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La science biomédicale fondamentale comme catalyseur de la santé mondiale et du développement durable

 
Fabiano Santos

Fabiano Santos

Spécialiste de programme principal(e), CRDI

La science biomédicale fondamentale a contribué à faire progresser notre compréhension du monde naturel et à jeter les bases de nouvelles technologies dans divers domaines scientifiques, y compris la biomédecine et la santé mondiale. La récente accélération de la mise au point de vaccins et d’interventions visant à contrer les infections émergentes qui constituent une menace importante pour la sécurité sanitaire mondiale est une illustration convaincante de l’utilité de la science biomédicale fondamentale pour la santé mondiale. La demande mondiale de vaccins urgents souligne le caractère central de la science biomédicale pour lutter contre les maladies négligées et émergentes, tout en encourageant la collaboration scientifique lors de crises sanitaires urgentes et en promouvant les objectifs de développement durable des Nations Unies.

Souvent négligées en santé mondiale, les équipes de recherche en science biomédicale fondamentale et les collaborations en matière de recherche en santé mondiale peuvent contribuer à briser le cycle de la pauvreté et de la maladie dans de nombreux coins du monde. Leur type de recherche peut contribuer à un monde plus équitable où les disparités en matière de santé sont minimisées et où les populations vulnérables ont accès à des interventions médicales efficaces. Cet effort de collaboration accélère non seulement les découvertes scientifiques, mais facilite également la traduction de ces résultats en solutions transformatrices pour la santé mondiale. Nous n’avons pas à chercher plus loin que la découverte de traitements médicamenteux antirétroviraux contre le VIH et le développement de nouveaux vaccins candidats pour la prévention du paludisme. Les deux n’auraient pas été possibles sans les efforts conjoints des réseaux mondiaux fondamentaux et des scientifiques de la santé publique qui travaillent pour assurer le succès de ces interventions, du laboratoire au chevet des malades.

Pourquoi se recentrer sur la science biomédicale fondamentale en santé mondiale?

Malgré l’importance de la science biomédicale fondamentale, une tendance inquiétante est sa relative baisse de valeur dans le domaine de la santé mondiale. La science biomédicale jette les bases de la recherche appliquée et de l’innovation en fournissant une compréhension approfondie des principes fondamentaux qui sous-tendent les maladies. Investir dans la science biomédicale fondamentale peut donc remédier aux inégalités en matière de développement en découvrant les causes profondes des maladies. Cependant, la porsuite d’un impact plus rapide et de résultats tangibles a conduit à une évolution vers une recherche plus translationnelle et appliquée, en mettant de côté la science biomédicale fondamentale.

À mesure que les produits de l’innovation biomédicale deviennent plus coûteux et que le rendement du capital investi dans la recherche et le développement de l’industrie biotechnologique diminue pour certains produits (comme les nouveaux antibiotiques), des défis se posent pour assurer un accès équitable aux interventions de santé nécessaires, en particulier dans les pays à faible et à moyen revenu. Cela souligne l’importance de former de nouvelles alliances et de nouveaux partenariats afin de renforcer la capacité de recherche axée sur la découverte dans les pays du Sud et d’assurer des investissements durables dans la santé mondiale. Tout comme les pandémies ont montré que les virus ne connaissent pas de frontières, le paysage du financement doit s’adapter. Il est essentiel de trouver un équilibre entre le financement public, l’investissement privé et l’abordabilité des produits pour se rapprocher d’un avenir plus sain et plus équitable pour tous.

Ne pas tenir compte du plein potentiel de la science biomédicale fondamentale pour le développement constitue une menace pour la durabilité à long terme des solutions de santé mondiale. La mise au point de traitements et d’interventions efficaces contre les maladies qui touchent de manière disproportionnée les populations les plus pauvres et les plus vulnérables du monde repose sur de nombreuses années de recherche en sciences biomédicales. Sans cet investissement fondamental, une compréhension globale des mécanismes biologiques et moléculaires de prévention et de traitement sera entravée. Il est essentiel de maintenir un équilibre entre la découverte et la recherche appliquée pour garantir une approche durable aux défis de santé mondiale.

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Travailleur de la santé en robe bleue et masque blanc.
BANQUE MONDIALE
Les urgences sanitaires mondiales soulignent la nécessité de partenariats efficaces pour promouvoir la science biomédicale fondamentale et la recherche en santé mondiale.

Investir dans la science biomédicale fondamentale pour le développement

Conformément à son engagement stratégique à investir dans la recherche et l’innovation de haute qualité et à mobiliser des alliances, le CRDI soutient des projets de recherche aux frontières des sciences biomédicales et de la santé mondiale dans le cadre du Programme conjoint canado-israélien de recherche en santé depuis 2015. Ce dernier est un partenariat entre des organisations gouvernementales et philanthropiques impliquant le Centre, la Fondation Azrieli, les Instituts de recherche en santé du Canada et la Fondation israélienne des sciences, qui ont investi conjointement 55 millions de dollars canadiens dans les deux phases du programme. Les projets soutenus intègrent des équipes de recherche du Canada, d’Israël et de pays à faible et à moyen revenu dans le but de renforcer la capacité scientifique, de favoriser les découvertes dans le domaine de la santé ainsi que de promouvoir la collaboration internationale et l’excellence scientifique dans toute sa diversité.

La phase I du programme (2015-2023) a soutenu 30 projets de recherche sélectionnés dans le cadre de cinq appels concurrentiels dans les domaines des neurosciences, de la neurobiologie, de l’immunologie, du cancer et du métabolisme. Les projets ont été évalués par un groupe de spécialistes internationaux présidé par des scientifiques de renom, tels que le Dr Bruce Beutler, qui détient le prix Nobel de physiologie ou de médecine en 2011.

Collectivement, ces projets ont impliqué plus de 100 personnes, y compris des scientifiques chevronnés et en début de carrière, des étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs et des stagiaires de 15 pays. Les résultats de certains de ces projets ont aidé à produire des données probantes pour les interventions et les innovations en matière de santé à tester dans des futurs essais cliniques. Par exemple, un projet de neurobiologie basé au Népal a exploré de nouveaux concepts de neuroplasticité tout en élaborant des protocoles de sensibilisation visuel pour les personnes ayant perdu une partie de la vue à cause de la cécité corticale. Le projet a permis au Tilgaga Institute of Ophthalmology de Katmandou d’établir, pour la première fois depuis sa création, un laboratoire qui mène des recherches sur des concepts neuroscientifiques fondamentaux ayant des applications cliniques potentielles, en particulier pour les enfants atteints de cécité.

Certains projets ont permis de mieux comprendre comment les différences entre les sexes et les genres peuvent influer sur l’expression des maladies. Dans un projet, des équipes de recherche de Turquie, du Canada et d’Israël ont démontré que l’alimentation influe de manière très différente sur la façon dont le cancer du foie se développe dans des modèles de souris humanisées mâles et femelles. Cette recherche pourrait avoir des répercussions sur la façon dont nous traitons ces maladies chez les hommes par rapport aux femmes à l’avenir. Un autre projet impliquant des équipes de recherche du Chili, du Canada et d’Israël a demontré que l’exposition aux antibiotiques pendant le sevrage entraîne une réduction des interactions sociales à l’âge adulte – ces changements de comportement n’ont été observés que chez les souris mâles et peuvent avoir été causés par des altérations du microbiote intestinal induites par les antibiotiques, ouvrant la voie pour de futures études sur les effets insoupçonnés de l’exposition aux antibiotiques et des altérations du microbiome sur le développement neurologique au début de la vie.

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Mains gantées en laboratoire, tests sur une souris blanche.
JB RUSSELL/PANOS
Les modèles murins humanisés permettent aux scientifiques d’étudier les maladies et de prédire les réponses humaines aux nouveaux traitements.

La phase II du programme (2023-2027) appuie actuellement 11 projets dans le vaste domaine des maladies infectieuses et chroniques. En collaboration avec leurs homologues du Canada et d’Israël, au cours des cinq prochaines années, des équipes de recherche basées en Argentine, au Brésil, au Mexique, au Ghana, au Soudan, en Turquie et au Nigéria produiront des preuves scientifiques pour l’élaboration de nouvelles cibles pour la prévention, le diagnostic et la mise au point de médicaments et le traitement des maladies infectieuses et chroniques, ainsi que des outils de préparation et d’intervention en cas de pandémie.

Conclusion

Les défis sanitaires mondiaux continueront de menacer la communauté internationale, en particulier les populations les plus vulnérables des pays à faible et à moyen revenu. Il est impératif que nous reconnaissions le potentiel de la science biomédicale fondamentale en tant que catalyseur et compagnon de la recherche en santé mondiale plus en aval pour un changement positif et que nous nous engagions à poursuivre sa croissance au service de l’humanité.