionnels d’information sur la gestion de l’éducation ont tendance à être centralisés. Cela signifie que les défis importants liés à l’équité, y compris les questions concernant les enfants en situation de handicap, sont souvent négligés. En Ouganda, les chercheuses et chercheurs du KIX travaillent sur un système décentralisé d’information sur la gestion de l’éducation qui permet aux districts de recueillir, de valider et d’utiliser les données pour la planification et l’affectation des ressources. Un résultat concret : grâce à l’amélioration de la collecte et de l’analyse de données de routine, y compris sur les apprenantes et les apprenants en situation de handicap, le district de Gulu a préconisé des ressources supplémentaires pour construire des rampes d’accès dans quatre écoles primaires afin de répondre aux besoins des enfants en situation de handicap. 

Deuxièmement, il est essentiel d’assurer l’inclusion scolaire au cours des premières années pour cerner les handicaps et préparer la voie à la réussite tout au long de l’éducation d’un enfant. Le CRDI aide les centres préscolaires communautaires à repérer et à inclure très tôt les enfants ayant plusieurs types de handicaps, en particulier dans les communautés rurales où ces enfants peuvent passer entre les mailles du filet. En Ouganda, au Kenya et au Zimbabwe, des enfants ayant un retard de développement ont vécu un parcours transformateur dans le cadre du Projet d’apprentissage précoce inclusif à domicile (IHELP), qui fait partie du programme KIX. L’initiative IHELP met l’accent sur l’apprentissage précoce inclusif des enfants qui sont physiquement incapables de fréquenter l’école maternelle, comme les enfants en situation de handicap. Grâce à un modèle de collaboration avec les parents, les communautés et les gouvernements, le projet établit des centres d’apprentissage à domicile où les enfants qui ne sont pas en mesure de s’asseoir ou de marcher rapidement progressent, sourient, marchent et communiquent en quelques semaines. Non seulement les centres facilitent le développement holistique des enfants, mais les intègrent également dans les gouvernements locaux et les systèmes éducatifs. Le projet a eu une incidence importante, entraînant la création de plus de 30 centres en Ouganda, au Kenya et au Zimbabwe. 

Troisièmement, il est clair que les initiatives qui tiennent compte des personnes en situation de handicap ne peuvent être isolées de l’ensemble du système. Nous apprenons comment intégrer l’éducation inclusive dans les systèmes d’éducation publics adaptés aux contextes locaux. Par exemple, nous aidons à doter le personnel enseignant, les responsables d’établissement et les parents des compétences dont ils ont besoin pour intégrer les apprenantes et les apprenants en situation de handicap dans les systèmes éducatifs, notamment en habilitant les directions des écoles à favoriser une plus grande inclusion des personnes en situation de handicap dans leurs écoles. Au Bhoutan et au Bangladesh, des recherches menées avec des instituts de formation du personnel enseignant dotent les personnes éducatrices des compétences nécessaires pour promouvoir l’inclusion et l’égalité des genres dans le cadre du projet Know Your Child, qui fait également partie du KIX. Cette approche tient compte de divers facteurs comme les problèmes de santé, les besoins linguistiques et les styles d’apprentissages. 

Enfin, il faut exploiter le potentiel des technologies en classe et s’assurer qu’elles sont inclusives. Le dernier Rapport mondial de suivi de l’éducation de l’UNESCO, auquel le CRDI a contribué, était axé sur la question des technologies éducatives. Il était noté dans le rapport que la technologie accessible et la conception universelle ont ouvert des possibilités aux apprenantes et apprenants en situation de handicap, mais il était également noté que les preuves impartiales de qualité sur l’incidence globale des technologies éducatives sont rares. 

Le CRDI appuie la recherche dans ce secteur depuis près de deux décennies, contribuant ainsi à l’élaboration et à la mise en œuvre des technologies éducatives en mettant l’égalité des genres, l’équité et l’inclusion au cœur de ses activités. 

Nous sommes également l’un des principaux partisans de la recherche et de l’innovation en matière d’intelligence artificielle (IA) pour faire progresser les objectifs de développement international, en travaillant avec des chercheuses et chercheurs, et des innovatrices et innovateurs de pays à faible et à moyen revenu qui explorent les moyens de tirer parti de l’IA pour rendre l’éducation plus inclusive. La langue est un domaine où les technologies d’IA responsables offrent des solutions. Par exemple, nous soutenons le développement d’une technologie d’assistance qui traduit l’anglais parlé en langue des signes kényane à l’aide de caractères de signe virtuels. Cela aidera les Kényans malentendants à accéder plus facilement à l’éducation, car il y a peu d’interprètes qualifiés en langue des signes kényane dans le pays. 

Il est essentiel de recueillir des données probantes sur ce qui fonctionne pour veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte dans le domaine de l’éducation. Il est tout aussi important d’échanger ces données probantes pour permettre l’apprentissage conjoint et l’adoption des politiques afin d’aider les élèves en situation de handicap à obtenir l’éducation qu’ils méritent et à réaliser leur plein potentiel. Ce résultat promet de profiter à toutes et à tous.