Budgets serrés et enjeux élevés : pourquoi le financement de l’éducation est plus important que jamais
Les chocs économiques et les tensions géopolitiques croissantes exercent une pression sur les budgets publics dans le monde entier. Dans les pays du Sud, les gouvernements sont confrontés à la hausse du fardeau de la dette, tandis que les pays donateurs resserrent leurs enveloppes d’aide. Des choix difficiles sont faits. Beaucoup de priorités se disputent l’attention. Mais l’éducation doit rester tout en haut de la liste.
L’argument est convaincant. L’éducation est l’un des moteurs les plus puissants de la croissance inclusive et de la prospérité à long terme. Une année supplémentaire de scolarité peut augmenter les revenus d’une personne de près de 10 %. Éduquer les filles fait reculer le mariage des enfants, améliore les résultats en matière de santé, renforce la participation à la population active et favorise l’égalité des salaires. Avec le temps, s’assurer que tous les enfants acquièrent une éducation de qualité et des qualités recherchées peut augmenter considérablement le revenu national et la résilience. Dans un monde volatile, l’éducation n’est pas un luxe – elle est fondamentale pour l’égalité, l’inclusion, la stabilité, la croissance et la sécurité.
C’est pourquoi le partenariat et le financement commun pour l’éducation sont aujourd’hui plus importants que jamais. Le Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) est le plus grand fonds multilatéral au monde dédié exclusivement à la transformation des systèmes éducatifs dans les pays à faible revenu. Le GPE rassemble plus de 90 pays partenaires auxquels s’ajoutent plusieurs bailleurs de fonds dans une perspective bilatérale et multilatérale – dont le Canada, le Royaume-Uni, l’Union européenne et la Banque mondiale – autour de plans éducatifs menés à l’échelle nationale. Le GPE soutient les ministères de l’Éducation pour concevoir et mettre en œuvre des réformes sectorielles cohérentes, qui visent à améliorer la qualité et l’accès à l’éducation.
Ce modèle s’avère décisif en périodes de restrictions budgétaires. La mise en commun des ressources réduit les chevauchements, met en correspondance le soutien des donateurs avec les priorités nationales et renforce les répercussions à l’échelle du système. Alors que le GPE mobilise la reconstitution de ses ressources pour accompagner 750 millions d’enfants, un appui soutenu et élargi des bailleurs de fonds est essentiel.
Si le financement est important, le leadership des pays du Sud l’est tout autant. Le GPE collabore directement avec les ministères de l’Éducation pour renforcer l’appropriation nationale et soutenir les pays dans la construction de systèmes qui reflètent leurs réalités et leurs ambitions. Ce sont les personnes qui sont les plus proches d’un défi éducatif qui sont les mieux placées pour définir les problèmes et concevoir des solutions.
À une époque où le financement est serré, il faut s’appuyer sur ce qui fonctionne. Les données probantes sont cruciales.
C’est là que le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada joue un rôle distinctif grâce au programme Partage de connaissances et d’innovations du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE KIX), une initiative conjointe du CRDI et du GPE.
Ce programme est le moteur du GPE pour les politiques et les pratiques éclairées par des données probantes. Il a deux fonctions principales. Premièrement, le KIX met à l’essai et à l’échelle des innovations éprouvées. Le KIX soutient des partenariats de recherche rigoureux et dirigés par les pays du Sud qui génèrent des données probantes concrètes sur la façon d’améliorer l’apprentissage fondamental, le perfectionnement professionnel du personnel enseignant, l’éducation des filles et la technologie éducative, ou encore l’éducation des enfants en situation de handicap – ainsi que sur la façon de mettre à l’échelle ces approches de manière durable au sein des systèmes nationaux.
Au Lesotho, par exemple, des recherches soutenues par le KIX ont contribué à promouvoir l’éducation de la petite enfance dans les politiques nationales. Les données probantes ont éclairé l’élaboration d’une stratégie de plaidoyer et d’un guide pratique de financement, intégrant pour la première fois l’éducation de la petite enfance dans le plan du pays pour le secteur de l’éducation. Le résultat a été un renforcement de la cohérence des politiques et la mobilisation de 5,5 millions USD (7,48 millions CAD) en financement externe supplémentaire. Voilà à quoi ressemble la transformation des données probantes en investissements.
Le travail financé par le KIX a également soutenu la mise à l’échelle du modèle de Guide de l’apprenante de la Campagne pour l’éducation des femmes en Tanzanie et au Zimbabwe. En dotant les jeunes femmes de compétences en mentorat et en leadership ainsi que de compétences de vie – intégrées dans les écoles – le programme améliore leur persévérance scolaire et renforce leur participation économique à long terme. De manière cruciale, les données probantes générées avec les parties prenantes nationales éclairent l’adoption plus large du système, démontrant comment les innovations ancrées au niveau local peuvent façonner les réformes nationales.
Deuxièmement, le KIX fonctionne par l’intermédiaire de pôles régionaux afin de repérer les lacunes prioritaires en matière de données probantes définies par les décisionnaires politiques, de synthétiser et mobiliser la recherche, et de faciliter l’apprentissage par les pairs partout aux pays. En Afrique, dans la région indopacifique, en Europe de l’Est, au Moyen-Orient, en Amérique latine et dans les Caraïbes, ces pôles travaillent avec des chercheuses et des chercheurs ainsi qu’avec des groupes locaux d’éducation – notamment avec la société civile, avec des organisations du personnel enseignant et avec les ministères de l’Éducation – et servent d’intermédiaires, jouant un rôle actif entre la recherche et les politiques.
Par l’intermédiaire du pôle de l’Amérique latine et des Caraïbes, les décisionnaires politiques du Honduras ont participé à des échanges Sud-Sud en s’appuyant sur la recherche soutenue par le KIX pour renforcer la capacité de recherche interne et consolider une culture de l’utilisation des données probantes au sein du ministère de l’Éducation. Les perspectives des pairs à l’échelle régionale ont éclairé des éléments de la réforme de la formation du corps enseignant – illustrant comment le partage des connaissances peut se traduire par une évolution concrète des politiques.
Le CRDI est fier de soutenir le GPE KIX parce que, dans un monde soumis à des restrictions budgétaires, ce modèle met en correspondance trois impératifs : la mise en commun du financement, le leadership des pays du Sud et une mise à l’échelle fondée sur des données probantes. Les investissements dans le développement doivent être des catalyseurs, fondés sur le partenariat et éclairés par des données probantes. Le GPE KIX accompagne les pays à mesure qu’ils cernent des solutions, qu’ils les mettent à l’essai de manière rigoureuse et qu’ils mettent à l’échelle celles qui fonctionnent afin d’améliorer l’apprentissage en le rendant plus inclusif et plus équitable.
Alors que le GPE avance dans sa campagne de reconstitution des ressources, les enjeux sont importants. Les conflits, les chocs climatiques, les pressions démographiques et les changements technologiques rapides mettent les systèmes éducatifs à rude épreuve. Parallèlement, des innovations extraordinaires – tout à la fois locales, pratiques et ambitieuses – émergent dans l’Afrique, l’Asie du Sud et l’Amérique latine.
Soutenir le GPE – et renforcer des initiatives comme le KIX – est un investissement stratégique dans la prospérité et la stabilité communes. Dans un monde où le commerce, la défense et la sécurité sont au cœur des préoccupations, il est utile de rappeler que peu d’investissements contribuent autant à la paix et à la résilience à long terme que ceux dans des systèmes éducatifs de qualité qui offrent aux jeunes des compétences, des occasions et de l’espoir, et conduisent à la croissance économique et à l’emploi.
Même – et surtout – en période difficile, il s’agit là d’une priorité qui mérite qu’on la défende.
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