Faire progresser le commerce inclusif dans un contexte mondial en mutation
Avec l’évolution rapide du contexte commercial mondial, les enjeux pour les femmes sont considérables. À mesure que des obstacles au commerce sont érigés et que les chaînes d’approvisionnement changent, les inégalités existantes entre les genres déterminent qui pâtit de la situation.
Ces pressions menacent d’entraîner des reculs sur des gains durement acquis en matière d’égalité des genres, compromettant au bout du compte les objectifs mêmes du commerce inclusif tels qu’ils ont été énoncés dans les engagements des gouvernements et des organisations internationales au cours des dernières décennies, notamment depuis l’adoption du programme des objectifs de développement durable.
Depuis que la montée des inégalités est apparue sous un jour beaucoup plus net après la crise financière de 2008, le commerce inclusif est devenu un point de convergence pour les gouvernements qui cherchent à rendre leurs économies plus justes et plus résilientes. Il ne faut pas perdre cette impulsion. L’égalité des genres et la justice sociale doivent être au cœur des négociations commerciales et des décisions relatives aux politiques, surtout dans un monde de plus en plus instable.
Après tout, l’important n’est pas simplement de faire du commerce sans discernement, mais de faire en sorte que le commerce offre une prospérité pour toutes et tous et une répartition plus équitable de ses avantages.
Les données probantes issues de recherches appuyées par Centre de recherches pour le développement international (CRDI) montrent que lorsque les entreprises dirigées par des femmes ont accès aux chaînes de valeur et aux marchés régionaux, leur productivité, leurs revenus et leur résilience augmentent considérablement.
Le commerce inclusif peut favoriser des économies où règnent davantage l’équité et l’entraide. Il peut créer des emplois de qualité pour les femmes et les hommes de façon égale, améliorer l’accès des ménages aux produits de première nécessité tels que la nourriture et les médicaments, et favoriser la création d’infrastructures qui renforcent la capacité des sociétés à faire face aux chocs.
Cependant, ces résultats ne sont pas automatiques. Les gains tirés du commerce doivent être consolidés à l’aide de politiques intérieures complémentaires qui favorisent intentionnellement l’inclusion. Le commerce inclusif passe par des choix politiques réfléchis (présentés ci-dessous) faisant en sorte que les règles commerciales concordent avec les droits sociaux et économiques.
Répartition inégale des effets du commerce
Le commerce a des effets différents sur les personnes selon que leur rôle est de travailler, de produire, de consommer ou de fournir des soins, et ces différences sont déterminées par le genre et d’autres facteurs.
Au fil de l’intégration des pays dans les marchés mondiaux, l’essor commercial s’accompagne généralement de réformes stratégiques qui influencent la répartition des bénéfices et des coûts d’adaptation.
De plus en plus d’études (y compris des travaux émergents soutenus par IDRC) montrent que les différences en termes d’accès aux ressources, les besoins essentiels comme l’alimentation et les soins de santé, ainsi que les obstacles accrus par le genre pour ce qui est de gagner sa vie et d’accéder aux services publics sont autant de questions importantes.
En matière de genre, les effets du commerce concernent à la fois l’emploi et l’accès aux produits de première nécessité liés aux soins (en particulier la nourriture et les médicaments) et les deux sont au cœur de la justice de genre et de la justice sociale.
Bien que la croissance des exportations ait autrefois accru l’emploi des femmes dans la fabrication exigeante en main-d’œuvre, ces avancées sont de plus en plus fragilisées. Les récents chocs tarifaires dans les secteurs à forte main-d’œuvre féminine, comme l’habillement, ont entraîné des pertes d’emplois et ont fait augmenter le travail de soins non rémunéré, accentuant le stress au sein des ménages dans des pays comme le Lesotho et le Cambodge .
Ces facteurs de stress sont d’autant plus grands lorsque les perturbations commerciales ont des répercussions non seulement sur les emplois, mais aussi sur les prix des produits de première nécessité.
Lorsque les prix augmentent, les familles doivent s’adapter de manières qui, souvent, font augmenter le travail de soins non rémunéré et réduisent le bien-être. En Afrique de l’Est, par exemple, l’envolée des prix du maïs, du riz et de l’huile de cuisson importés a poussé les ménages à adopter des modes de préparation alimentaire plus chronophages ou des régimes alimentaires moins nutritifs, ce qui a des conséquences pour les femmes en termes de temps, de nutrition et de possibilités de revenus. Ce qui semble être une question commerciale ou de prix à l’échelle macroéconomique se transforme en défi quotidien à la maison.
Il ne s’agit pas de cas isolés. Un rapport (en anglais seulement) préparé pour le groupe de travail du G20 sur la sécurité alimentaire en 2025 établit un lien entre l’instabilité des prix à l’importation et la hausse du fardeau pour les ménages, les familles à faible revenu subissant les effets les plus importants.
Ensemble, ces exemples montrent pourquoi la politique commerciale doit tenir compte du genre. Pour comprendre les impacts distributifs du commerce, il faut aller au-delà des gains économiques globaux et réfléchir pour savoir qui en profite, qui est pénalisé, et pourquoi.
L’analyse de genre doit absolument faire partie de l’élaboration des politiques commerciales et macroéconomiques, et ce, non seulement pour assurer l’équité, mais aussi pour concevoir des politiques qui favorisent la résilience des ménages, la viabilité des systèmes de soins ainsi que la croissance inclusive.
Concevoir des politiques commerciales qui conviennent aux femmes
Concrètement, les politiques commerciales inclusives du point de vue du genre donnent lieu à des interventions précises : la protection des emplois dans les secteurs à forte main-d’œuvre féminine, l’accroissement des possibilités d’emploi pour les travailleuses dans des secteurs à plus grande valeur ajoutée, la réduction des obstacles pour les petites et moyennes entreprises (PME) et la stabilisation de l’approvisionnement en produits de première nécessité.
Ces priorités indiquent un appel à l’action clair :
- Adopter un commerce axé sur les personnes : recentrer le commerce mondial sur l’inclusion, la résilience et l’équité.
- Rendre la politique commerciale judicieuse en termes de genre : intégrer l’analyse de genre dans les négociations et évaluations commerciales, et favoriser la représentation des femmes dans ‑la prise de décisions commerciales.
- Investir dans ce qui compte : accorder la priorité à l’infrastructure de soins, à la protection sociale et au soutien des PME appartenant à des femmes, ainsi qu’aux droits des personnes qui travaillent dans les chaînes d’approvisionnement.
- Renforcer la base de données probantes en faveur de l’équité : investir dans de meilleures données en intégrant les statistiques fondées sur le genre à l’analyse des échanges commerciaux et de la chaîne de valeur.
Ces mesures combinées peuvent être au cœur d’un modèle de commerce mondial plus inclusif et résilient, qui répond aux besoins de toutes et tous.
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