Soutenir les entreprises aquacoles et les produits de la mer durables en Asie‑Pacifique
L’élevage de tilapias d’Elisa Claire Sy est peut-être petit, mais ses poissons font un grand impact.
« Mon tilapia a un goût sucré », a-t-elle déclaré avec une fierté évidente. « Certaines personnes plaisantent en disant qu’il y a un soupçon de noix de coco. »
Elisa est une piscicultrice prospère, une entrepreneure, une chercheuse et une mère de trois enfants. Alliant nature et technologie moderne, elle et son équipe utilisent des sous-produits de la noix de coco et des mélanges de noix de coco recyclés comme aliments supplémentaires pour les poissons, quelques-uns des nombreux ingrédients naturels et d’origine locale aux Philippines qui peuvent augmenter la productivité et améliorer la qualité de l’eau dans les fermes piscicoles. Elle aime le poisson elle-même dans le style traditionnel – cuit entier avec peu d’assaisonnements pour profiter des saveurs naturelles – mais sa qualité est suffisamment élevée pour qu’il puisse être vendu sous forme de filets dans les supermarchés ou en sashimi dans les restaurants de Manille, la capitale des Philippines.
Elisa fait partie d’un projet de recherche en aquaculture financé par le CRDI, et a récemment commencé à perfectionner ses compétences en affaires en tant que membre d’AquaHub, un nouveau réseau multipartite et organisme de soutien aux entreprises pour favoriser une aquaculture durable. Soutenu par le CRDI et dirigé par le Network of Aquaculture Centres in Asia-Pacific (NACA) et FutureFish, AquaHub aide les innovatrices et innovateurs à mettre à l’échelle des solutions aquacoles qui peuvent profiter à la fois aux personnes et à la planète.
La nature rencontre la technologie : Le tilapia durable
Elisa ne se contente pas d’élever du poisson, elle et son équipe ont développé et mis en œuvre de manière stratégique un système de régénération qui produit du poisson.
Sa ferme piscicole, E-Primate Inc., utilise un système d’aquaculture en recirculation. Ces opérations terrestres filtrent et recyclent l’eau, ce qui réduit la consommation d’eau et l’empreinte au sol. Mais ce qui distingue son système des autres, c’est la flore et la faune symbiotiques, les plantes et la vie aquatique qui filtrent l’eau et améliorent la productivité et la santé des poissons, tout comme les sous-produits de la noix de coco.
« Le système de gestion des déchets est modulaire », a-t-elle expliqué. Une partie du module – la flore – fait pousser des algues cultivées pour absorber les produits chimiques et les nutriments en excès. Un autre module – la faune – fait croître une colonie d’éponges macroscopiques vivantes pour recueillir des sédiments microscopiques qui améliorent la qualité de l’eau et la santé des poissons. D’autres matériaux naturels disponibles localement, comme la pierre de lave et les coquilles d’huîtres, ajoutent à la filtration biologique, gardant l’eau et les poissons propres sans utiliser de produits chimiques.
Ces solutions fondées sur la nature ne sont que quelques-unes des innovations élaborées, mises à l’essai, promues et mises à l’échelle dans le cadre de l’initiative AQUADAPT, un partenariat de quatre ans entre le CRDI et Affaires mondiales Canada.
Mettre à l’échelle des solutions climatiques fondées sur la nature
Pour Elisa, ce mariage de la technologie, de la nature et du partenariat communautaire est la clé de l’avenir de l’alimentation. Le poisson et les fruits de mer sont un mode de vie aux Philippines, fondamental pour la nutrition et les moyens de subsistance. Pourtant, le secteur fait face à de nombreux défis, la pêche de capture étant menacée par le déclin des stocks de poissons sauvages. L’aquaculture a le potentiel de croître pour répondre à la demande, mais elle fait face à des menaces supplémentaires comme la pollution, les maladies et les conditions météorologiques imprévisibles.
« Nous avons vu des fermes piscicoles dont toute la production a été anéantie par des typhons », a-t-elle déclaré.
Étant donné que les systèmes intérieurs comme celui d’Elisa sont moins exposés aux éléments et soutiennent la production toute l’année, elle collabore maintenant avec de petites exploitations dont les fermes serviront d’alevinières et vendront de plus petits poissons à sa ferme piscicole aux fins de grossissement.
« Tout le monde y gagne », a-t-elle expliqué. Une période de production plus courte pour les petites fermes piscicoles – deux mois au lieu des cinq ou six qu’il faudrait pour atteindre la taille du marché – signifie un revenu plus régulier et moins de risques financiers pour les fermes, dont les marges auparavant minuscules laissaient peu de place aux maladies, aux erreurs ou aux catastrophes climatiques.
Son plan est de continuer à augmenter la production et à étendre ses activités à de nouvelles installations piscicoles. Elle est également prête à aider les autres à adopter son système piscicole en offrant des forfaits d’infrastructure et de soutien technique. Ces efforts créeront une nouvelle demande de filtration à base de plantes et de suppléments alimentaires, ce qui soutiendra les piscicultrices et pisciculteurs, en particulier les femmes.
Cependant, elle a éprouvé des difficultés avec le financement et les partenariats. Sa technologie résiliente au climat offre des avantages prouvés, et les acheteuses et acheteurs sont prêts à se procurer le produit, mais elle a besoin de plus d’investissements pour étendre et maximiser la capacité de production de son installation actuelle.
« Je ne parlais pas aux bonnes personnes », a-t-elle déploré, se rappelant comment elle continuait à se heurter à des murs alors qu’elle tentait d’établir des partenariats.
Le potentiel inexploité de l’aquaculture en Asie-Pacifique
L’histoire d’Elisa n’est pas unique; c’est le signe d’un tournant décisif et d’une occasion inexploitée dans le secteur des aliments d’origine aquatique. Abritant près de 92 % de la production aquacole mondiale, les vastes côtes, rivières et lacs de l’Asie-Pacifique sont parfaits pour l’élevage de poissons, d’algues et de crustacés. Cependant, seulement 10 % du capital de risque du secteur y circule, la plupart allant en Europe ou en Amérique du Nord, ce qui est loin de ce dont le secteur a besoin pour croître de manière durable et équitable.
En outre, une grande partie de l’aquaculture en Asie-Pacifique est à petite échelle et informelle, et de nombreuses jeunes fermes qui pratiquent une aquaculture durable n’ont pas le sens des affaires, le soutien politique et le financement nécessaires pour s’épanouir. Sans innovation verte, l’aquaculture peut dégrader les écosystèmes ou être dévastée par la maladie.
Les dangers et le potentiel de l’entrepreneuriat
Le parcours non linéaire d’Elisa vers l’entrepreneuriat a commencé alors qu’elle travaillait en marketing direct pour une entreprise de fabrication, où elle a noué des liens avec les communautés de pêche rurales. Les réalités auxquelles elles ont été confrontées se sont avérées révélatrices pour Elisa, une citadine dont la formation initiale était en éducation de la petite enfance.
Mais c’est exactement ainsi que son engagement en faveur du développement aux Philippines a rencontré une nouvelle passion : les produits de la mer durables. Elle a fait équipe avec son collègue de l’époque, Marvis « Ong » Mirasol, biologiste spécialisé en écologie marine et en aquaculture commerciale.
« C’est tellement important parce que ce sont des aliments nutritifs et qu’il y a une demande énorme », a déclaré Elisa. « Il y a tellement de jours que j’ai pensé à abandonner, mais je sais que nous faisons quelque chose de bien. »
Comment AquaHub soutient les innovatrices et innovateurs
Ce sont précisément les défis auxquels font face les innovatrices et innovateurs et les possibilités inexploitées dans le domaine de l’aquaculture en Asie-Pacifique qui ont conduit les spécialistes à concevoir AquaHub. Décrit par le cofondateur d’AquaHub et PDG de FutureFish, Michael Phillips, comme un « bâtisseur de ponts », AquaHub aide les innovatrices et innovateurs à développer et à faire croître des entreprises fondées sur la nature, dont beaucoup sont dirigées par des femmes et des jeunes.
Dans le cadre d’un réseau régional plus large, le centre rassemble des innovatrices et innovateurs, des investisseuses et investisseurs, des entreprises et des décisionnaires politiques afin d’élaborer des stratégies pour mettre à l’échelle les innovations en matière d’aquaculture durable et de jeter des ponts entre les réalités vécues par les piscicultrices et pisciculteurs et les décisionnaires politiques ou d’investissement. Par exemple, Elisa travaille avec le Network of Aquaculture Centres in Asia-Pacific (NACA), le gouvernement et des équipes de recherche afin d’élaborer une feuille de route pour la mise à l’échelle des innovations en matière d’aquaculture durable aux Philippines. D’autres partenaires font de même en Thaïlande et à Fidji.
Lien entre les entreprises de production locales et les marchés mondiaux : L’innovation en matière d’algues en Malaisie
Tout comme Elisa, Adibi Nor, DR C+WEED, est un innovateur pivot et un chercheur appuyé par le CRDI en Malaisie. Lui aussi a constaté le décalage entre les réalités des piscicultrices et pisciculteurs, des investisseuses et investisseurs et des gouvernements tout au long de sa carrière au sein du gouvernement et du milieu universitaire.
Il se décrit comme un amoureux des algues, lesquelles peuvent être utilisées pour tout produire, depuis les superaliments aux ingrédients de soin de la peau, tandis que les pratiques de culture des algues créent une eau plus propre sans nécessiter de nombreux intrants externes.
Adibi a commencé sa carrière au gouvernement, où il a élaboré des plans pour développer le secteur des algues de la Malaisie. Puis, en tant que chercheur, il a vu comment ces plans ont été contrecarrés par les réalités locales et les fluctuations du marché mondial. Alors qu’il menait des recherches sur l’île de Bornéo en Asie du Sud-Est, il a vu des entreprises de production locales et autochtones lutter pour joindre les deux bouts. Sans connaissance de la chaîne de valeur et avec un pouvoir limité, les petites entreprises de production étaient à la merci d’intermédiaires qui contrôlaient les prix et offraient une faible rémunération, quelle que soit la qualité.
Aujourd’hui, il gère une entreprise qui relie les petites fermes piscicoles et les acheteuses et acheteurs mondiaux d’algues qui récompensent les bons produits. Il travaille avec des scientifiques qui ont mis au point diverses applications et techniques de traitement des algues et forme les piscicultrices et pisciculteurs à de nouvelles approches novatrices, comme la culture d’algues Gracilaria dans des étangs à crevettes abandonnés après une éclosion de la maladie des points blancs dans les années 1990.
Adibi veut attirer plus d’entreprises de production d’algues et élargir le marché. Mais pour cela, il a besoin d’investissements, de nouvelles installations et de nouveaux partenariats – des besoins qu’AquaHub peut aider à combler.
Les premiers signes de succès d’AquaHub
Elisa et Adibi ont tous deux participé à l’événement inaugural d’AquaHub, AQUAINNOVATE: Scaling nature-based aquaculture, en mai 2025. Quatorze innovatrices et innovateurs et plus de 30 spécialistes et parties prenantes se sont réunis pour une séance intensive d’encadrement de cinq jours, couvrant tout, de la présentation aux investisseuses et investisseurs à la façon de rendre les entreprises plus respectueuses de l’environnement et plus équitables entre les genres. Cet événement a également permis d’établir des liens avec des investisseuses et investisseurs, de jeunes entreprises établies, des organismes de certification de la durabilité et d’autres.
Avec le soutien du centre, Adibi a commencé à établir de nouveaux partenariats pour soutenir la mise à l’échelle et a acquis de nouvelles compétences en matière de présentation qui peuvent lui être utiles dans tous les aspects de son entreprise.
De plus, Elisa est convaincue que, grâce au réseau de centres, son innovation reçoit l’attention dont elle a besoin pour libérer son plein potentiel environnemental et social. Leurs spécialistes l’ont accompagnée sur sa stratégie de marque et d’investissement, et elle a développé son réseau – des investisseuses et investisseurs visitent sa ferme, les gouvernements ont manifesté leur intérêt et elle travaille avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture sur un plan pour le tilapia de qualité supérieure aux Philippines. Elle a également récemment présenté son innovation aux gouvernements de la région Asie-Pacifique lors de la troisième assemblée générale sur la transformation de l’aquaculture dans la région de l’Asie et du Pacifique, où elle était l’une des seules piscicultrices dans une salle remplie de décisionnaires et de bailleurs de fonds.
Bien que son entreprise actuelle investisse déjà dans des campagnes communautaires comme les collectes de fournitures scolaires, son rêve est de créer une fondation qui soutient les enfants et les jeunes, ce qui bouclera la boucle de sa première carrière.
S’appuyant sur ces succès, AquaHub continuera d’attirer de nouveaux innovateurs, innovatrices et partenaires afin de développer le réseau et de continuer à mettre à l’échelle des solutions prometteuses. On espère que, bientôt, la première cohorte de propriétaires d’entreprises comme Elisa et Adibi aidera à encadrer la prochaine génération de chefs d’entreprise de l’aquaculture verte.
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