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Jeter les bases pour que les entreprises poursuivent le bien social et économique

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Carolina Robino

Spécialiste de programme principale, CRDI
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Maria Emilia Correa

Cofondatrice, Sistema B
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Roselyne Yao

Agente de mobilisation du secteur privé, CRDI

Il y a plus d’un demi-siècle, Milton Friedman écrivait que la seule responsabilité sociale d’une entreprise est d’accroître ses profits. Bien que la doctrine soit devenue courante parmi les universités et les entreprises, un mouvement croissant commence à prouver le contraire. Les innovatrices et innovateurs sur le plan social, les entreprises, les investisseuses et investisseurs, et les autres parties prenantes du marché redéfinissent la réussite économique pour progresser vers une économie d’impact.

Ils se préoccupent de leur impact global sur la société et l’environnement, en plus des profits. D’autres termes, tels que l’économie des parties prenantes, le quatrième secteur, les sociétés certifiées B (pour leur impact social) et l’économie régénératrice, font référence à différents mouvements au sein d’une même poussée globale en faveur d’une économie d’impact.

Dans un monde caractérisé par des polycrises, il est facile de se sentir dépassé lorsqu’on lutte pour une économie plus inclusive et plus respectueuse de l’environnement. Et pourtant, il y a de la place pour l’optimisme. L’Amérique latine a connu une croissance exponentielle du nombre de sociétés certifiées B, d’innovatrices et innovateurs sur le plan social et d’autres types d’entreprises qui s’efforcent de faire le bien tout en faisant bien pour leurs propriétaires. 

Avec un peu de recul, nous sommes inspirés par les changements résultant de la collaboration décennale entre le CRDI et Sistema B – le bâtisseur de sociétés certifiées B en Amérique latine – pour améliorer les systèmes économiques. 

Nouvelles lois sur la constitution en société et politiques en matière de marchés publics

Le changement est rarement linéaire. À maintes reprises, nous sommes témoins de la façon dont les transformations du monde réel reposent sur des gains graduels, souvent pleinement compris en prenant un certain recul. Le partenariat entre le CRDI et Sistema B est un excellent exemple de cette transformation graduelle, mais percutante. Le fruit de notre collaboration, Academia B, a mobilisé des milliers d’éducatrices et éducateurs, de chercheuses et chercheurs et d’élèves de plus de 35 pays. Cet effort a produit un riche corpus de recherches, d’outils pédagogiques et de politiques publiques pour transformer les pratiques économiques et les mentalités.

Cette recherche et ce plaidoyer ont joué un rôle central dans l’avancement des lois sur les sociétés de bienfaisance en Amérique latine. Cinq pays ont promulgué ce type de législation afin d’inscrire la capacité de poursuivre des objectifs sociaux et environnementaux parallèlement au profit dans les lois sur les sociétés par actions. Trois autres pays sont en train d’adopter une législation similaire, intégrant plus profondément des modèles commerciaux axés sur les objectifs dans l’économie de la région.

L’influence de notre partenariat, en collaboration avec le Réseau interaméricain des marchés publics, s’est également étendue aux politiques d’approvisionnement durable dans six pays, encourageant ainsi les gouvernements à adopter des pratiques d’achat qui accordent la priorité à la durabilité. Ces réalisations législatives reflètent le pouvoir de l’action collective dans la conduite de changements systémiques à l’échelle nationale et internationale.

Des outils et des connaissances pour équilibrer l’objectif et le profit

En collaboration avec B Lab et les Nations Unies, le partenariat a soutenu l’élaboration du gestionnaire d’actions pour les objectifs de développement durable (ODD), un outil gratuit qui aide les entreprises à mesurer leur contribution aux objectifs de l’action climatique, du travail décent, de la croissance économique et de l’égalité des genres. À ce jour, plus de 20 000 entreprises dans le monde ont utilisé cet outil pour évaluer leur impact social et environnemental. Cette ressource pratique illustre comment le partenariat a permis aux entreprises de s’aligner sur les objectifs mondiaux en matière de développement durable et d’accroître leur impact.

L’une des réalisations les plus marquantes de ce partenariat a été sa contribution au nouveau domaine d’études axé sur les modèles d’affaires régénérateurs (également connu sous le nom d’agroécologie) pour lutter contre les changements climatiques. En intégrant ces domaines émergents au discours universitaire, le CRDI et Sistema B ont catalysé la recherche sur la façon dont les entreprises peuvent rester rentables, tout en contribuant à la régénération de notre planète, et comment ces entreprises peuvent contribuer à lutter contre les inégalités structurelles entre les genres.

Academia B souligne le rôle essentiel que joue l’éducation dans la formation des futurs chefs d’entreprise qui accordent la priorité à l’impact social et environnemental aux côtés de la réussite financière. Il souligne également le rôle de la recherche pour soutenir, avec des preuves, un nouveau mouvement, celui des entreprises en tant que force du bien.

Briser les frontières et favoriser la collaboration

L’une des principales forces du partenariat CRDI-Sistema B était sa capacité à unir diverses parties prenantes – chercheuses et chercheurs, juristes d’entreprise, décisionnaires et gens d’affaires, qui auraient peu de possibilités d’établir des liens sans les pouvoirs de mobilisation des deux organismes. Les solides liens universitaires du CRDI ont permis de faire le pont entre la recherche et les applications pratiques, tandis que la crédibilité de Sistema B dans l’économie d’impact était liée aux entreprises qui poursuivent des objectifs sociaux et environnementaux. En mettant nos ressources et nos réseaux en commun, nous avons rejoint des milliers d’autres parties prenantes, ce qui nous a permis de progresser plus efficacement que l’un ou l’autre n’aurait pu le faire seul.

En créant des réseaux dans ces secteurs, le partenariat a favorisé l’échange de connaissances et la collaboration, faisant ainsi progresser l’économie d’impact. Plusieurs chercheuses et chercheurs, jusque-là peu engagés dans le mouvement pour une nouvelle économie, ont été mobilisés pour apporter leur expertise. Parallèlement, des juristes d’entreprise et des spécialistes en politiques ont travaillé avec des gens d’affaires pour élaborer des politiques publiques soutenant des pratiques commerciales durables.

Impact à grande échelle dans les pays du Sud

Ce partenariat sert de modèle puissant pour la façon dont l’action collective et la collaboration intersectorielle peuvent relever des défis complexes et favoriser une croissance inclusive.

Nous sommes d’avis que les bases de l’économie d’impact ont été jetées au cours de la dernière décennie. La montée en puissance des entreprises à but précis à l’échelle mondiale reflète une reconnaissance croissante du fait que les modèles économiques traditionnels ne sont pas viables. Ces entreprises ouvrent la voie à l’édification d’économies axées sur l’équité sociale, la gérance de l’environnement et la résilience à long terme. Alors que le partenariat entre dans sa prochaine phase, l’accent est mis sur la mise à l’échelle de l’impact dans les pays du Sud.

Ensemble, nous n’imaginons pas seulement un avenir meilleur; nous le bâtissons activement. 

En savoir plus sur les principaux résultats du partenariat entre le CRDI et Sistema B

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